LE COMMERCE INDUSTRIEL DE L^AFRIQUE
ressemble ; les métiers sont simples, les pièces fabriquées sont courtes et surtout très étroites. Dans le district deLoggoun, les lais n'ont que six à sept pouces de largeur et il en est de même dans le Bornou ; en revanche, ces étoffes sont belles, fortes, à tissu serré (1). Dans le Haoussa, la largeur des lais se réduit souvent à quatre pouces. On en est quitte pour coudre ensemble ces lais si exigus, quand on en veut faire des tuniques (2). — Pour la fabrication des étoffes africaines, il y a division du travail entre les deux sexes. La tâche des femmes consiste surtout à filer le coton ; elles s'y occupent activement à Kouranko (3), à Sackatou (4): à Jenna (S), à Kaarta chez les Bambaras (6). Dans ce dernier pays et probablement dans les autres, les femmes commencent par extraire les graines du cotonnier, à Taide d'une baguette, après avoir étalé les fruits sur une pierre plate ou un morceau de bois ; puis elles filent le coton à la quenouille. A Sackatou, l'occupation défiler s'assigne ordinairement aux femmes mariées ou à de vieilles esclaves qu'on affectionne ; car c'est un travail doux et facile. Souvent mêmelesfileuses, très peu fatiguées,interrompent leur besogne pour tirer de leurs paniers des petits miroirs et examiner avec complaisance leurs dents ou leurs yeux brillants (7). Le tissage est TafFaire des hommes et ils emploient des métiers analogues aux nôtres, je veux dire aux anciens métiers de notre petite industrie familiale aujourd'hui bien ruinée ; mais ces métiers sont très étroits, d'où la très petite largeur de l'étoffe ; pourtant les tisseurs se ser\ent de la navette, qui partout a été un perfectionnement assez tar-
(1) DeDham et Clapperton. Loc. cil, y 266.
(2) Denham et Clapperton. Loc, cit., 333.
(3) Laing. Hist, univ, voy. vol. XXVIII. 71.
(4) Clapperton. Loc, cit. ,11, 101.
(5^ Rich. et J. Lancier. Hist. univ. voy, vol. XXX. 52.
(6) Raffenel. Nouv. voy. au pays des Nègres , t. I. 406.
(7) Clapperton. Loc. cit,
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dif dans l'art de lisser (1). A Jenna, on sait, en entremêlant aux fils de coton des fils de soie apportés de Tripoli, fabriquer des étoffes de luxe au seul usage des riches (2). A Tinge, un autre mélange se fait avec de la laine pour confectionner des couvertures et des châles. Tout ce travail est peu pénible et, à Tinge, on s'en distrait en dansant gaiement tous les soirs (3). Dans la capitale du Logon, près du lac Tchad, la principale industrie est encore la tisseranderie et la fabrication des belles nattes ; on y ajoute pourtant celle des jattes en bois très artisteraent travaillées (4).
Même chez les races moins avancées, chez celles qui ne savent encore se vêtir qu'avec des peaux d'animaux, on a bien soin d'ordinaire d'orner les peaux, de les colorer, d'y tracer des dessins pour les rendre plus belles. A plus forte raison, en est-il ainsi, quand on est familier avec Tart relevé du tissage, avec lequel celui du teinturier marche habituellement de pair. Cela arrive dans la zone industrielle de l'Afrique ; la teinturerie y forme une véritable industrie, complétant la tisseranderie. Le plus souvent la teiùture se prépare dans de grandes jarres en terre cuite et Ton y plonge les étoffes à colorer. Parfois il existe de véritables ateliers de teinturerie. A Tessaoua, Barth vit les jarres remplacées par des excavations pratiquées dans la masse môme d'une plate-forme d'argile haute de trois pieds environ. Les couleurs les plus usitées sont en première ligne la bleue, que Ton obtient avec de l'indigo, mélangé parfois d'autres substances tinctoriales. Les étoffes séjournent longtemps dans le bain colorant, parfois un jour, quelquefois quinze i 3) ; car il semble que l'opération se fasse ordinairement à froid. L'art de teindre, aussi bien que celui de tis-
(1) Raflfenel. Loc, cit.
(2) R. et J. Lander. Loc, cit.
(S) Barth. Voy. Àfinq. t. III. 293.
(4) Barth. Loc. cit., t. 111.84.
(5) Barth. Loc. cit., t. ï. 326.