L'évolution progressive du diabète avec dénutrition
L’insulinothérapie et le régime bien institués rendent au diabétique avec dénutrition les apparences d’une santé parfaite.
Tous les symptômes de la maladie disparaissent.
L'équilibre du poids, l’absence de glycosurie et d’acidose constituent les éléments pronostiques essentiels de ce diabète évolutif.
L'abandon ou l’irrégularité des injections d'insuline, la négligence alimentaire, font vite réapparaître le syndrome d’hyperglycémie, l’amaigrissement par dénutrition, et la menace directe d’acidose capable d’aboutir au coma : c’est que le diabète est toujours là, qui persiste. Il est seulement masqué par le traitement.
La persévérance dans le traitement apporte au malade une récompense très belle : il peut reprendre sa tâche dans la société et poursuivre son chemin dans la vie.
Cependant, il doit rester soumis à une surveillance médicale suivie.
Après six mois, un an de stabilité, en l’absence même de la moindre défaillance thérapeutique, assez brusquement la glycosurie et l’acidose reparaissent puis augmentent. Le malade se sent fatigué, commence à maigrir, son état général s’altère.
C’est une poussée évolutive du diabète, poussée de caractère spontané.
Pour la maïtriser, l'intervention médicale doit être rapide : il faut essentiellement intensifier l’insulinothérapie.
D’autres fois, l’aggravation n’est pas brusque, mais progressive : peu à peu la glycosurie et l’acidose s’élèvent et le malade sent ses forces défaillir.
Un relâchement de la thérapeutique peut également être à l’origine d’une aggravation :
Tel malade, se sentant fatigué, croit réparer ses forces par une nourriture plus abondante, tel enfant diabétique voit son régime élargi par ses parents qui redoutent chez lui l'insuffisance alimentaire ou finis-
DO
sent par céder à ses protestations contre un traitement qui ne satisfait pas entièrement sa faim.
Le résultat ne manque jamais : le diabète est de nouveau démasqué, souvent s'aggrave, risquant même de subir une poussée évolutive brutale.
Une cure de légumes verts, combattant les mauvais effets de la suralimentation, est alors indiquée.
Quelle que soit la cause de l’aggravation du trouble putritif, la santé du sujet ne peut se rétablir que si l’on augmente et si l’on maintient élevée, dans la mesure nécessaire, la dose quotidienne d'insuline. Celleci doit toujours être tenue en adaptation avec le degré présent du diabète pour en assurer la compensation physiologique.
L'équilibre de nouveau réalisé avec la reprise du poids et des forces, la disparition de la glycosurie et de l’acidose, le malade paraît revenu exactement à son état antérieur : ce n’est qu’une illusion. En y regardant de près, en recherchant le taux de sa capacité d'utilisation hydrocarbonée, on en constate la diminution par rapport au taux précédent.
Malgré les apparences, malgré la restauration de la santé générale, l’insuffisance pancréatique interne a franchi une étape, le diabète s’est aggravé.
Le nouvel équilibre a lui-même une durée limitée et variable : un jour sans cause apparente, la glycosurie et l’acidose rentrent en scène. Il faut encore accroître la dose d'insuline pour les faire cesser. La tolérance hydrocarbonée accuse une nouvelle chute, le diabète vient de subir une nouvelle aggravation.
Ainsi, d’aggravation en aggravation, progressivement ou par coups, la maladie atteint par paliers son degré maximum : le diabète total par abolition complète de la fonction endocrinienne du pancréas, entraînant la suppression de la tolérance spontanée aux
hydrates de carbone.
es
La crainte de voir l'insuline, malgré l’augmentation des doses, ne plus compenser le diabète au delà d’un certain degré, est aujourd’hui dissipée. L'expérience a démontré, en effet, qu’une dose d'insuline quotidienne, variable selon les sujets, mais égale à 60 à 80 unités cliniques en moyenne, reste capable de compenser le diabète le plus évolué, dont la fonction pancréatique peut être considérée comme abolie : l’insuline peut restituer chaque jour au malade les fonctions physiologiques nutritives du sujet normal, et lui apporter, en quelque sorte, la vie et ia santé.
Nous savons d’ailleurs que HÉDON a démontré le fait expérimentalement en maintenant en vie par le régime et l’insuline des chiens totalement dépancréatés.
Le.
Considérons maintenant les observations de diabétiques graves que nous avons étudiées. Elles concernent des malades correctement traités par l’insuline et le régime et suivis régulièrement pendant un cer-
tain nombre d’années par le service de M. le Professeur LABBÉ.
Diabète avec dénutrition. Grossesse.
Mme Georgette Li.., 36 ans 1/2.
Adressée au Docteur Bith, en février 1928, à l’âge de 32 ans, pour diabète avec dénutrition azotée.
C'est en octobre 1927 qu’elle s’est sentie fatiguée, ayant maigri de 5 kilog:., et éprouve une polydipsie importante, depuis deux mois, avec polyphagie.
Un médecin consulté fait pratiquer un examen d’urines la première analyse décèle 250 gr. de glucose par 24 heures.
La malade esi mise à un régime de restriction hydrocarbonée, mais très large et contenant 300 gr. de pommes de terre.
La glycosurie persiste, dans les mois qui suivent: en moyenne de 150 gr. par 24 heures.
D'octobre 1927 à février 1928, la malade maigrit encore de 15 kilogrammes.
À son examen, à la Pitié, le 13 février 1928, elle continue
DD
à accuser polydipsie et polyphagie. En outre, elle présente de la conjonctivite et un prurit vulvaire très intense. Depuis le début de la maladie, les règles ont, tous les mois, 5 à 6 jours de retard. L’examen des urines dénote glycosurie et acétonurie.
Les examens des poumons, du cœur (T. A. 14-9), et du tube digestif, ne révèlent rien d’anormal.
Le poids est de 57 k. 400.
Dans les antécédents personnels, on note une fausse couche à l’âge de 17 ans.
Dans les antécédents familiaux, on ne retrouve pas de diabète.
La malade est mise à un régime mixte de réduction comportant 151 H. C. totaux par 24 heures.
Trois semaines plus tard, glycosurie et acidose ont disparu. Le poids est de 56 k. 500.
La tolérance hydrocarbonée est donc d’au moins 151 H. C. totaux.
Elle va s’accroître les semaines suivantes puisque l’augmentation progressive du régime à 162/170, puis 181 H. C. totaux ne fait pas reparaître la glycosurie.
Parallèlement, le poids passe à 57 k. 600 le 30 avril 1928.
En mai, poussée acidosique avec glycosurie. Poids 57 k. 200.
La malade accuse des troubles digestifs (nausées, crampes d'estomac et vomissements).
On prescrit 20 U. d’endopancrine avant le repas de midi.
Quinze jours plus tard, glycosurie et acidose ont de nouveau disparu. Le poids a augmenté : 58 k. 150.
La tolérance hydrocarbonée réelle est d’au moins 181=—20 X 1,25 = 156.
Fin novembre 1928, la malade revient consulter avec une glycosurie de 63 gr. par 24 heures, sans acétonurie. Elle à continué les 20 U. d’endopancrine, maïs n’a suivi son régime qu’approximativement.
On lui rétablit le régime du début comportant 151 H. C. totaux et on lui maintient la même dose d’insuline.
Un mois plus tard, le 23 décembre, la glycosurie existe encore, sans acidose.
L'état général est bon. Poids 61 kilogr.
La tolérance hydrocarbonée est inférieure à 126.
Le 10 février 1929, la malade accuse un retard de règles de deux mois. À l’examen, le Docteur Bith diagnostique une grossesse de quatre mois. Les deux premiers mois de sa gros-
sesse elle a eu ses règles.
L’état général est bon.
T. A. = 14-9. Pas de troubles digestifs.
Les mois suivants, la grossesse évolue normalement, avec
bon état général.
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La glycosurie est légère (sans acétonurie) de 8 gr. le 8 avril, accusant une tolérance hydrocarbonée de 118 (151 — 20 X 1,25 — 8 — 118).
L’endopancrine est portée à 40 U.
Le 6 mai, légère glycosurie, sans acidose.
La tolérance hydrocarbonée est un peu inférieure à 101 HU DEMI EHOD)E
Puis les réactions urinaires deviennent complètement négatives et, au moment de l’accouchement, l’état général est parfait. Le poids de 63 k. 200. Il n’y a ni fatigue, ni troubles digestifs.
Le 10 juillet 1929, accouchement à la Charité : assez pénible, assez long, et on est obligé de faire une application de forceps. Enfant pesant 3 k. 250; la malade ne le nourrit pas. Trois jours après la naissance, l’enfant meurt.
La journée de l’accouchement et les trois jours suivants, la malade reçoit 60 U. d’endopancrine.
Ses suites de couches sont normales, mais elle fait une crise de dépression morale à la suite de la mort de son enfant.
Cette dépression morale est constituée par une tristesse invincible, des idées de damnation, des idées de suicide.
Elle maigrit, la glycosurie augmente, l’acidose apparaît et, pour remédier à ces accidents, on est obligé de faire 80 U. d'insuline par jour.
Le régime mixte institué comporte 195 H. C. totaux.
La tolérance hydrocarbonée oscille autour de 95.
Cette poussée évolutive du diabète dure quatre mois.
En janvier 1930, la glycosurie est assez abondante, il y a de fortes réactions d’acidose. Le poids est de 58 k. 100.
La tolérance hydrocarbonée est nettement inférieure à 95 H. C. totaux.
Le régime est ramené à 151 H. C. et l’insuline à 60 U.
Deux mois plus tard, en mars, l’état général est assez bon. Le poids a augmenté : 60 k., mais la glycosurie et l’acidose persistent.
La tolérance hydrocarbonée est inférieure à 76. (151 — 60 X 1,25).
En avril 1930, la glycosurie est de 20 gr. par 24 heures avec acétonurie. Poids stationnaire : 59 k. 700.
La tolérance hydrocarbonée est d'environ 56. (151 —— 60 X 1,25 — 20 — 56).
On institue chaque semaine deux jours de légumes verts.
En novembre, glycosurie de 10 gr. par jour, sans acétonurie.
L’endopancrine a été ramenée à 40 U.
L'état général est bon. Poids 62 k.