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Le co7nmerce au Thibet

Dans la Mongolie barbare, c'est seulement au Thibet, que l'industrie et le commerce tartare ont réalisé quelques progrès.

Le Thibet et sa capitale, Lha-ssa, représentent le foyer intellectuel ou plutôt religieux de toute la Tartarie nomade ; par le moyen du très nombreux clergé lamaïque, par les lamaseries fondées en pays tartare, par les caravanes de pèlerins, qui viennent incessamment à Lha-ssa, la foule des nomades, gens simples et crédules, est tenue dans la dépendance de sa capitale religieuse et en reçoit une direction morale.

La population du Thibet est elle-même en partie nomade et en partie sédentaire, quoique son sol montagneux se prête mal à la vie pastorale. C'est seulement à quelques journées de marche de Lha-ssa que les champs cultivés apparaissent çà et là et que la maison remplace la tente ; puis le pays devient entièrement agricole (1).

Mais au Thibet la nature des troupeaux a changé. Il n'est plus question du chameau, qui s'accommoderait mal de ces Alpes rocheuses (2) ; l'espèce bovine appelée yûk Ta remplacé. Or, au Thibet, le yâk n'est qu'une bête de somme ; il

H) Hue. Zoc. ci^., II, 246.

(2) Hue. Loc, ci^, 11,243.

MONGOLS ISOMADeS ET MONGOLOÏDES 233

ne s'emploie pas au labour; en revanche on fabrique avec son poil des étoffes pour les tentes et les vêtements, ainsi que des cordes, et il produit une énorme quantité de lait et de beurre. Ce dernier produit, le beurre, est recueilli dans des sacs et transporté à travers toute la Tartarie ; c'est môme le principal objet de commerce du pays (1). Pour les Tartares nomades, le Thibet joue le même rôle que Rome pour les catholiques. C'est pour eux une terre de promission, le but et la fin du monde ; ils pensent même qu'au delà du Thibet il n'y a plus rien qu'une mer sans rivages (2). C'est qu'en effet la terrible hauteur des montagnes thibétaines a été pour ces populations comme un rempart difficilementfranchissable. On pense que les communications du Thibet avec le Bengale ne datent guère que de 1774(3). Le nombre des étrangers même est encore peu considérable au Thibet. Ces immigrants se composent d'Indiens venus par le Bhoutan, de Musulmans de Cachemir, qui font métiers de changeurs et de trafiquants pour les objets de luxe (4), enfin de Chinois, surtout d'un résident chinois avec une escorte ; puisque le Thibet est vassal de la Chine.

La civilisation s'est donc développée au Thibet, en dehors de fortes influences étrangères ; or, cette civilisation «est avant tout tartare et les industries thibétaines ne sont guère que Tépanouissemeut de celles des nomades . L'art du tissage y est devenu un métier commun, mais mal spécialisé encore. Dans certains villages, on voit, sur le «euil de leur porte, les habitants qui fabriquent en famille des étoffes de laine, épaisses, à long poil, mais à lais très étroits (5). Les Thibétains orientaux, encore nomades, savent aussi tisser, mais emploient, pour fabriquer leur fil, le

(1) Turner. Ambassade au Thibet, I, 280.

(2) Hue. Loc, cit., I, 364.

(3) Turner. Xoc cit,

l4) Hue. Loc. cit., II, 267-268-260.

(5) Turner. Loc. cit., I, 276.

poil de chameau (1). Une vallée Thibétaine, celle de Jhansen, est célèbre pour ses draps à deux couleurs, tissus souples, chauds, solides, comme toutes les étoffes thibétaines (2). Ailleurs des hommes filent et tissent une étoffe rouge, appelée PoU'lou^ solide aussi et très étroite, qui sert particulièrement pour l'habillement des lamas (3). Enfin avec le poil des grands troupeaux de chèvres on fabrique de magnifiques châles (4).

Les artisans en métaux, les forgerons, chaudronniers, fondeurs, mécaniciens, bijoutiers sont ordinairement des étrangers et il en est de même des orfèvres (5), quoique le pays soit riche en métaux précieux. L'or se recueille en poudre aux tournants des rivières et les bergers même savent le purifier en le fondant dans des creusets chauffés avec des arfjols de chèvre (6). Le plus clair de cet or s'en va dans les lamaseries, dont les pieux habitants prêtent volontiers à usure (7).

On doit citer encore, comme richesse minérale, le plomb argentifère, le cinabre et enfin le tinkal, c'est-à-dire le borax, dont on se sert pour faciliter la soudure et la fusion de l'or et de l'argent (8).

Une industrie thibétaine, inconnue auxTartares, est celle du papier, très simplement fabriqué, comme tout le reste, avec une écorce d'arbre pilée et délayée en pâte claire. Pour tirer du papier de cette pâte, il suffit d'y plonger horizontalement une claie, que Ton en retire doucement ; puis

(1) Hue. Loç. ciL, II, 162-16:3.

(2) Turner. Lac. cit., 1, 338.

(3j Hue. Loc. cit. y 11,260.

(4) Turner. Loc. cit., Il, 155.

(5) Hue. Loc. cit., II, 267.

(0) Ibid., 264.

:7) Ibid., 266.

(8; Turner. II, 25î3.

par le séchage la légère couche de pâte devient une feuille (1).

Aussi simplement, chaque famille thibétaine fabrique la poudre qui lui est nécessaire et par des procédés que tout le monde connaît. Ainsi les femmes, les enfants eux-mêmes, broyent le charbon, le soufre, le salpêtre indispensables.

L*artdu potier est très pratiqué et habilement , mais les écuelles en bois, d'origine sans doute plus primitive, font encore concurrence aux vases d'argile ; elles sont parfois vernies, très élégantes et fort chères ; puisqu'il en est dont le prix est de cent onces d'argent (1000 fr.) ; il est vrai qu'elles ont, à ce qu'on croit, la propriété de neutraliser les poisons {2).

Une des grandes industries commerciales du Thibet est celle des bâtons odoriférants, qu'on exporte jusqu'en Chine et à des prix exorbitants (3).

En somme, l'industrie thibétaine est encore peu développée et exclusivement familiale ; d'autre part, l'agriculture est peu savante ; on ne cultive guère que le froment et le riz ; la céréale, qui est vraiment la base de ralimentation, est l'orge noire, dont on tire une boisson aigrelette. Aussi la population, sauf le clergé, est très misérable et, pour elle, la viande est presque -un aliment de luxe, quoiqu'on ait des troupeaux de bœufs, et de moutons (4).

Le commerce d'exportation nepeutdonc guères'exercerau Thibet que sur des matières premières; il se fait par caravanes deyâksporteurs,guidéspardes cavaliers et souvent au moyen de force réquisitions et corvées imposées aux indigènes (5). Avec la Chine, le Thibet fait un important commerce de la-

(1) Turner. Loc. cit., I, 155. — Hue. Loc. cit., II, 490.

(2) /ôid.,261.

(3) Hue. Loc. cit., II, 261.

{\)Ibid., 2G4.

(5) Ibid., Il, 408-428.

pis-lazuli, de cornes de cerf, de rhubarbe (1). Aces marchandises profanes, il faut encore ajouter les marchandises sacrées, les reliques et objets de piété. Or, ce dernier commerce est extrêmement avantageux. En effet les caravanes de pèlerins tartares affluent au Thibet et donnent avec un pieux empressement leurs lingots d'or et d'argent contre des lambeaux d'habits ayant appartenu à de saints personnages ou au Dalaï-Lama, contre de^ chiffons de papier couvert de sentences ou des statuettes en terre cuite, •contre des pilules rouges, etc. (2).

Un bon point pourtant est à accorder au gouvernen^nt Ihéocratique du Thibet ; il est assez libéral en ce qui concerne le commerce et les étrangers. Chacun peut aller et venir à son gré dans le pays et exercer librement tel commerce ou telle industrie qu'il lui plaît (3). Même, lors du voyage de Turner, le régent était disposé à accorder toute facilité pour les échanges commerciaux et le transport des marchandises (4). Les Thibétains ont d'ailleurs le goût du négoce ; ils ont des marchés fréquentés par les paysans (5) ; ils se servent môme d'une monnaie d'argent (6), quoique le commerce thibétain se fasse souvent par échange direct (7). Pour compter, dans les opérations commerciales, on use au Tliibet de procédés divers : Les marchands emploient le souan-pan chinois ; le vulgaire, les grains de rosaire ; les savants, les chiffres dits arabes, les nôtres (8). Au point de vue industriel et commercial, le Thibet est donc très supé-

<1) Hue. Loc. cU,,lly 418.

(2) Ibid., 11,282.

(3) Ibid., Il, 5^78.

(4) Turner. Loc. cit., II, 479.

(5) Ibid., I, 271.

(6) Hue. Loc. cit., II, 265.

(7) Lettres édifiantes, XV, 194.

(8) Hue. Loc. cit., II, 265.

rieur au vaste pays des steppes ; mais c'est ailleurs, c'esb en Malaisie et en Indo-Chine, que la production et le goût des échanges ont pris un développement sérieux.

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