‹ L'évolution du commerce dans les diverses races humainesChapitre 51 sur 145 · V. Le coynmerce à Tornbouctoii · texte numérisé non relu

V. Le coynmerce à Tornbouctoii

Jusqu'ici j'ai parlé du commerce de l'Afrique nord-équatoriale, en glanant mes renseignements sur des points divers ; mais il est deux grands centres commerciaux, dont il me faut maintenant traiter d'une façon plus spéciale : ce sont Tombouctou et surtout Rano.

Tombouctou, jadis capitale d'un puissant État et grande cité commerciale, est aujourd'hui bien déchue de son importance. Elle mesure pourtant quelque trois milles de circonférence ; on y voit des maisons, des mosquées construites en adobes ou briques crues. Je parle des vraies maisons et non des cases en paille, de forme ronde et à toit conique, qu'habitent les pauvres et les esclaves (3). La plaine où Tombouctou est située est presque stérile et rappelle encore trop le sol du Sahara ; enfin, chaque année, le Niger vient en débordant remplir de grandes lagunes avoi-

(1) Barth. Loc. cU„ t. II. 23C.-

(2) Ed. Lopez. Le Congo, traduit par L. Gahun du texte latin des frères de Bry.

(3) Gaillié. Hist, univ. voy. Vol. XXIX. 399.

sinantla cité. Les céréales nécessaires à la consommation journalière de Tombouclou doivent y être amenées du Niger supérieur, notamment de Sansandi (I), dans de grandes barques, ayant parfois quatre-vingts pieds de long (2). De Jenné, viennent en outre du beurre végétal, du coton, du savon, du poisson sec, des oignons, etc. (Caillié, Loc, cit.). Dans les environs même de Tombouctou, on ne pratique guère que l'élève du bétail ; l'eau potable est apportée à la ville par des ânes, que mènent des esclaves (3). Tombouctou n'est donc qu'un entrepôt commercial et sa prospérité dépend étroitement des caravanes, qui ont intérêt à s'y rendre. Celles-ci viennent surtout du Maroc et de Toasis de Ghadamès.

Le plus important article d'importation à Tombouclou est le sel, le sel gemme des mines de Taoudegni. Les caravanes l'y apportent à dos de chameau et séjournent à cette occasion dans la ville pendant six ou huit mois pour se procurer ce qu'on appelle en langage marin un fret de retour (4). Ce sont aussi ces caravanes, qui approvisionnent la ville de tabac et de dattes, de vêtements tissés à Kano, de chemises de Sansandi confectionnées avec du calicot anglais et de divers autres objets ; il faut y ajouter encore la noix de Kola, du drap rouge, de la coutellerie, des miroirs, diverses autres marchandises européennes et du thé, enfin de l'or, venant de Bambouksur le Haut-Sénégal ou de Bouri sur le Niger supérieur (5).

En somme, Tombouctou est un comptoir commercial, qui est, surtout qui a été. d'assez grande importance. Une certaine industrie a même pu s'y développer, surtout celle de la mégisserie, dont les troupeaux fournissent aisément

(1) BaHh. Loc. cit., t. lY. 103.

(2) Ibid,, III, 330.

(3) Ibid,, IV. 53.

(4) Caillié. Loc. cit.

(5) Barth. Loc. cit., IV. 400-408.

LE COMMERCE INDUSTRIEL DE l' AFRIQUE 127

la matière première ; aussi y fabrique-t-on des objets en cuir bien travaillés : des sacs à provisions, des valises et coussins, des sachets, des gaines de fusil. L'industrie du fer y a aussi acquis un certain développement, ainsi que la bijouterie en or (1). Au contraire, l'art du tissage y est fort restreint, à ce point qu'on y importe des burnous arabes, souvent fabriqués avec des étoffes d'Europe (2). A Tombouctou, l'or, l'ivoire, la cire, la gomme sont, comme tout le reste, importés et réexportés. L'argent en espèces y est fort rare ; mais il y a cours et même y est très recherché (3). A vrai dire, la marchandise, qui alimente surtout le commerce de Tombouctou, est le sel gemme ; aussi les marchands de sel occupent-ils dans la ville un vaste espace alloti en petites parcelles, que loue un cadi, logeant dans le marché même où il a surtout mission de prélever un cinquième du sel mis en vente (4). En somme, la prospérité commerciale de Tombouctou tient uniquement à sa situation au coude même du Niger, circonstance qui tout naturellement l'a désignée pour servir d'entrepôt commercial à l'Afrique du nord et au bassin du Niger. En effet ses principaux marchands ne sont que des agents au service des négociants de Ghadamès, de Fez, etc., (5), aux marchandises desquels elle ouvre de vastes débouchés. Le commerce européen pourrait sans doute y écouler ses marchandises, mais, pour cela, en attendant le chemin de fer transsaharien qu on pourra attendre longtemps, il faudrait tout d'abord non seulement ne pas exterminer les Touareg, mais même s'appliquer à vivre avec eux en bonne intelligence ; car leur concours est absolument nécessaire au transit entre les pays du nord et ceux du sud. Mais, pour le moment, la véritable métropole commerciale

(1) Barth. Loc. cit.

(3) Ibid. , t. IV. 106.

(3) /bid,,Â^.

(4) Ibid,, IV. 102-103.

(5) Ibid. IV. 106.

de TAfrique centrale n'est plus Tombouctou ; c'est Kano, dont les Etats européens ne sauraient manquer de se disputer avant peu la possession ou le protectorat.

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