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ment ainsi pour les dettes et les droits du créancier sur la personne du débiteur et de sa famille. De même le système monétaire se rattachait directement aux valeurs-étalons des sauvages. Aucun de ces États barbares ne posséda d abord de monnaie véritable. Ce qui avait cours, c'était des lin* gots, qu'il fallait couper et peser à chaque transaction. Il en fut ainsi, en Egypte, en Chaldée, et la Chine contemporaine conserve encore ces vieilles pratiques. En Egypte, on disait peser ou mesurer au lieu de payer, suivant que le prix s'acquittait en métal ou en grains. En Chaldée, on pouvait acheter un champ en donnant en échange des objets de nature très diverse : des ânes, des taureaux, des étoffes (1).
Dans notre Occident, la Grèce parait avoir, la première, introduit Tusage des pièces monnayées (2). Peut-être en cela n'a-t-elle été qu'imitatrice ; puisque la Chine ancienne a de bonne heure frappé une monnaie de cuivre et puisque, dès une haute antiquité, la Grèce a entretenu des relations commerciales avec l'Asie Mineure, que les caravanes transasiatiques reliaient commercialement avec l'extrême Orient.
Nous avons pu constater, que, même en pays sauvage, l'existence d'une substance quelconque, acceptée comme valeur-étalon et jouant le rôle de monnaie, suffit à produire l'inégalité pécuniaire, l'accumulation de capitaux relativement considérables entre les mains de tels ou tels particuliers, qui, dès lors, secouent de plus en plus, comme une gêne, les obligations de la primitive solidarité. Mais cette transformation morale s'accentue bien davantage encore dans les grandes civilisations barbares, où il n'est même plus question d'égalité et où le devoir d'obéissance au maître prime toutes les obligations sociales.
(1) Maspéro. Ane, peuples de VOrient classique, 749.
(2) Lenormant. Monnaie dans Vantiquité, 138.
Durant ce stade sociologique, Tiadustrie est avancée, le commerce est actif et nécessaire ; il existe des lingots mo nétaires d'abord, quelquefois des monnaies ensuite, souvent des valeurs fiduciaires, comme les lettres de change en argile de laChaldée, les monnaies de coton de la Chine, etc. En même temps le commerce lointain s'est organisé ; les caravanes, les navires bravent les périls terrestres et maritimes pour aller commercer de contrée en contrée, de peupie à peuple, même de race à race. Par suite, la spéculation a pris son essor avec ses chances heureuses et malheureuses. Souvent on en est réduit à emprunter, et prêter est, pour les capitalistes, une opération fort avantageuse ; car il n'est plus question de prêt gratuit.
Il se peut que là où il existait des animaux domestiques le prêt en bétail ait donné tout natut*ellement l'idée de l'usure ; car les animaux prêtés constituaient un capital vivant, produisant de lui-même un croît, valeur réclamée par le prêteur et lui représentant un intérêt. Chez les peuples de race blanche, ce cheptel a donc pu, de la manière la plus simple, généraliser la pratique du prêt à intérêt, « à usure », comme on disait autrefois.
Quelle qu'ait pu être lorigine de cette usure, pour parler comme les anciens, elle fut pratiquée avec plus ou moins d'avidité dans toutes les antiques sociétés, et même nous avons vu que le prêt usuraire fut d'abord légalement garanti par des sanctions terribles. La palme appartient en cela à la Rome protohistorique, qui autorisa les créanciers impayés à se partager le corps du débiteur insolvable ; mais partout ce débiteur peut devenir Tesclave de son créancier et non seulement lui, mais sa famille avec lui.
Or, l'insolvabilité du débiteur était fréquente, en raison même de l'énormité des intérêts h payer. Il est à croire cependant que ce taux, véritablement « usuraire » au sens que nous attachons aujourd'hui au mot « usuraire », a dû, dans le principe, comprendre l'amortissement de la dette ;
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car dans plusieurs antiques législations il est stipulé que raccumulation de l'intérêt aura des limites^ ne dépassera point, par exemple, le double du capital prêté (1). ^
Partout, cette pratique du prêt à intérêt eut de la peine à se faire accepter ; car elle était radicalement en opposition avec l'esprit de solidarité des premiers âges. Aristotela stigmatise encore, comme immorale (2). L'Exode la prohibe entre Hébreux (3) et Mahomet l'interdit absolument (4) ; mais ces prohibitions, qu'elles fussent légales, religieuses ou morales, ne pouvaient évidemment prévaloir contre le déchaînement des appétits mercantiles et on imagina aisément cent façons de les éluder.
En somme, dans les grands Étals barbares de l'antiquité et dans celui d'entre eux qui a survécu jusqu'à nos jours, en Chine, les pratiques et coutumes commerciales ont directement procédé du commerce sauvage ; mais elles se sont vulgarisées et codifiées ; car les échanges ont joué, dans la vie sociale, un rôle de plus en plus considérable ,. en même temps que l'industrie progressait, se diversifiait et même s'essayait à produire pour l'exportation. Mais toujours et partout il s'agissait seulement de ce que nous appelons la petite industrie, de l'industrie familiale ou, au plus, de petits atehers serviles. Le travail manuel était autant que possible le lot des esclaves et les artisans, même de condition libre, étaient méprisés plus encore que les marchands ; souvent ils étaient asservis aux caprices des souverains et requis pour le service des ateliers royaux.
Un trait est commun à tous les grands empires de l'antiquité, c'est leur horreur de l'étranger et l'éloignement pour le libre échange. En principe, l'étranger est tenu pour un
(1) Siré. Législation hindoue, 105.
i%) Politique, Liv. I, eh . IV, i3.
(3) Exode, XXII, 20-30.
(4) Koran, Sourate II.
ennemi et Ton s'applique à lui interdire Taccès dans le pays, parfois sous peine de mort, comme il arrivait dans la très ancienne Egypte. Le droit de passage, exigé aujour d'hui encore dans tant de contrées, et nos taxes douanières sont évidemment des manifestations atténuées df». ce misoxénîsme. Les taxes douanières n'ont pu évidemment s'établir qu'à l'époque où ce sentimentsauvagede lahaine pour l'étranger avait beaucoup perdu de sa force. C'est pour cela sans doute, qu'en Mésopotamie, où pourtant le goût du commerce était assez développé, il ne semble pas qu'il y eût encore de droits de douane ou de passage, sans doute parce que les échanges avec l'étranger s'effectuaient au delà des frontières. De même, dans le traité de commerce conclu entre Rorae et Carthage, tel que nous Ta transmis Polybe, les Carthaginois ne font qu'entï^'ouvrir leur pays aux marchands romain:?, en leur accordant un accès si limité qu'ils peuvent sans grand dommage les exempter de tout droit de douane fi). — Ordinairement les échanges avec l'étranger, quand on commence à les tolérer, ne se peuvent pratiquer qu'en un point ■de la frontière ou dans un port désigné.
Pour trouver un grand commerce extérieur, organisé, il faut arriver à Athènes et à Rorae ; mais, même alors, on s'efforce, par des taxes combinées, de favoriser l'exportation et de restreindre Timportation : l'idéal des anciens gouvernants semble avoir été de vendre sans acheter ; ils ne l'atteignaient pas ; mais ils s'efforçaient de s'en rapprocher autant que possible. Le commerce des grains surtout était soigneusement surveillé ; car sans cesse on redoutait la famine. A Athènes en particulier, où la population était dense et le sol emblavé fort réduit, toute la réglementation du commerce extérieur visait à appeler le grain, dont on avait besoin, le bois de construction dont la marine ne pouvait se passer et l'on avait bien soin de ne grever que de droits légers
(1) Polybe, Liv. JII, ch. V.
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celle iraporlalion nécessaire ; mais, sur les aulres marchandises, on faisait peser de lourdes taxes . Sur ce point, tout spécialement et bien plus encore que sur les aulres, Rome imita la Grèce. En somme, toute Tantiquité a été protectionniste et avec d'autant plus de rigueur que Ton remonte plus loin dans le passé.
L'idée fondamentale de ces législations archaïques au sujet du commerce est de prendre le plus possible en donnant le moins possible, et, en réalité, c'est bien là le principe de tout commerce. Nous avons vu que les marchands phéniciens avaient poussé jusqu'à Toutrance cette idée lucrative, en faisant alterner, suivant l'occasion, le commerce et la piraterie. — Sous d'autres formes, bien des ÉLats commerçants ont imité les Phéniciens en meltant leurs forces militaires au service de leurs spéculations commerciales Ainsi, au Moyen âge, Florence, qui a personnifié l'esprit mercantile de son temps, a soutenu mainte guerre dont le but unique était d'obtenir un avantageux traité de commerce (1); mais cette politique, dont on pourrait citer plus d'un exemple dans l'histoire moderne et même dans l'histoire contemporaine de l'Europe, revient en définitive à crier aux concurrents : « La bourse ou la vie ». Garder son or, s'emparer de celui des autres, ce fut le souci dominant des souverains, alors que, durant les derniers siècles du Moyen âge, ils luttaient par la ruse et par la iorce pour attirer chez eux For des autres pays et empêcher le leur de s'expatrier, en édictant même à cet effet la peine capitale contre les exportateurs d'or et d'argent (2).
Pourtant les méfaits du commerce ne doivent pas nous faire oublier ses bienfails. Durant le Moyen âge, puisque je viens d'en parler, ce fut par l'industrie et le commerce que se fondèrent les Communes ; ce fut grâce aux Communes
(1) Bella Duffy. Tuscan Repudlics, 246.
(-2) Schaw. History ofCuvrency.
que finit par se constituer un Tiers-État puissant, parce qu'il était riche, et ce fut sous les coups de ce Tiers-État, que succomba, il y a un siècle, le régime féodal. — Historiquement, ce mouvement social et f»olitique des Métiers et des Communes n'est pas sans grandeur ; il est pourtant regrettable qu'il ait eu pour base, à l'intérieur, l'exploitation des compagnons artisans par les maîtres bourgeois ; à l'extérieur les horreurs de la colonisation brutale d'abord, de la traite des noirs ensuite ; enfin l'exploitation sans merci des contrées lointaines et de leur population par les grandes compagnies commerciales.