LE COMMERCE DANS L*AMÉR1QCE CENTRALE
en or et en argent. Avec leurs outils d'obsidienne, ils taillaient les blocs de pierre destinés à la construction des édifices (1), et sculptaient, par exemple, le bloc de porphyre noir pesant 50 tonnes, sur lequel on voit encore le célèbre calendrier mexicain dont on s'est tant occupé. Ajoutons à ce propos que, malgré l'absence d'animaux domestiques et de toute force mécanique artificielle, ce bloc avait été amené à la ville d'une distance de plusieurs lieues (2).
Toute cette industrie où, par la patience, déployée, la longueur du temps dépensé, le nombre des hommes utilisés, on suppléait à l'insuffisance des engins et du savoir, ressemble fort à l'industrie péruvienne, et il en est de même pour Fart de la navigation. Les grands transports, les longs voyages par eau se faisaient avec des balsas semblables à celles du Pérou ; mais on savait aussi, au Mexique, creuser des petits canots d'une seule pièce de bois (3), la primitive pirogue des sauvages, que les Péruviens semblent avoir ignorée.
ni. Le commerce.
Si primitive qu'elle fût par ses procédés, l'industrie mexicaine avait cependant atteint une importance considérable. Toutes ces corporations d'artisans, ces métiers, comme on disait dans l'Europe médioévale, disent assez, par leur existence même, qu'au Mexique l'industrie ne se bornait pas à la fabrication strictement indispensable pour satisfaire la consommation. Une population ouvrière, organisée comme Tétait celle du Mexique, suppose en effet une classe nombreuse de marchands s'occupant à vendre les produits pour
(1) Prescott (Trad. française), I, 112.
(2) Prescott. Conqicest of Mexico, 1, 142.
(3) Bancroft. Native States, etc., II, 397-398.
en tirer bénéfice ; et tel était bien le cas au Mexique. Ajoutons que, dans l'ancien royaume des Aztèques, les taxes se payaient le plus souvent en nature, que même il existait dans chaque ville des magasins publics destinés à recevoir les produits agricoles et industriels, qu'enfin Tonne comptait pas moins de 370 villes tributaires, acquittant leurs redevances à des intervalles très divers, tantôt tous les ans, t<intôt tous les six mois, quelquefois tous les vingt jours, même tous les quatre jours, et que ces tributs consistaient souvent en coton, en plumes, etc. (1), c'est-à-dire en matières industrielles, qu'il fallait ou utiliser ou vendre. II est à supposer que TEtat mexicain, toujours guerroyant, conquérant, imposant des contributions de guerre aux vaincus, avait souvent besoin d'écouler le trop plein des magasins publics, que les marchands eux-mêmes contribuaient à remplir en payant leurs impôts avec leurs marchandises (2).
Le commerce était donc une nécessité pour le Mexique et de là naquit sans doute la grande considération dont il y jouissait, fait absolument anormal; car, dans les empires guerriers, aristocratiques, à castes héréditaires, le marchand est habituellement tenu en fort mince estime. Peut-être faut-il en outre, pour expliquer cette anomalie, invoquer l^origino inconnue et le caractère propre aux flots d'immigrants, qui, avant les Aztèques, s'étaient succédés sur les hauts-plateaux de TAnahuac et dont certains au moins devaient appartenir à une race de marchands. On sait que, depuis les temps les plus reculés, Oajaca, Tabasco, le pays au sud de Vera Cruz étaient occupés par des populations commerçantes, exerçant même un commerce maritime sur le littoral. On n'ignore pas non plus que les Toltèques avaient laissé la réputation d'un peuple de commerçants habiles.
(1) Bancroft. Native Slales, II, ^23-2-233. (2j IbitL, II, 231.