‹ L'évolution du commerce dans les diverses races humainesChapitre 64 sur 145 · II. Le Mexique · texte numérisé non relu

II. Le Mexique

Entre les deux grands États de rAmérique centrale, le Pérou et le Mexique, il y avait une certaine ressemblance industrielle, mais de profondes dissemblances politiques et commerciales. Sans doute il subsistait encore dans Tempire aztéque,plus d'une survivance datantdeTâge du clan primitif, mais rien d'analogue au communisme d'État en vigueur au Pérou. Enfin le commerce, qui, au Pérou, se trouvait réduit au minimum, florissait au contraire au Mexique et môme avec quelque exubérance. Seules, les industries des deux pays offraient une certaine analogie générale, comportant d'ailleurs de nombreuses différences de détail. Gomme l'agriculture péruvienne, celle du Mexique était très respectée et d'autant plus que les impôts, car le Mexique avait un système d'impôts, étaient souvent perçus en nature, et surtout en produits agricoles. A l'exception des soldats et des nobles, tout le monde, même les citadins, cultivait plus ou moins la terre, et Tagriculture, extrêmement honorée, avait ses dieux spéciaux (1). Comme au Pérou, un intelligent système d'irrigation fertilisait les champs. Mais les plantes cultivées n'étaient pas, toutes, les mêmes dans les deux royaumes. Point de pomme de terre au Mexique, par «îxemple, et même Ton s'appuie avec raison sur ce fait pour affirmer que les deux contrées sont restées totalement étrangères l'une à l'autre. Le bananier, le cocotier, le maïs surtout,étaient communs aux deux empires. Au Mexique, le maïs devenait énorme et servait aussi de canne à sucre. On cultivait en outre la vanille, le cacaotier et le maguey. Cette dernière plante, un agave, avait des utilités multiples; avec ses feuilles on fabriquait du papier; avec son jus, une liqueur

(l)'Prescott. Conquest of Mexico, t. 1, 135.

enivrante appelée pulque ; avec ses feuilles, des toitures pour les maisons ; avec ses piquants, des épingles et des aiguilles ; avec ses fibres, des fils, des cordes, etc. (1)

Le coton se cultivait aussi bien dans Tempire des Aztèques que dans celui des Incas et on en tissait des étoffes, parfois croisées de poils d'animaux, surtout de lapin, quand on voulait les rendre chaudes. Les tissus de luxe étaient fins, ornés de broderies et teints d'éclatantes couleurs, surtout d'un écarlate dont la cochenille faisait les frais. Ce fut même au Mexique, que l'Europe apprit à utiliser le précieux insecte, qui donnait une si belle teinture rou^e (2). Des étoffes grossières et où entrait ordinairement le fil du maguey^ servaient à faire des hamacs, des tapis, des rideaux solides (3). — Enfin de superbes tissus richement ornés de plumes rappelaient nos plus belles mosaïques, et c'était là aussi une industrie commune aux deux empires. — Au Mexique, les ouvriers en plumes constituaient une corporation distinguée, ayant ses fêtes particulières, ses sacrifices d'esclaves, frayant sur un pied d'égalité avec les marchands et banquetant même avec eux (4). — Chez les Aztèques encore, Tart de la céramique n'avait rien à envier à celui du Pérou. On y snvait modeler et peindre des poteries très variées et très ornées, dont on se servait concurremment avec des vases en bois, peints aussi et laqués -comme ceux des Tartares (5).

Les outils des artisans mexicains étaient de deux sortes. Les uns tenaient encore à l'âge de la pierre ; les autres à celui des métaux. Une roche volcanique, vitriforme, Tob- 5idienne, fournissait des outils et des armes, dont le tran-

(1) Prescott. Conquest of Mexico, I, 135, etc.

(2) Prescott (Trad. française), I, 115.

(3) Robertson. EisL Amer. IV.

(4) Sahagun. Nouvelle-Espagne. L. IX, p. 589.

(5) Prescott. Conquent of Mexico, I, 143.

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chant et la dureté laissaient peu à désirer ; ainsi le ciseau des sculpteurs était souvent en obsidienne (23:^//), dont les gisements étaient largement exploités. Une montagne riche en obsidienne et où Ton avait foré de nombreux puits d'exploitation, s'appelait même « la montagne aux couteaux » (1). Les sabres en scie des Mexicains, leurs rasoirs, etc., étaient aussi en obsidienne (2).

Cette utilisation de Tobsidienne devait dater de bien loin, des âges primitifs ; mais la métallurgie n'était pourtant pas inconnue des Aztèques et, chez eux, elle ressemblait fort h celle des Péruviens. Dans les montagnes, ils exploitaient de vraies mines, avec galeries creusées dans le roc et communiquant entre elles. Ils en extrayaient du plomb, de Tétain, du cuivre, du cinabre, de Targent. L'or, on se le procurait, soit en recueillant les pépites d'or natif trouvées à la surface du sol, soit en le recherchant dans le sable des rivières (3). Ce métal était tellement abondant au Mexique que les provinces méridionales en pouvaient recueillir une quantité suffisante pour payer en or leurs impositions. Le fer, dontlesol était pourtant comme imprégné, n'a pas plus été connu des Aztèques que des Péruviens (4) ; mais avec un alliage convenable de cuivre et d'étain ils savaient fabriquer un bronze assez- dur, pour qu'en y joignant une poudre de silex porphyrisé, on put s'en servir pour tailler le basalte, le porphyre, les améthystes, les émeraudes ("Jj. A ces pierres précieuses les lapidaires aztèques savaient donner les formes les plus fantastiques. Ces artistes de luxe avaient leurs fêtes spéciales et pas moins de quatre dieux. C'était aussi une déesse, qui avait inventé les

(1) Humboldt. Noiivelle-Espagyie , III, 308.

(2) Prescott. Loc. cit.. 140.

(3) Prescott (Trad. française), t. I. 111. -— Humboldt. Loc, cit.y m. 301.

(4) Prescott. Ibid.,\\\,

(5) Ibid.

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objets de toilette des femmes ; mais Tart de la taille, par lequel oq transformait les pierres précieuses en mentonnières, en oreillons, en colliers, en bracelets, etc., était réputé une invention de dieux masculins (1).

Les orfèvres avaient aussi leur patron spécial, nommé Totec^ et ils l'honoraient, suivant l'usage, en lui sacrifiant des victimes humaines, que l'on écorchait ensuite après leur mort, sans doute pourflgurer avec leurs peaux dans des cérémonies religieuses. 11 existait deux catégories distinctes d'ouvriers en or : 1*» les marteleurs et batteurs, qui travaillaient le métal avec des marteaux ou avec des pierres et savaient le réduire en feuilles extrêmement minces ; 2^ les sertisseurs, ouvriers artistes, dont chacun avait ses procédés spéciaux (2). Ces orfèvres aztèques exécutaient de vrais chefs-d'œuvre, qui excitèrent ladmiration de Cortez, comme il en témoigne dans une lettre à Charles-Quint (3).

La méthode employée dans l'ancien Mexique pour réduire le rainerai d'argent vaut la peine d'être décrite. Dans un trou creusé à cet effet, on commençait par stratifier le minerai et le charbon ; puis, une fois le feu allumé, des Indiens, rangés en cercle autour du foyer, y soufflaient avec des roseaux (4). Sauf Tabsence du soufflet à deux outres, ce procédé métallurgique ressemble singulièrement à la manière dont les nègres africains les moins avancés traitent leurs rainerais de fer; mais il ressemble surtout à la manière de faire des fondeurs malais.

Avec leur outillage si simple les ouvriers aztèques faisaient des prodiges; par exemple, ils fondaient des vases d'argent si grands qu'un homme ne les pouvait embrasser ; des figures d'animaux, si artistement exécutées que les plumes des oiseaux, les écailles des reptiles étaient alternativement

(1) Sahagun. Loc. cit. y IL 585.

(2) Ibld., 584.

(3) Humboldt. III, 301.

(4) Huinboldt. Loc. cit.. III, 305.

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