IV. Le Commerce
La grande zone africaine, que j'ai appelée industrielle, ne Test pas également partout. En classant les renseignements épars dans les relations des voyageurs, on est tout d'abord frappé d'un fait important savoir,que cette zone est en général d autant plus civilisée que l'on s'avance plus de l'ouest vers l'est.
Nous avons déjà vu, que, sur le littoral de la Sénégambie, les nègres, il n'y a pas très longtemps encore, ne savaient se procurer le fer que par voie d'échange, et que, dans certains districts, le fer jouait le rôle de monnaie. Au xvi«siècle, dans le royaume de Loango, les indigènes mettaient à rechercher le fer la même ardeur que montraient les Polynésiens, lors des voyages de C'ook. Une vieille relation de 1378 rapporte que ces nègres ou n'avaient pas de fer chez eux ou ne savaient pas encore l'extraire de leurs mines ; que,
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pour avoir un petit clou, ils donnaient en échange une grande défense d'éléphant (1). Nous n'ignorons pas d'autre part, qne le gros bétail abonde surtout dans l'est, que Tart du forgeron et en général toutes les industries vont se perfectionnant à mesure qu'on avance vers l'Orient, quoique les Africains du littoral de l'ouest aient été, avant les autres, en relation avec les Européens. La conclusion s'impose, c'est que la civilisation de l'Afrique nord-équatoriale au sud du Sahara est surtout originaire de l'ancienne Ethiopie et peutêtre même, mais moins directement, de Tancienne Egypte. Les Maures de la Sénégambie eux-mêmes sont très peu avancés ; et leur industrie se borne à tisser une grossière étoffe en poil de chèvre, qui leur sert à couvrir leurs tentes (2). Avant tout, ils sont pasteurs et ceux qui possèdent des troupeaux de gros bétail, des chameaux, des chevaux, mènent une vie nomade et franchissent souvent de grandes distances pour aller vendre leurs troupeaux (3). Au contraire les Mandingues, ordinairement plusou moins convertis à l'Islamisme, sont industrieux, commerçants et en même temps bons agriculteurs et éleveurs de bestiaux. Ailleurs, à Patachi, île du Bas-Niger, les nègres très peu accoutumés au commerce, négocient durant des mois entiers avant de se décider à vendre un canot (4). Mais il en va tout autrement dans les districts vraiment industriels de la zone qui nous occupe : là l'élève du bétail, l'agriculture, le commerce, l'industrie, tout marche à la fois ; le commercé surtout est très actif, malgré les impôts souvent arbitraires que prélèvent les souverains et leurs fonctionnaires, même malgré le caractère capricieux de ces impôts monarchiques : ainsi, dans une ville du Yarriba, les femmes, qui venaient
(4) Ed. Lopez. Le Congo (1578). Relation des frères de Bry, traduite par Léon Cahun, 1883.
(2) Geoffroy de Villeneuve. Hist. univ. voy. Vol. XXII. 80.
(3) Ibid,, 85.
(4) R. et J. Lander. Loc. cit., 290.
vendre au marché, devaient acquitter un droit, dont les hommes étaient exempts (1).
Presque partout on a institué des marchés réguliers, et périodiques, plus ou moins fréquents où s'étalent souvent non seulement des marchandises indigènes, mais aussi celles d'Europe, surtout les cotonnades anglaises, venant de la côte occidentale, de Badagry, de Lagos ou convoyées à travers le Sahara par les caravanes ; cependant les longues tuniques en cotonnades teintes, usitées dans les centres les plus civilisés et qui parfois ne sont pas dépourvues d'une sorted'élégancemajestueuse,sontpresque toujours fabriquées avec des étoffes indigènes. Mais le commerce européen ne fournit pas que des étoffes , ainsi, à Kiama, près du Niger, Clapperton vil des pots de faïence, des plats de cuivre ou d'étain, des pièces de drap, etc., d'origine européenne (2).
Les marchés sont ordinairement et par toute la zone bien approvisionnés. A Ouôdi, on se rend, de tous les villages voisins, à un marché hebdomadaire. Ce sont surtout les femmes, qui sontchargées des opérations commerciales ; elles arrivent, portées, elles et leurs marchandises, par des taureaux, qu'elles conduisent au moyen d une lanière passée à travers le cartilage des naseaux ; leurs denrées sont du lait, des volailles, du miel, de la graisse, des herbes comestibles (3).
A Kouka, où le thaler de Marie-Thérèse est la monnaie couramment employée pour les achats de quelque importance (Monteil. Be Saint-Louis à Tripoli y etc.)^ le marché devient une foire où affluent des milliers de personnes, plus de quinze mille à la fois, disent les voyageurs ; à cette foire, on vend et achète du blé, du riz, du millet, des moutons, des bœufs et surtout la principale marchandise de
(1) R. et J. Lander. Aoo.ctf. 97.
(2) Clapperton. Loc. cit., 131.
<3) Denham et Clapperton. Loc. cit., 105.