LE DISPENSAIRE LEON BOURGEOIS
D’étape en étape, la conception du dispensaire s’élargit: instrument de prophylaxie au début, rapidement le dispensaire s’adjoint un rôle thérapeutique et, pour compléter son évolution, il élargit son centre d’action, se met en relations avec les diverses œuvres d’assistance, d’hospitalisation, il devient en un mot « le régulateur d’un or-
ganisme » puissant qui pourra utilement suivre le tuber-
culeux, quelle que soit la forme d’assistance dont il soit rélevable.
Déjà, cette organisation s’ébauchait avee l’Office antituberculeux. J. Siegfried-A. Robin, de l’hôpital Beaujon; là encore, un défaut marquaïit, il n’y avait pas d’unité de direction. Sous l'impulsion du philanthrope Léon Bourgeois, l’Assistance publique réalisa, la première, de façon parfaite, l’organisation complète de lutte antituberculeuse qui est, à notre avis, un modèle à suivre fidèlement et à généraliser si l’on veut obtenir des résultats féconds. Le malade qui s’y présente est sûr d’y être accueilli. Suivant son état, il recevra les médicaments qui lui permet-
tront de se soigner à domicile, ou sera autorisé à venir
passer ses journées au dispensaire même, à moins qu’il ne soit dirigé sur Brévannes, sur le Sanatorium d’Angicourt ou sur le quartier de l’hôpital Laënnec réservé aux tuber-
culeux. Nous allons tâcher d’étudier le programme de ce nouveau dispensaire.
JL Locaz. — Nous ne nous attarderons pas à décrire dans tous leurs détails les locaux du Dispensaire Léon Bourgeois. Construit sur les terrains de l’hôpital Laënnec, en bordure de la rue Vaneau, n° 65, il ne présente rien de bien saillant et l’on retrouve ici, à peu de chose près, la même organisation intérieure que dans les dispensaires précédents: salles d’attente, cabinets de consultations, laboratoires divers, galeries de cure, de repos, réfectoires, etc., sont toujours aménagés selon une obser-
vation aussi parfaite que possible des règles d'hygiène.
IT. Personne. — A la création du Dispensaire Léon Bourgeois, la direction en avait été confiée au professeur Dieulafoy ; à la mort de celui-ci, les trois médecins chargés des salles spéciales aux tuberculeux à l’hôpital Laënnec prirent la charge de conduire cet organisme de lutte satituberculeuse. M. le professeur Landouzy, les docteurs Léon Bernard et Rist, médecins des hôpitaux, répondant aux désirs de l’administration de l’Assistance publique, prirent l’engagement de demeurer spécialisés, pendant quatre ans, dans la tuberculose. De la sorte, l’unité de vue était réalisée et les trop fréquents changements étaient évités. Les trois médecins du dispensaire assurent euxmêmes le service des consultations; dans l’ensemble de leurs occupations, ils sont secondés par un personnel relativement nombreux (douze personnes), et dont la composition diffère assez sensiblement de celle que nous avons
AD ed vue précédemment. Les trois chefs de service sont aidés par six assistants et six externes (deux par chef), un chef et deux chefs adjoints de laboratoire, tous nommés pour quatre ans, comme les chefs de service; de plus, il faut compter trois infirmières (une pour chaque chef) attachées à la consultation et trois infirmières visiteuses. Une première infirmière est chargée des malades de la € cure »; une infirmière reçoit les malades ; une suppléante fait fonction de surveillante. Quatre garçons et deux filles de service complètent le personnel.
IIL. FoxcrTionNemMenT. — Les consultations ont lieu tous les matins, même ‘le dimanche, et trois jours semaine l’après-midi. Par suite des exigences dues au grand nombre d’habitants de la capitale, on s’est trouvé dans l’obligation de limiter aux habitants d’une circonscription territoriale l’assistance propre au dispensaire; les consultations sont, au contraire, accessibles à tout malade indigent ou nécessiteux du département de la Seine et à sa famille. Dès la première consultation, le malade contribue par ses renseignements à l’établissement de son dossier social, le médecin s’occupera d’établir le dossier médical. Aussitôt après cette première prise de contact entre le dispensaire et le malade, ce dernier reçoit, non plus une seule visite comme il est procédé dans la doctrine Calmette, mais deux: l’une, administrative, confiée aux soins de l’enquêteur, a pour principal but de dépister les faux pauvres, elle apportera un complément d’information sur la situation, sur les secours déjà reçus, les soins donnés antérieurement, la valeur hygiénique du logement, sur les désinfections précédemment effectuées; l’autre, « visite de prophylaxie », faite par l’une des infirmières visiteuses citées plus haut. Cette seconde visite a un caractère très
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particulier et il convient de fixer notre attention sur le double but d’aide morale et d'éducation hygiénique de cette démarche, toujours acceptée avec empressement, grâce au tact, à la patience des infirmières, souvent efficace grâce à leur autorité. Leur rôle ne se bornera pas, comme pour l’assistant enquêteur du préventorium, à dicter des mesures générales de prophylaxie et de propreté, des conseils sur le régime à suivre, sur l’aération, etc. L'’infirmière visiteuse doit prêcher, par l’exemple plus que par la parole et pour employer une expression vulgaire qui, ici, rend bien la situation, elle doit « mettre la main à la pâte ». Et il nous plaît ici de comparer le « dévouement un peu larmoyant ou dédaigneux » de la nonprofessionnelle à ce zèle actif, à cette croisade de l’exemple. L’infirmière visiteuse prendra le balai pour montrer comment | s’effectue, elle effectuera elle-même au besoin un balayage sans poussière, elle préparera, sous les yeux mêmes de la ménagère, qui, le plus souvent, à plus de bonne volonté que de savoir-faire, un repas appétissant; elle s’appliquera à faire régner dans cette maison l’ordre et la propreté.
Cette sorte de camaraderie inspirera confiance au malade, à son entourage, qui, dès lors, viendra régulièrement au dispensaire, où, suivant son état, ses ressources, il bénéciera de l’assistance sous la forme qui sera la plus indiquée. ; :
L'une des premières mesures porte sur la désinfection: du linge de corps, des vêtements, des appartements. C’est pour la désinfection des locaux que le dispensaire rencontre le plus de difficultés. Malgré cela, l’action prophyiactique du dispensaire peut se manifester dans la plupart des cas; le plus souvent, en effet, après de nombreux pourparlers, la désinfection est autorisée.
C’est à dessein que nous avons commencé l’étude des moyens d’action du dispensaire par les mesures de désinfection: elles ne présentent aucune particularité et nous les avons déjà vues appliquées, sous une forme à peu près semblable, au préventorium.
Déjà d’autres dispensaires (Jouye-Taniès, etc.) avaient élargi leur sphère d'influence en créant des galeries de repos, et en faisant des distributions de repas. Le Dispensaire Léon-Bourgeois a repris cette idée: la cure du dispensaire rend des services signalés tant comme mode d’assistance que comme adjuvant thérapeutique. Grâce à cette cure du dispensaire, le malade se trouve toute la journée sous la surveillance médicale, judicieusement nourri, éloigné de toute cause de fatigue, et aussi. du mastroquet. Nombreux sont les avantages de cette façon d’agir, et faudrait-il tenir pour rien le fait de pouvoir surveiller médicalement le malade (température, ventouses, ete.) qu'il y aurait lieu de maintenir ces galeries de cure ; là, au moins, le malade sera distrait par ses voisins, sera nourri; et, ainsi, à la maison, on n’aura plus l’angoissante question de la surveillance du malade, et de la préparation de repas chauds et substantiels, qui, étant donné le genre de vie de l’ouvrier, créait une véritable gêne.
A côté de ce mode un peu spécial d’assistance, le Dispensaire Léon-Bourgeois distribue également. des secours en argent (individuels ou de loyers), de même qu’il remet aux malades crachoirs et antiseptiques. Des distributions de médicaments ont lieu, comme dans la plupart des dispensaires à l’heure actuelle.
« Ce n’est 1à que la face externe du Dispensaire Léon- Bourgeois. Il fallait montrer qu'il était aussi développé, aussi complet qu’un autre; il est encore autre chose, il est la tête, le régulateur d’un organisme qui groupe près de
Abe mille lits sous une impulsion unique. C’est par là qu’il est
‘une innovation sans précédent, une conception originale..» (1)
IV. Les ANNEXES NÉCESSAIRES DU DIsPENSAIRE. LES LITS. — Jusqu'ici, le Dispensaire Léon-Bourgeois est pourvu de tous les moyens externes d’assistance et de traitement — dispensaire type thérapeutique —; pour que son action de régulateur de la lutte antituberculeuse puisse jouer: efficacement, il lui manque encore un instrument: les lits, de toute catégorie, complètent l’organisation de façon parfaite.
Ainsi groupés sous une même direction, tous ces moyens
de prophylaxie et de lutte antituberculeuse doivent don-
ner, donnent déjà des résultats certains. Le Dispensaire Léon-Bourgeois s’éloignant du Dispensaire Calmette, qui nous paraît maintenant un véritable squelette, prend de plus en plus le caractère d’un bureau central d'admission. Suivant son état, le malade qui se présente au dispen: saire reçoit simplement une consultation et l’assistance, ou bien il est amené à la galerie de cure, ou encore hospitalisé dans les divers établissements qui gravitent autour du dispensaire: hôpitaux spécialisés, campagne, sanatoriums, ete. Etudions ces divers établissements.
a) Le quartier d'hôpital réservé aux tuberculeux. — Une organisation aussi puissante et aussi complète de lutte antituberculeuse, de prophylaxie antituberculeuse, que le Dispensaire Léon-Bourgeoïis, se devait de posséder un quartier d'hôpital spécialement aménagé pour les tu-
(4) A. Mesureur. Le Problème de l'assistance aux tuberculeux.