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LE COMMERCE DANS L^MÉRIQCE CENTRALE

Une rame servait de gouvernail et une grosse pierre, attachée k un cable d'écorce, représentait Tancre. La surface du radeau était jonchée d'arêtes de poisson; car on péchait, chemin faisant, pour enrichir son menu. Cette ôaZsa, embarcation marchande, portait une cargaison de noix de cocos ; elle venait de Guayaquil, d'où elle était partie une trentaine de jours auparavant, et se rendait tout près de Lima. L'équi- . page se composait de six hommes et le voyage devait durer environ deux mois. Porter apprit avec étonnement que ces traversées étaient chose fort ordinaire (1) : mais la coutume en devait remonter au temps des Incas, et des Balsas de ce genre ont pu servir au très modeste commerce de l'ancien Pérou.

En effet le régime socialiste, surtout le socialisme d'Etat, est peu compatible avec un grand essor commercial ; puisqu'il ne permet guère aux individus soit de spéculer, soit de viser à s'enrichir. Pourtant l'État-Providence pourrait, devrait même, dans l'intérêt général, faire des échanges avec les autres nations ; mais le Pérou n'avait pas de voisins civilisés. Son commerce devait donc être absolument intérieur, et se borner à de menus échanges entre particuliers. Les transports à longue distance, soit par des caravanes de lamas, soit sur mer par les balsas, ne pouvaient s'effectuer que par ordre du gouvernement et dans un but d'utilité publique, par exemple, . pour approvisionner les magasins des diverses provinces des denrées et matières premières, que chacune d'elles ne produisait pas.

Les petits trocs entre particuliers se faisaient dans des foires, tenues, trois fois par mois, dans les villes les plus importantes, et qui étaient, pour les prolétaires, des fêtes où ils se reposaient de leur labeur quotidien. Comme il n'existait pas de monnaie au Pérou, ce commerce local se

(1) Porter. Hist. génér. voy,^ t. XVI, 44-46.

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pratiquait à la manière primitive, par simple échange (1). Pourtant les Péruviens avaient réalisé ou adopté une invention, qui n'avait rien de barbare et qui suppose ordinairement Fusage de la monnaie : ils connaissaient Tusage de la balance, mais de balances en argent, de petite dimension et servant uniquement pour peser les métaux précieux. Dans un voyage d'exploration, Ruys, un des compagnon» de Pizarre, vit une de ces balances à bord d'une balsa indigène (2) et Ton en a trouvé d autres dans les tombes des Incas (3), ce qui semblerait bien indiquer qu'il s'agissait d'un appareil peu employé et réservé sans doute aux ouvriers joailliers.

Les transports de quelque importance se faisaient au Pérou par terre et au moyen de caravanes de lamas. Garcilasso de la Vega en a pu voir encore après la conquête. C'était alors des caravanes marchandes, allant de Guzco à Potosi et mettant deux mois à accomplir le trajet dans un sens ou dans l'autre. Ces caravanes étaient organisées par des Espagnols et des Indiens et leur chargement se composait surtout de vêtements à l'usage des Indiens et d'herbe coca ; on en peut induire qu'elles étaient de simples survivances de l'ancien Empire péruvien, qui n'avait pas d'autre moyen pour répartir dans ses diverses provinces les étoffes, les produits constamment accumulés dans ses magasins et que son devoir était de fournir aux populations, en tenant compte de la disparité des ressources dans chaque circonscription administrative. — Nous allons trouver dans lancien Mexique un ordre de choses entièrement différent de ce commerce d'État.

(1) W. Prescott. Loc, cit., I, 143.

(2) Prescott. Conquest of Perii. Livre II, p. 245 (note).

(3) Prescott (Trad. française), I, 160.

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