II. — Surtout de redoutables complications
— les infections cutanées et muqueuses. : la plus petite lésion peut avoir jusqu'aux pires conséquences : anthrax, gangrène, septicémie, s’accompagnant de poussée d’acidose et entraînant la mort.
— la tuberculose pulmonaire, qui réalise avec le diabète une association si funeste, cause fréquente d’arrêt de son évolution.
A échéance plus lointaine, au cours d’un diabète déjà ancien :
— l'artérite diabétique, en particulier l’artérite des membres inférieurs avec risque de gangrène.
— la néphrite chronique hypertensive provoquée par la surnutrition de longue date et qui emporte le malade d’urémie ou d’accident d’hypertension.
— des complications nerveuses : outre les polynévrites, rétinites ou cataractes qui ne modifient pas l’évolution du diabète, les hémiplégies par rupture vasculaire qui peuvent entraîner une mort rapide.
Tel est l'avenir sombre que prépare au diabétique sans dénutrition, atteint d’un diabète stable et sans
tendance évolutive, l’absence de traitement ou un traitement mal institué, laissant persister avec la suralimentation la glycosurie et l’hyperglycémie.
En somme, ce sujet est surtout menacé par des complications et non directement par le diabète. Il ne meurt pas le plus souvent du diabète, il meurt de ces complications.
Nous savons qu’un régime alimentaire bien institué suffit à les éviter, et à assurer, autant que possible, l'avenir du malade.
Nous envisagerons plus loin les complications du diabète en général en un chapitre d’ensemble.
Dès maintenant, l’observation suivante va résumer les dangers auxquels s’expose le diabétique le plus bénin lorsqu'il est mal soigné :
Diabète léger sans dénutrition chez une ancienne obèse et lithiasique biliaire. Traitement négligé. Furoncles et abcès. Artérile des membres inférieurs. Hémiplégie fruste.
Mme Qui.., 58 ans.
Diabète ayant bientôt 12 ans de durée découvert en 1921, à l’âge de 46 ans, à l’occasion d’un abcès de la paroi thoracique.
La malade est mise à un régime mixte réduit, par le Professeur Rathery, à l'hôpital Tenon. L’abcès se résorbe lentement mais complètement et sans suppurer.
Dans la suite, le régime est mal suivi : la glycosurie persiste bien que légère, d'environ 20 gr. par 24 heures. I n’y a jamais d’acétonurie. À plusieurs reprises, la malade fait des furoncles et des abcès, puis un panaris du médius de la main gauche.
Antécédents. — il s’agit d’une ancienne obèse, toujours grosse mangeuse. Il y a 12 ans, à l’âge de 46 ans, elle pesait 84 kilos pour une taille de 1 m. 48. En 1932, elle ne pèse plus que 55 k. 600.
Pendant 13 ans, de 1908 à 1921, elle présente des crises de coliques hépatiques : elle fait 3 à 4 crises par an, sans jamais avoir d’ictère ni de phénomène infectieux. En 1921, le Professeur Gosset lui pratique une cholécystectomie qui met fin aux crises.
Elle perd ses dents de bonne heure, à 40 ou 45 ans,
nn Ole
Depuis 10 ans, elle éprouve de temps à autre de petits étourdissements et des mouches volantes devant les yeux, évoquant l’idée d’hypertension artérielle, qu’on ne retrouve pas actuellement.
(Par ailleurs, on note : deux congestions pulmonaires en 1914 et 1921; une angine diphtérique à l’âge de 14 ans.)
Les antécédents familiaux ne sont pas moins instructifs: les parents de la malade étaient obèses et gros mangeurs : son père est mort à 75 ans d’un ictus apoplectique en quelques heures; sa mère, à 42 ans, d’une hernie étranglée.
Elle est d’une famille de 9 enfants, dont 4 morts et 5 vivants, tous obèses et forts mangeurs ; une de ses sœurs serait diabétique.
La malade a eu 3 enfants : 2 filles jumelles et une autre traitée actuellement dans un préventorium. Elle a un petitfils de 10 ans, de développement physique défectueux.
La malade est hospitalisée dans le service pour la première fois le 15 juin 1931 pour un abcès du dos, au niveau de la base du thorax. La glycosurie, légère, se réduit à une moyenne de 1 gr. 50 par 24 heures, pendant les dix jours qu’elle reste dans le service.
Dès son entrée, on la met simplement à une cure de légumes verts et on incise l’abcès au bout de quelques jours.
Puis on la soumet à un régime mixte comportant 148 H. C. totaux par 24 heures.
La tolérance hydrocarbonée se révèle de :
L’interrogatoire retrouve facilement l’existence de gros appétit, de crises de soif intense, l’obligeant parfois à se lever la nuit pour boire, de polyurie enfin, troubles qui disparaissent par le régime.
La malade accuse en outre des troubles de la marche, à caractère nettement de claudication intermittente, mais d’apparition assez irrégulière.
Entre juin 1931 et avril 1932, la malade vient plusieurs fois à la consultation du service. Le régime semble suivi très approximativement, la glycosurie est légère mais persiste.
En février 1932, les troubles de la marche s’accusent davantage; elle se plaint de sensation de froid aux pieds, surtout au pied gauche, de crampes des mollets, à début brusque avec anesthésie concomitante des orteils.
Le 4 avril 1932, elle est de nouveau hospitalisée dans le service pendant quelques jours, présentant un petit abcès sous-mammaire droit.
Une cure de légumes verts ramène la glycosurie à 0.
En juin, la glycosurie est remontée à 20 gr. par 24 heures; ja malade présente un abcès du gros orteil gauche qui évolue bien et qu’elle fait traiter dans un dispensaire,