CHAPITRE II
Le diabète stable et non évolutif
Nous en résumerons d’abord les caractères étiologiques et les symptômes révélateurs.
CARACTÈRES ÉTIOLOGIQUES
Le diabète stable et non évolutif, sans dénutrition azotée, se rencontre à tout âge, mais plus souvent après la trentaine, car il est presque toujours préparé de longue main par un des grands ennemis de l’homme civilisé : la suralimentation.
Les preuves en sont manifestes :
1° À un point de vue clinique, son association presque constante à l’obésité, fréquemment aussi à une autre affection procédant du même terrain : la goutte, la lithiase biliaire ou rénale, la néphrite hypertensive.
— son caractère souvent familial par simple transmission d’une mauvaise hygiène alimentaire. MM. Marcel LABBÉ et LANDAU ont noté l’existence de ce facteur familial dans 20 % des cas de diabète bénin.
2° À un point de vue biologique, on observe déjà chez les obèses l’existence d’une réaction d’hyperglycémie, telle que l’obésité doit être considérée comme un véritable état prédiabétique.
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EN RÉSUMÉ, la suralimentation prolongée entraîne l'obésité, l'obésité entraîne un trouble de la glycorégulation. Que ce trouble vienne à s’exagérer peu à peu, il aboutit à l’hyperglycémie et le diabète est réalisé.
Telle est la filière pathogénique qui se déroule sur un certain nombre d’années.
SYMPTÔMES RÉVÉLATEURS
Le début même de la maladie est insidieux, difficile à saisir. Le diabète constitué est généralement léger à l’origine.
C’est pourquoi il peut rester latent pendant une certaine période.
Les conditions dans lesquelles il se révèle sont très variables :
1° Dans certains cas, sous une influence quelconque, par exemple un excès alimentaire, il subit une petite poussée aggravante, qui fait apparaître le syndrome classique d’'hyperglycémie.
Le malade vient alors consulter en présentant un ensemble de symptômes qui permettent d'établir facilement le diagnostic du diabète.
Ce sont essentiellement :
— la polydipsie, symptôme fonctionnel majeur d’intensité variable mais souvent très accentuée, exprimant la souffrance d’un organisme saturé de sucre, en excès dans le sang et les tissus.
— la polyurie, proportionnelle à la polydipsie. C’est un signe clinique objectif.
À l’hôpital, au lit du malade, le bocal d’urines frappe le premier l'attention. La quantité d’urines émises par 24 heures atteint souvent 2 à 3 litres et peut aller jusqu’à 10 litres et davantage.
— la polyphagie, dont il faut distinguer deux va-
riétés :
une polyphagie légitime, protestation de l'être physique privé d’une certaine quantité d’aliments qu’il est devenu incapable d’utiliser ;
une polyphagie par simple habitude ancienne ou même par véritable phagomanie,
— enfin, l’examen des urines dénote :
— la glycosurie, réaction de défense éliminatoire, en relation avec l’intensité de l’hyperglycémie. Variant de quelques grammes à plusieurs centaines de grammes et fonction de lingestion hydrocarbonée. Fait capital dans le diabète sans dénutrition, la glycosurie est toujours susceptible d’être supprimée par le seul régime, plus ou moins sévère, selon le degré de la maladie.
A ces symptômes fondamentaux peuvent d’ailleurs s’adjoindre des symptômes généraux ou d’ordre secondaire : un état de dépression musculaire, une tendance aux suppurations révélées par l’interrogatoire, la diminution des réflexes rotuliens, etc.
2° D’autres fois, le diabète resté latent, donne naissance à une manifestation isolée ou locale, qui doit être pour le clinicien averti l’occasion de le dépister.
Les troubles capables d'amener le malade à consulter sont d’ordre très différent.
Il peut s’agir :
— de manifestations cutanées, eczéma, psoriasis.
Chez la femme. c’est souvent un prurit vulvaire, d’ailleurs parfois compliqué d’eczéma ou d'infection cutanée, qui conduit au diagnostic du diabète.
— d’un caractère particulier des urines, tachant et laissant un dépôt blanchâtre, fait qui a éveillé linquiétude du sujet ;
— de troubles génitaux : fonctionnels avec impuissance ou infectieux avec balanite ;
— de chute spontanée des dents ;
— de troubles oculaires ;
—— de douleurs névralgiques, en particulier de sciatique ;
—— enfin de phénomènes généraux : asthénie, somnolence post-prandiale.
Il est bien certain que dans certains cas c’est le spécialiste, ophtalmologiste, urologue, etc., qui le premier voit le malade.
Dans tous ces cas, l’examen du sujet ne sera complet que si l’on pratique l’analyse des urines à la recherche d’une glycosurie. Il faut toujours se défier d’un diabéte latent, en particulier chez un obèse.
D'ailleurs l’interrogatoire du malade permet parfois de retrouver chez lui l’existence plus ou moins ancienne d’une soif ou d’un appétit exagérés. d’une diurèse trop abondante, petit syndrome fonctionnel du diabète, auquel il n’avait pas jusque-là pris garde.
3° Il est fréquent aussi que, d’une façon fortuite, un examen systématique des urines découvre la glycosurie, par exemple à l’occasion d’une expertise, d’une intervention chirurgicale.
La glycosurie se présente donc souvent comme le gros symptôme révélateur du diabète bénin.
Ainsi l’on peut penser à 25 siècles de distance que le célèbre philosophe PYTHAGORE, considéré à l’égal d’un dieu par ses contemporains, était vraisemblablement diabétique : on avait été jusqu’à remarquer, paraît-il, la saveur sucrée de ses urines, si prononcée qu’elle attirait les abeilles.
Mais au temps de PYTHAGORE on ne connaissait pas le diabète !
La glycosurie reconnue il reste cependant à en déterminer la nature, puisque glycosurie n’est pas toujours synonyme de diabète,