‹ L'évolution du commerce dans les diverses races humainesChapitre 71 sur 145 · IV. Le co'innierce en Malaisie · texte numérisé non relu

IV. Le co'innierce en Malaisie

Les archipels de la Malaisie et la presqu'île de Malacca, qui y confine, ont été, dans le principe, peuplés par des races noires, et ces races ont pu être autochtones; puisqu'on y trouve encore des singes anthropomorphes ; puisque, ce qui est plus probant, on vient d'exhumer à Java un squelette pithécanthrope, comblant exactement au point de vue anatomique le hiatus entre l'homme et le singe (1). Mais, depuis longtemps, ces noirs primitifs, dont les Tamils, d'un côté, les Papous et les Australiens, de l'autre, peuvent être les descendants, ont subi bien des mélanges. De ces croisements, les plus importants se sont sûrement effectués avec des immigrants de race mongole ou mongoloïde et, parmi ces derniers, il faut peut-être compter des Polynésiens, ce qui expliquerait la parenté des idiomes entre les Malais et les insulaires de la Polynésie ; puisqu'alors il suffirait de retourner la théorie malayo-polynésienne actuellement régnante.

Aujourd'hui, on ne saurait doser exactement les diverses origines des Malais ; mais on leur reconnaît sans peine des caractères de métis.

En général, les populations de race vraiment malaise sont fixées surtout sur le littoral ; et toutes sont adonnées à la fois à lapiraterie et au commerce (2), deux modes d'échange, qui, à l'origine, ont été connexes en bien des pays. Leur

{!) Dr Dubois. Pithecanthropus erectus, (2) W. Marsden. HisL deStimatra, II, 163.

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degré de civilisation est très inégal dans les diverses lies. Là où des immigrants ou conquérants étrangers n'ont pas imposé leurs mœurs, là surtout où le palmier-sagou assure une alimentation trop facile, comme à Waigiou, les indigènes vivent en véritables rentiers, imposant le peu de travail qui leur est nécessaire à des esclaves papous. Pour payer au sultan de Tidore le petit tribu d'oiseaux de paradis, d'écaillé de tortue ou de sagou qu'on leur demande, chaque année, et aussi pour se vêtir, ils pèchent surtout du trépang et font un peu de commerce (1).

Les Battaks de Sumatra, beaucoup plus actifs et civilisés, malgré leur cannibalisme juridique et familial, échangent 5ur le littoral avec les marchands étrangers leur benjoin, leur camphre, etc., contre du fer et du sel, quils revendent ensuite aux habitants de l'intérieur dans des marchés annuels, échelonnés à partir de la côte. On vient à ces marchés avec des branches vertes en signe de paix et, à leur occasion, toute hostilité est suspendue (2). Les Battaks n'ont pas encore de monnaie, mais ils ont adopté, comme valeurs-étalons dans les échanges, certaines marchandises ; des gâteaux de benjoin, un buffle, surtout des paquets de fil d'archal, dont chacun représente environ une piastre (3).

Au siècle dernier, le besoin du fer était aussi vif chez les Malais les moins avancés que chez les Polynésiens ; ils donnaient tout pour s'en procurer et, quand ils y parvenaient, ils en éprouvaient une joie folle (4). Avec ce fer, les Malais façonnaient des outils, des armes, des instruments de hbourage, etc. Je parle des Malais les plus arriérés en indus-

{\) WaMsice Malay Archipelago. II, 216.

(2; W. Marsden. Loc. cit., II, 207-208. (3) IbicL, 209-210.

(i) Relat. Voy. Majesté brit. — Voy. du cap, Carteret, I. 291. — Lettres édifiantes, t. lïl, 64.

trie. Les autres, ceux que les Indous, les Chinois, les Arabes avaient déjà à demi civilisés, possédaient une certaine. industrie ; ils savaient confectionner de belles filigranes, sculpter sur bois et sur ivoire, particulièrement pour orner les manches de leurs cris. Enfin, ils fabriquaient de fines éto£Pes sur des métiers grossiers, mais, ce qui est un notable progrès, en se servant d'un roseau pour navette. Leurs femmes étaient, de leur côté, de très habiles brodeuses (\).

Comme les Chinois et peut-être à leur exemple, les Malais de Sumatra fabriquent leur poudre h canon simplement, par petites quantités, en famille, en tirant ordinairement leur salpêtre du fumier de leurs chèvres (2). Ils ont au reste conservé en général les procédés si simples de l'industrie primitive. Ainsi, pour faire leurs ouvrages en filigrane, ils fondent l'or dans un pot à cuire le riz en soufflant le feu avec leur bouche. Si la masse du métal à fondre est trop considérable^ trois ou quatre hommes se rangent autx)ur du pot transformé en creuset et soufflent ensemble à qui mieux mieux, produisant ainsi l'effet de soufflerie continue, que l'on obtient un peu moins simplement avec le soufflet malais, si connu et qui est aussi d'un usage général dans l'Afrique centrale età Madagascar. ALombock, les outres, ordinairement usitées en Afrique, sont remplacées par deux corps de pompe en bambou^ contenant des pistons garnis de plumes, auxquels le souffleur imprime un mouvement de va-et-vient alterné (Wallace. Loc.cit,,l 169) (3). En alliant l'or avec partie égale d'étain, les Malais forment une sorte de bronze d'or, alliage de luxe, servant à faire des boutons, des boîtes à bétel, des poignées de cris (i).

L'or est abondant en Malaisie et, à Malacca,on le recueil-

Ci) W. Marsden. Loc. cit., I, 270-275.

(2) W. Marsden. Loc, cit., I, 282.

(3) Ibid., I, 265.

(4) Ibid.y h 257.

lait à Tétat natif, simplement en lavant le sable des rivières suivant le procédé primitif. Les Malais se hâtaient d'en apporter la plus grande partie sur le littoral pour le donner aux Européens en échange d'opium ou de marchandises venant du Bengale et de Madras. A l'exemple des Chinois, ils se servaient aussi de l'or comme monnaie,en le pesantdansde petites balances avec des grains de riz (1). C'est par le commerce étranger, que Tusage des monnaies, des sapèques chinoises, des piastres d'Espagne, etc., s'est introduit en Malaisie (2). Les indigènes ne semblent guère en avoir fabriqué d'eux-mêmes ; pourtant, au siècle dernier, un roi d'Atchin avait fondu en étain, métal abondant en Malaisie, des pièces pesant une livre et valant sept sols et en outre des petites pièces d'or et de cuivre ; mais c'était là une simple imitation ; car les pièces d'or portaient des caractères arabes (3). Du reste, aujourd'hui encore, aux îles Ké, par exemple, la monnaie est inconnue (4).

A vrai dire, le commerce, Tindustrie, l'agriculture n'ont pris de l'extension en Malaisie que grâce à l'intermédiaire des Chinois. A Batavia, au siècle dernier, les petites manufactures étaient toujours dirigées par un Chinois qui en vendait les produits, moyennant bénéfice (3). Ce sont surtout les Anglais et les Hollandais, qui, en réglementant et imposant presque la culture d'abord, du poivre, puis du café, en ont considérablement augmenté le produit et déterminé du même coup et sans le vouloir un accroissement énorme de la population. Pour cela, les Européens traitèrent simplement avec les chefs, chargés de répartir le travail demandé. En vertu de contrats

(i) W. Marsden Loc. cit., I, 255.

(2) W. Marsden. Loc. cit., 255 256. — Yoy . Compagnie des Indes orientales. I. 363.

(3) LcUres édifiantes, XI, 463.

(4) Wallace. Loc. cit. II, 110.

(5) Rclat. voy. Majesté brilanyiique. Gook. Premier voyage. IV. 272.

passés entre les chefs et la compagnie anglaise des Indes Orientales, chaque famille malaise de Sumatra devait planter mille pieds de poivrier et chaque jeune homme non marié cinq cents. Le salaire accordé était extrêmement minime ; puisque chaque cultivateur ne touchait annuellement qu'une somme de huit piastres (1). Pour la culture du café, les Hollandais ont adopté un système analogue, notamment à Célèbesfâ) et ils ont obtenu les mêmes résultats. C'est tout autrement, que le goût du commerce et de l'industrie, productrice de gains, a été inoculé aux populations mongoloïdes de ri n do-Chine.

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