Les caravanes esclavagistes
Tout le monde se rappelle l'émotion réelle ou factice, que suscita dans le monde civilisé, il y s une dizaine d'années, la chute de Khartoum et la mort de Gordon, cet aventurier héroïque et plein d'illusions, qui passa sa vie à défendre des mauvaises causes en Chine et en Afrique, mais toujours avec les meilleurs intentions du monde. Or, Khartoum, ce poste avancé de TEgypte dans le Soudan, était un repaire de bandits mercantiles, un centre d'où les caravanes de chasseurs d'esclaves rayonnaient à travers les pauvres populations noires. Ce trafic aussi abominable que fructueux, était fait par des Syriens, des Coptes, des Circassiens, des Turcs et même quelques Européens, en somme par un ramassis de brigands cosmopolites, agissant sous le couvert etavec la complicité des fonctionnaires égyptiens. Pour les pauvres indigènes volés ou exterminés, toutes ces bandes étaient composées de « Turcs ».
White Baker nous a décrit l'organisation et le fonctionnement de ce sauvage commerce (2). On le pouvait entreprendre sans capital ; mais alors il fallait faire un emprunt aux capitalistes de Khartoum, et cela au taux onéreux de 36 à 80 0/0. L'emprunteur s'engageait à rembourser son créancier en ivoire, livré à moitié prix de sa valeur commerciale ; puis, muni de l'argent nécessaire, il recrutait sa troupe, en
(1) Speke. Loc. cit., 258,
(2) White Baker. Mhert Nynnza, 12.
LE COMMERCE CBEl LES NOIRS BE RACE SUPÉRIEURE àX
payant d'avance à chaque enrôlé cinq mois de gages à raison de onze francs Tingi-cinq centimes» par mois, plus ujl boni de quatre-vingla piastres pour le surplus de temps, quel qu'il fut. Ces. avances se comptaient, partie en espèces, partie en étoffes de coton toujours évaluées à un prix excessif. En même temps,, rorganisaleur de la caravane achetait des armes à feu, des munitions et quelques quintaux de verroterie. Puis la bande se mettait en route, drapeau déplo* yé et avec une allure militaire et conquérante (i;.
La tactique ordinaire consistait d'abord à se présenter comme allié à un. roitelet nègre, que Ton appuyait compJaisamment contre un voisin en guerre avec lui. Le reste allait de soi. La nuit^ on attaquait un village ; on Uincendiait ; on tuait tous les homme» adultes, et Ton emmenait captifs les femmes et les enfants après avoir razzié le& troupeaux. Pour prévenir le» évasions des femmes., on leur maintenait le cou enserré par un épieu fourchu (sheba), sur le manche duquel étaient liés les poignets de la captive. Une corde attachait les enfants à leurs mères. En même temps, on ne négligeait pas d'enlever l'ivoire trouvé dans les cabanes. Tout ce butin était amené ou apporté au campement et la part du roitelelr dont oa avait si vaillamment épousé la cause, se bornait à. quelque» télés de bétail, à une jeune esclave, etc . — L'opération achevée, il ne restait plus qu'à répartir le butin et à. le rendre transportable au moyen de judicieux échanges commerciaux. Le bétail, trop encombrant, était troqué contre des défenses d'éléphant apportées par les populations du voisinage ; les esclaves étaient vendus- aux enchères dans la troupe même et souvent cédés ensuite k> des négriers arabes^ venus de Khartoum et qui ensuite emmenaient leur marchandise humaine aux ports de la Mer Rouge, d'où on l'embarquait pour l'Arabie, la Perse, le Caire, en un mot pour tous les pays musulmans. L'affaire
(1) W. Baker. Loc. ciL, 12.
était on ne peut plus avantageuse pour le chef de l'expédition ; cet heureux négociant était tout d'abord reconnu propropriétaire de tous les esclaves, qu'il revendait à l'encan, puis des deux tiers du bétail volé ; du coup il devenait capitaliste à son tour (1).
Mais toutes ces opérations ne pouvaient s'effectuer en un jour ; aussi la troupe devait-elle séjourner plus ou moins dans un camp. Souvent même, ce campement devenait une installation fixe, une zériba, c'est-à-dire un village, un comptoir, bâti dans un enclos entouré de palissades. Ces postes commerciaux étaient et sont sans doute encore à la fois des magasins et des boutiques ; on y entassait l'ivoire acheté, les esclaves et les marchandises servant de valeurs d'échange. Des gens armés gardaient le tout et terrorisaient le pays. Ces garnisons des zéribas étaient ordinairement composées de Nubiens, venus du Kordofan, du Darfour, etc. (2).
La plupart de ces stations fixes appartenaient à cinq ou six gros négociants de Kharloum, régnant sur toute la région en monarques commerciaux (3j. Chaque zériba était comme la capitale d'une certaine zone de territoire (Mechra) et l'accès de cette zone était interdit à tous, sauf aux ayants-droit. On devait y accéder par un chemin spécial, dont les personnes étrangères ne pouvaient se servir qu'en acquittant une taxe, en réalité un droit de passage analogue à celui que prélèvent les indigènes. Les zéribas voisines s'entendaient entres elles pour se céder ou s'acheter mutuellement ce droit de parcours (4). Elles se concertaient de même à Tamiablepour exploiter le pays ; chacune d'elles possédait son district où, seule, elle avait le droit d'exé-
(1) W. Baker. Loc, cit., 14.
(2) G. Schweînfiirih. Au cœur de V Afrique, t. L 175-188.
(3) Ibid.. 39-40.
(4) J&icî., L222.
cuter des razzias, en un mot son territoire de chasse à l'homme (1).
Dans chaque comptoir, étaient établis des marchands d'esclaves, tenant boutique ouverte de cotonnades, de savon, de miroirs, de verroteries, d'armes à feu, d'anneaux de fer ou de cuivre, d'amulettes, de versets du Koran, achetant et vendant des bœufs, des moutons, des esclaves cédés à vil prix par les maraudeurs (2).
Grâce à de perpétuelles razzias, les zéribas sont toujours amplement fournies de marchandises vivantes; car les petit& négriers s'en vont de zériba en zériba traînant après eux leur bétail humain à peine nourri et jalonnant les routes de^ cadavres (3).
Le petit discours suivant, recueilli par Schweinfurth, peut donner une idée du sort réservé par les négociants des zéribas aux nègres habitant les villages, qu'ils ont asservis dans rintérèt de leur commerce. « Toi, Kouragghéra, va dans tes villages ; réunis vieux et jeunes, hommes et femmes ; prends tous les garçons qui peuvent porter quelque chose,, toutes les filles qui vont chercher de l'eau à la fontaine et donne à tous l'ordre d'être ici demain à la première heure du jour : ils auront à porter le grain à Déragô. Les ballots sont de tous les volumes ; chacun sera chargé suivant sa force. Mais, s'il en est un, qui jette son fardeau et s'enfuie, écoute-moi : je t'arracherai les yeux. Si un paquet est volé, je te couperai ta tête, etc., etc. (4). »
Les pauvres noirs, constamment dépouillés par ces étrangers insatiables, cachent autant que possible le grain qu'ils peuvent posséHer et la quantité en est toujours faible ; car, chaque année pendant six mois, les expéditions, les portagespour lesquels on les requiert incessamment, ne leur per-
(1) G. Schweinfurth. Loc, cit., 223.
(2) Ibid., 224.
(3) Ibid., I. 324.
(4) Ihid,, I. 373.
90 l'évolution du GOMMËaCE
mettent pa» de cultiver le sol (1), — Au contraire, Tabondance règne toujours dans les zéribaSy où Ton exerce même une large hospitalité, tandis que les malheureux indigènes ^ en sont réduits, pour ne pas mourir de faim, à fouir la terre pour y chercher quelques racines comestibles (2).
Pour ces malheureuses populations, c'est un sujet de perpétuel étonnement que l'extrême et incessant besoin d'ivoire, que les blancs paraissent ressentir, besoin qui est Tune des grandes causes du triste sort subi par les noirs. Il est très difficile de leur faire comprendre que les Européens ne sauraient se passer d'ivoire pour leurs manches de couteaux ou d'ombrelles, pour les touches de leurs pianos^ leurs boules de billard, leurs coupe-papiers et autres menus ouvrages (3). — Sûrement ils comprennent mieux le besoin d'esclaves], puisqu'eux- mêmes sont de temps immémorial esclavagistes. Mais ce besoin a été, chez eux, exagéré parle commerce, et il est hors de doute que la facilité offerte aux nègres de vendre leurs captifs les excite singulièrement aux guerres et razzias sanglantes de village à village.
Dans ces régions, la valeur vénale de Tesclave est nécessairement fort variable ; en général, elle va grandissant à mesure qu'on approche de Khartoum ou de la côte, c'est-àdire des grands marchés. Un jeune esclave, haut de six palmes, valait, nous dit Schweinfurth, vfngt-cinq rottolis de cuivre chez les Bongos et les Djours, et trente rottolis dans les zéribas du fameux traitant, Ziber, soit en moyenne 39 fr. 33 cent, environ (4j ; mais ce prix s'élève beaucoup, quand on atteint, soit les grands entrepôts, comme Tétaient Gondokoro et Kartoum, soit les ports d'embarquement de la Mer Rouge. C'est donc un commerce des plus lucratifs ;
(1) G. Schweinfurth. Loc. cit., 334»
(2.1 Ibid., I. 32d.
(3J /&id.. 1.226.
(4) Ibid., Il.a^S.
mais aux gains directs qu'il rapporte il en faut ajouter Vautres très considérables aussi. En effet, les zéribas sont des magasins, et les marchandises ne s'y donnent pas. Dans rOunyamouézi^ Speke, ayant besoin de se ravitailler en articles d'échange, les paya quatre cents pour cent plus cher qu'à Zanzibar et il affirme que c'est là un bénéfice normal (i). On comprend que la perspective d'un gain si énorme affole jusqu'à la férocité sans bornes les natures cupides et lance incessamment en pays nègre des bandes insatiables et impitoyables.
L'abominable trafic d'hommes et de choses, que je viens de décrire, se fait surtout dans Test tropical de l'Afrique, dans une vaste région s'étendant en latitude de la vallée du Haut-Nil au Zambèze. Mais les nègres de race éthiopienne sont descendus bien plus au sud, jusqu'au pays des Hottenlots, en se maintenant d'ailleurs, d'une manière générale^ dans l'Afrique orientale. Dans ce sud-est de l'Afrique, la race noire éthiopienne a changé de nom ; c'est la race bantou, plus connue des Européens sous le nom de Cafre (de l'Arabe kaffir, infidèle).
A quelle époque ces Éthiopiens bantous sont-ils descendus dans l'Afrique australe ? On ne le saurait préciser, mais leurs premières émigrations doivent être extrêmement anciennes, remonter à une époque préhistorique ou protohistorique, alors que la civilisation des Éthiopiens du nord pouvait, dans une certaine mesure, rivaliser avec celle de l'ancienne Egypte.
L'origine des Bantous est attestée non seulement par les caractères anatomiques de la race cafre, mais par divers
(1) J.-H. Speke. Sources du Nil. 90.
traits de mœurs, par exemple, la pratique de la circoncision^ Tusage d'instruments de musique à cordes, analogues à ceux de la Haute-Egypte et du Congo (1). L'histoire la rend aussi vraisemblable; puisqu'elle a gardé le souvenir d'invasions abyssiniennes dans le Mashonaland, au x« siècle de notre ère. Enfin, l'archéologie de ce pays de Mashona rattache ses anciens habitants à une très vieille civilisation, à l'âge des cavernes et des monolithes, dont les traces se retrouvent encore dans l'Afrique septentrionale, en Arabie, en Europe, etc. Depuis longtemps les ruines existant dans le pays de Mashona avaient été signalées, mais dans ces derniers temps la fièvre de l'or a poussé les blancs à explorer d'abord, à conquérir ensuite ce haut plateau riche en gisements aurifères et en même temps a donné l'occasion de l'étudier au point de vue archéologique. C'est vraisemblablement à sa richesse en or, que le Mashonaland a dû d'être anciennement occupé par la race éthiopienne ; le commerce des très anciens peuples civilisés avait besoin d'or et, pour s'en procurer, alors comme aujourd'hui, on ne reculait devant rien. Or, le Mashonaland était, est encore, riche en mines d'or. On y trouve un grand nombre de puils d'extraction, jadis exploités et ayant parfois jusqu'à cinquante pieds de profondeur (2). En même temps, d'autres restes du passé nous renseignent sur les origines. Certains rochers y sont criblés de très nombreuses grottes, où les Mashonas actuels ont des * dépôts de provisions et où ils se réfugient, quand les Matébélès les attaquent. Dans le voisinage de ces cavernes, les rochers sont couverts de dessins gravés, parfois peints en rouge, en jaune, en noir, et figurant des scènes de chasse ou de guerre, des hommes, des éléphants ; or, ces dessins rappellent curieusement
(1) Nadaillac. Mashonaland. (Correspondant. 1894).
(2) Nadaillac. Loc. cit.
certaines œuvres analogues de nos ancêtres préhistoriques (1) et aussi des gravures rupestres du Sahara.
Outre ces dessins, on a trouvé dans le pays de Mashona, une chaîne de petits forts en pierre, des monolithes assez nombreux, une colonne en stéatite couverte de dessins géométriques, des vases en stéatite ronds et chargé s de sculptures, représentant des scènes de chasse, enfin des oiseaux sculptés, surmontant des colonnes en stéatite avec lesquelles ils forment monolithe (2). On pourrait croire que les anciennes populations, ayant laissé derrière elles tous ces monuments, n'appartenaient pas à la race des habitants actuels du pays, mais ceux-ci ont conservé des coutumes évidemment archaïques : ainsi les fourneaux dans lequels ils réduisent leurs minerais de fer, les petites tourelles, qui leur servent de greniers, sont décorés de deux cercles que nous savons être, dans la primitive archéologie, la représentation hiéroglyphique des seins des femmes ; car on a trouvé des figures analogues dans les cavernes de la vallée de la Marne, dans celles du raidi, sur les vases d'Hissarlik, etc., etc. (3).
Les Cafres actuels sont certainement moins civilisés, surtout moins industrieux que leurs ancêtres; pourtant ils n'ont pas cessé d'être forgerons, potiers, tisseurs. Leur degré d'habileté industrielle varie d'ailleurs, suivant la région. Ceux, que vit Levaillant, ne savaient pas extraire le fer du minerai ; ils travaillaient seulement le vieux fer, la ferraille, même ils en fabriquaient des sagaies barbelées, à dents habilement disposées en rangées alternantes, dont les pointes se dirigeaient tantôt en arrière, tantôt en avant (4). Les Bachapins n'avaient qu'un même mot, tsipt^ pour désigner tous
(1) Nadaillac. Loc. cit.
(2) Ibid.
(3) Ibid,
(4) Levaillant. Hist. univ. voy. Vol. XXIV. 196.
94 L^ÉVOLUTION DU GOMMIiaCR
les métaux. Le fer ayant été très anciennement connu eu Cafrerie, tstpi voulait dire proprement fer. On y adjoignait une épithète distinctive pour désigner les autres métaux. Ainsi le cuivre était du fer rouge ; l'argent du fer blanc ; l'or du (er jaune (1). L'art du forgeron était très répandu chez les Cafres. Certains villages s'occupaient tout entiers à fabriquer des sagaies, des pointes de flèche barbelées, des outils agricoles ; puis ils échangeaient avec les villages voisins les produits de leur industrie contre du grain et des bestiaux (2). Il est probable que, dans les villages où Ton ne réduisait pas les minerais, cela tenait seulement à la facilité avec laquelle on pouvait se procurer commercialement du fer métallique ; car toutes les races noires de l'Afrique, même les plus sauvages, connaissent et pratiquent une métallurgie primitive sans doute, mais suffisante pour leurs besoins . Les Cafres matchappty nous dit le voyageur Campbell, tiraient leur fer métallique de pays situés au Nord-Est du leur (3), évidemment par échange commercial .
Les Cafres étaient aussi potiers et, chez eux comme partout chez les sauvages, la céramique était l'ouvrage des femmes. Celles-ci fabriquaient non seulement de la poterie grossière, mais parfois des vases artistement ornés de lignes ou de dessins tracés à l'hématite (4). L'usage de cette poterie cafre coexistait encore avec celle de vases plus primitifs en bois (5). La vannerie bantou était perfectionnée et les femmes cafres savaient tresser des paniers, capables de contenir des liquides et notamment le lait (6). L'art le moins avancé était celui de la tisseranderie, qui ne produi-
(1) Burchell. Hist. univ,voy. \oL XXVL 493.
(2) Nadaillac. Loc. cit.
(3) Campbell. Hist. univ. voy\ Vol. XXIX. 850.
(4) Nadaillac. Loc, cit.
(5) R. Moffat. Vingt-trois ans dans le sud de l'Afrique, 248.
(6) Levaillant. Loc. cit., 196.
LE GOMMKRCe GHRZ LES NOIRS DE DACE SUPÉRIEURE 95
sait que des grossières étoffes de coton ou même des étoffes d'écorce. Les vêtements usités étaient surtout en peaux et ils étaient confectionnés par les hommes, travaillant sur la place publique du village (1).
Les Cafres ne manquaient donc pas d'objets ouvrés pouvant alimenter un certain commerce d'échange, et nous avons vu qu'ils allaient chez les Hottentots troquer leurs excellents paniers à lait contre du bétail, la valeur par excellence à leurs yeux. Je parlais tout à Theure de villages de forgerons travaillant surtout pour l'échange. Certaines Iribus, celles des Maroutsi, par exemple, trafiquaient aussi de leur tabac, qu'elles cultivaient en grand à cet effet (2). Ces échanges ne pouvaient guère s'effectuer que de proche en proche ; car, en pays sauvage, les voyages sont difficiles et même dangereux ; en outre, les routes ne sont que des pistes, difficiles à distinguer de celles que tracent les animaux (3).
Chez les Cafres en général, la traite des esclaves ne se pratiquait point. On ne la connaissait qu'au nord, dans la région du Zambèze, où les traitants arabes et européens Pavaient introduite ; plus au sud, les Cafres avaient bien une classe servile, mais point d'esclaves privés ; seuls, les femmes et les enfants étaient achetés ou vendus. Pour les femmes, c*était ordinairement au prix de quelques pièces de bétail qu'on se les procurait en plus ou moins grand nombre suivant la richesse de Tacquéreur. En Cafrerie,le bétail était la valeur par excellence; on n'était riche qu'à la condition d'en posséder beaucoup et les petits princes conquérants de la Cafrerie grossissaient leur trésor par de continuelles et féroces razzias ; car il leur fallait du bétail pour retenir autour d'eux leurs guerriers Un petit prince Bassoulo,
(1) CampbelL Loc. cit., 319.
(2) Campbell. Loc. cit,, 359.
(3) Thompson. Eist, unw. voy. Vol. XYIX. 68.
que j'ai eu jadis le plaisir de voir à Paris, me racontait que, pour se munir de ^argent nécessaire à son voyage en Europe, il avait dû vendre des troupeaux entiers : il ne me dit pas comment il se les était procurés. La vache était donc une sorte d unité monétaire ; elle n'était pas laseule et,enCafrerie, comme dans la plupart des pays de l'Afrique noire, les verroteries avaient cours (1). Dans les Etats du roi Mossélékatsi, petit Napoléon cafre, le missionnaire Moffat put racheter et rendre à son père, en le payant plusieurs livres de perles, un enfant capturé dans une razzia (2). Au reste les parents eux-mêmes considéraient leurs enfants comme des valeurs négociables.Ainsi deux hommes vinrent offrir h Mof- .fat de lui vendre leurs enfants, Tun pour une brebis, Tautre pour une provision de perles (3). En outre les femmes se pouvaient acheter et vendre ; puisque les Cafres les assimilaient aux animaux domestiques. Pendant un sermon du missionnaire Moffat chez les Béchuanas, le prédicateur s'étant plaint derinalténtion de son auditoire, l'un des assistants l'appuya en ces termes : « Les Béchuanas ont la tête dure et ils ne veulent pas écouter; quoique Dieu leur ait donné tant de bonnes choses. Il leur a donné des bœufs, des chèvres et des femmes » (4). L'assimilation des femmes au bétail était donc complète dans Tesprit de ce Cafre ; seulement, dans son énumération des choses utiles, il avait bien soin de ne placer la femme qu'après les bœufs et les chèvres, en englobant d'ailleurs le tout dans Tidée générale d'animaux domestiques extrêmement utiles.
(1) Campbell. Loc. cil., 359.
(2) Moffat. Loc, cit., US.
iS) Ibid., 248.
(4) Ibid., 189.