LIT. — L'OFFICE ANTITUBERCULEUX SIEGFRIED-ROBIN
Pour mieux marquer la généralisation de ses services, la nouvelle organisation ne voulut point recevoir le nom de dispensairé et préféra prendre celui d'Office antituberculeux. C’est là un organisme très complet où se pratique avec méthode la cure, la prophylaxie, l’assistance et l’é6ducation antituberculeuse. ù
Jusqu'ici nous n’avons vu que des organisations imparfaites, n’utilisant qu’une partie des moyens d’action que l’on possède pour lutter contre la tuberculose. L’action commune manque, et elle est difficile à obtenir. C’est pour remédier à cela que Robin conçoit son œuvre dont il trace ainsi la ligne de conduite: « Constituer une fédération de fait où chacun des organes ne donne qu’autant qu'il recoit lui-même par un libre échange de services; condenser en un petit organisme tous les éléments de la lutte antituberculeuse (préservation, éducation, cure, assistance), de façon à pouvoir apprécier la valeur de chacun d’eux et la place exacte qui leur revient dans l’armement. » |
Dès le mois de décembre 1904, cette œuvre était réalisée. Installée dans un local de l’Assistance publique et doté de fonds par le généreux philanthrope J. Siegfried, l’Office antituberculeux commençait à fonctionner à l’hôpital
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Beaujon. Son personnel rappelle comme distribution celui des autres organismes que nous avons étudiés: un directeur médical, un directeur médical adjoint, 10 médecins consultants, 23 médecins traitants, 8 médecins spécialistes, un chef de laboratoire, un pharmacien. De plus, il faut citer les dames assistantes, iñstruites sous la direction de Mme la doctoresse Nicole Girard-Mangin, un enquêteur appointé par le dispensaire, une surveillante et une fille de salle mises à la disposition du dispensaire par l’administration de l’Assistance publique.
Etudions maintenant le fonctionnement de l’Office antituberculeux en signalant particulièrement les points sur lesquels une innovation a été apportée. Dès son arrivée à l'hôpital Beaujon, le malade est pesé, mensuré, puis l’enquêteur prend sa température et le tout est noté sur une fiche. Le malade passe alors entre les mains d’une dame assistante qui, après l’avoir interrogé, consigne les réponses faites aux questions indiquées sur la feuille d’enquête sociale et dont elle vérifiera, ainsi que l’enquêteur, l’exactitude au domicile du malade. En dehors des questions qui constituent l’enquête sociale (composition du ménage, évaluation des ressources de la famille, alimentation, vêtements, conditions de travail, situation des enfants, hygiène générale et éducation, logement), la dame assistante s’assurera du degré d’indigence du malade qu’elle sera chargée d’éduquer, de surveiller, d’assister et de conseilier au point de vue social.
Une fois cette première enquête terminée, le malade se rend dans la salle de consultation où il est interrogé et examiné par un des médecins traitants qui consigne ses observations sur un feuille spéciale (dossier médical). Il est remis au malade des instructions prophylactiques, des conseils pour l’alimentation et une prescription HORDE)
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Le malade revient alors en présence de dames assistantes, qui lui appliquent le traitement prescrit (pointes de feu, etc.) et lui délivrent les médicaments. Ce sont encore les dames assistantes qui visitent les malades à domicile: elles leur procureront l’assistance des œuvres en rapport avec le dispensaire; elles veilleront à la bonne exécution des conseils du médecin, vérifieront la salubrité et la propreté de leur logement, l’exactitude des déelarations concernant l’indigence, conseilleront et éduqueront la femme et le ménage tout entier.
D'autres points plus particuliers sont à remarquer: la présence au dispensaire de médecins spécialistes qui traitent les complications extrapulmonaires, enfin et surtout la façon dont est dirigé le service d’assistance.
C’est, on peut le dire, la partie vraiment originale de cette organisation. La désinfection n’y est pratiquée que sur le consentement des intéressés: trop souvent, la désinfection désignait les tuberculeux à leur voisinage et amenait des expulsions, des pertes de situation, etc. Quant aux autres modes d’assistance, on les réalise par des accords spéciaux avec des œuvres diverses: la Société des visiteurs (offres d’emplois, vêtements, mobiliers, secours en argent) ; la Société 1’ « Abri » (paiement des loyers), l’Office central des œuvres de bienfaisance, la Caisse des orphelins, ete. Par des ententes d’échange mutuel de malades, on peut, à peu de frais, envoyer des tuberculeux dans des sanatoria (Angicourt, Hyères, Hendaye, etc), dans certains hospices, à des colonies de vacances.
Cette facon de procéder, qui caractérise ou à peu près l'Office antituberculeux, présente un avantage plus apparent que réel: c’est l’économie. Et, s’il est bien vrai, par exemple, qu’un malade traité dans un sanatorium ne grève pas le budget de l'Office antituberculeux, il est aussi
exact de dire que son passage au sanatorium se retrouve sur les livres de caisse de cette autre organisation. Si l’argent ne sort pas de la caisse du dispensaire, il sort de celle d’autres institutions ou de personnes charitables et les sommes dépensées n’en sont pas finalement amoïindries. Il y a bien économie au profit de l’Office antituberculeux, mais aux dépens du sanatorium: il n’y a aucun profit pour la lutte antituberculeuse. Le raisonnement fnancier de l’organisation Siegfried-Robin nous paraît mal fondé et nous semble aussi manquer de largeur de vue.
Une telle organisation a pour elle le mérite d’avoir, la première, tenté la coordination des efforts faits de divers côtés pour la lutte antituberculeuse. Elle ne réalise pourtant pas la centralisation parfaite des divers éléments de lutte. Ici, en effet, ces éléments conservent leur autonomie, ce sont autant d’individualités que d’œuvres et les bons rapports qui existent entre elles peuvent, un jour ou l’autre, cesser. D’autre part, la direction d’un tel organisme est délicate et complexe, la surveillance plus ou moins illusoire ou sans effet: l'Office antituberculeux n’ayant aucune autorité sur les œuvres d’assistance et de cure qui l’aident dans sa tâche. =
Que de diplomatie patiente doit demander le poste de directeur médical pour régler cette entente, souvent difficile à obtenir, entre le personnel de l’Assistance publique, les dames visiteuses, les infirmières visiteuses, etc. Au dire même de Mme N. Girard-Mangin: ( c’est un organisme très vivant, très actif, mais qui dépend du dévouement de certains chefs de file dont la disparition peut causer des désastres, exemple: médecin-directeur, organisatrice des unions d’œuvres, ete. »
Un énorme progrès a été réalisé avec l’Office antituber-
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culeux J. Siegfried-A. Robin; quelques imperfections seules restaient. Rapidement, une autre conception du dispensaire se fit jour, réalisant enfin un type complet, le Dispensaire Léon Bourgeois, qui va faire l’objet du chapitre suivant.
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