‹ L'évolution du commerce dans les diverses races humainesChapitre 32 sur 145 · II. Les Hottentots · texte numérisé non relu

II. Les Hottentots

Si de la Mélanésie nous nous transportons à l'extrémité méridionale de l'Afrique, nous y trouvons une autre de ces races déclassées, comme les Fuégiens, comme les Veddahs, débris de peuples qui ont surv^écu à des invasions, migrations, transplantations, révolutions accomplies à des époques et dans des régions où l'homme ne songeait pas encore à écrire ses annales. Ces épigones de la primitive humanité sont des plus intéressants à étudier pour la sociologie : ce sont des épaves abandonnées par les flots d'un très lointain passé, qu'elles nous permettent de reconstituer en partie.

Au point de vue du commerce, les Hottentots, avant la venue des colons européens, étaient aussi prûnitife que possible; du commerce ils n'avaient pas la plus légère idée ; cela est vrai, du moins pour les plus sauvages d'entre eux, les Bochimans. Le fait est nettement attesté par le passage

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suivant, que j'extrais de la relation du missionnaire Moffat (1 ) : « Un homme (un colon), frappé de la difficulté, qu'éprouvaient les femmes à nourrir leurs enfants après le sevrage, puisqu'elles n'avaient à leur disposition ni lait, ni céréales d'aucune sorte, les engagea à se procurer des chèvres, en les payant avec des plumes d'autruches ou avec des peaux de gibier. Cette proportion fut accueillie par les Bochimans avec de longs éclats de rire. Ils lui demandèrent si jamais leurs ancêtres avaient nourri du bétail. Eux, disaient-ils, étaient faits non pour nourrir^ mais bien pour ;7^an5'er, suivant Tusage invariable de leurs pères. L'homme en question donna le même conseil à tous les Bochimans qu'il rencontra, mais sans succès ». On voit qu'aux yeux de ces sauvages, les échanges commerciaux étaient quelque chose d'absurde, peut-être même de coupable ; puisqu'ils n'étaient pas conformes à la coutume, à leur coutume. Pourtant le colon européen parvint à ses fins en procédant par sélection et surtout par des dons gratuits. Il offrit aux principaux individus d'une horde quelques chèvres en promettant de leur en donner d'autres, s'ils prenaient soin de celles-ci. Dans ces conditions, ils acceptèrent, même avec des démonstrations de reconnaissance ; leur petit troupeau multiplia et, d'eux-mêmes ensuite, ils l'accrurent par de s échanges .

Les Hottentots, beaucoup plus- civilisés que leurs frères inférieurs, les Bochimans, puisqu'ils étaient pasteurs, ne pratiquaient point non plus le commerce ; ils semblaient même n'en avoir aucune notion ; mais ils s'y accoutumèrent vite. Leur initiation se fit par le tabac et les quincailleries que les Européens leur offrirent d'abord en cadeaux et dont bien vite ils ne surent plus se passer : on leur avait inoculé un nouveau besoin (2) ; hommes et femmes conçurent pour le

(1) K. MoiTat. Vingt-trois ans de séjour dans le sud de V Afrique, 44.

(2) Levaillant. Hist.univ. voy. vol. XXIV. 188.

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tabac particulièrement une passion désordonnée, et à son défaut, ils essayaient même d'y suppléer en brûlant certaines herbes de leur pays. D'ailleurs les Hottentots n'étaient pas dépourvus de moyens d'échange ; en dehors même de leurs troupeaux et du lait de ces troupeaux ; ils savaient préparer et conserver les peaux, les coudre avec des aiguilles en os pour en faire des Kros, fabriquer de la poterie, forger le fer, même fondre et travailler le cuivre, tailler et polir des bracelets en ivoire. Levaillant trouva les Hottentots déjà dressés au commerce et il nous raconte même complaisamment les bonnes affaires, qu'il concluait avec eux ; par exemple, c'était d'excellentes nattes, qu'il se procurait en donnant seulement quelques bouts de cigares ; ou bien des bœufs d'attelage, qu'il croyait payer suffisamment en offrant en retour un peu de tabac, des briquets, quelques couteaux, etc. Une fois accoutumés aux échanges, les Hottentots se mirent à en faire entre eux et même avec leurs ennemis héréditaires, les Cafres. Ainsi les Hottentots Griquas, métis d'indigènes et d'Européens, étaient de déterminés commerçants et sans cesse ils parcouraient le pays pour faire des échanges avantageux (1). Les Cafres imitaient les les Griquas en voyageant, comme eux, pour offrir aux Hottentots contre valeur jugée équivalente, des paniers tressés si dru, qu'ils pouvaient, comme ceux des Australiens, contenir de l'eau ; malgré leur habileté relative dans l'art du potier, les Hottentots, vanniers moins habiles, troquaient volontiers, les objets ou animaux en leur possession contre ces vases tressés, à la fois légers et incassables.

Nous pouvons donc assister, chez les Hottentots, à lanaisï^ance des besoins commerciaux, à un éveil de la curiosité f t surtout de désirs auparavant inconnus. Un fait moral est à noter, c'est que, comme il arrive souvent chez les peuples peu ou point commerçants, les Hottentots étaient fort

(i) R. Moffat. Loc, Ci7., 254.

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honnêtes et gardaient fidèlement pour les rendre à leurs propriétaires les objets que ceux-ci leur avaient confiés, ce qui d'ailleurs ne les empêchait nullement de commettre de clan à clan, des razzias violentes ; mais, dans la morale primitive et môme civilisée, le vol à main armée n'a rien de commun avec l'appropriation abusive d'un dépôt pacifîquemment et amicalement confié. L'homme primitif particulièrement est très souvent voleur, surtout parce qu'il est presque toujours peu familier avec la propriété individuelle et par suite la respecte mal, particulièrement quand elle appartient à un étranger ; mais il est souvent un très fidèle dépositaire. En somme, tous ces peuples, de race très inférieure, que nous avons examinés jusqu'ici, ont été moralement dépravés par leurs relations commerciales avec les blancs. Mais nous avons maintenant à poursuivre notre enquête à travers le continent noir.

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