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vent, n’est qu’une réelame mal déguisée, et il n’a pas tort toujours ; il pense que les injections hypodermiques qu’on lui fait sont des expériences que l’on tente sur sa personne, et il a raison quelquefois, et que si on projette des liquides dans sa trachée, c’est pour que quelques élèves se fassent la main, afin de traiter ensuite plus habilement des clients riches. Hélas! il sera difficile d’arracher au milieu populaire une telle croyance, mais ce préjugé ne vise pas que les dispensaires, il vise aussi les soins reçus dans les hôpitaux, dans tous les établissements où les soins sont gratuits, et personne pourtant n’a proposé aux médecins des hôpitaux, pour éviter d’essuyer ce reproche, de cesser toute thérapeutique! Il y a là un fait malheureux, à peu près inévitable, qui ne tient pas aux principes fondamentaux du dispensaire de cure, mais qui tient à une sorte de jalousie, parfois compréhensible, du malheureux à légard du riche. Il nous paraît que ce reproche ne doït modifier en rien le programme du Dispensaire Léon-Bourgeois que nous jugeons, malgré les griefs qu’on lui fait, comme la meilleure organisation antituberculeuse existant actuellement en France.
Répondre aux détracteurs des dispensaires qui vont jusqu’à prétendre que ces établissements constituent un danger pour leurs voisins, nous semble inutile. Une telle préoccupation trahit souvent des questions d’intérêt personne], bien secondaires aux intérêts généraux; et il faudrait d’ailleurs l’adresser à tous les établissements où sont hospitalisés des tuberculeux, où sont soignés des contagieux de toute nature. Nous avons vu, au début de ce travail, que cette phobie du tuberculeux tenait à l’absence d'éducation populaire; il serait done facile de détruire ce préjugé dans les milieux populaires; il serait, d’ailleurs, impossible d’en tenir compte, ear alors où recevoir, où soi-
LR TE gner, où abriter les milliers de tuberculeux qui fréquentent nos dispensaires, nos hôpitaux, nos asiles?
C’est un honneur, à notre avis, pour le Dispensaire Léon-Bourgeoïs de n’avoir pu soulever que d’aussi misérables objections. Et l’on comprend, après en avoir étudié le fonctionnement, que cette organisation constitue un parfait instrument de lutte antituberculeuse.
Aussi convient-il d’espérer que, rapidement, sera adopté le projet de loi que MM. Léon Bourgeois, Strauss, Ribot présentaient le 25 juillet 1913 au Sénat. Si elle était promulguée, — et elle le sera bientôt, pensons-nous, — cette loi doterait la France d’un merveilleux outillage pour lutter contre ce terrible fléau qu'est la tuberculose. d
Il y est, en effet, prévu trois types de dispensaires:
1° Dispensaires publics facultatifs, non obligatoires, encouragés par les Pouvoirs publics;
2° Dispensaires mutualistes et dispensaires privés pouvant continuer leur œuvre comme par le passé ou se soumettre à la nouvelle loi en étendant leur action;
3° Dispensaires publics obligatoires, imposés dans toute commune où, pendant trois ans consécutifs, la mortalité dépasse la moyenne en France.
Cette proposition de loi est des plus heureuses, maïs il convient d’agir vite. L'œuvre des dispensaires peut être généralisée indépendamment même d’un acte législatif nouveau. Il appartient à l’administration supérieure de stimuler et de seconder les bonnes volontés agissantes, de les provoquer au besoin, en appelant l’attention des Conseils généraux, des municipalités, des commissions administratives, des bureaux de bienfaisance et des hôpitaux, sur l’obligation morale qui s'impose à ces collectivités de coopérer, dans toute la mesure de leurs moyens, à la création et au fonctionnement des dispensaires. En accordant,
d’autre part, la reconnaissance d’utilité publique à ceux de ces établissements, créés par l'initiative privée, qui justifieraient d’une organisation solide, l'Etat contribuerait encore à fortifier leur action en vue d’une lutte plus efficace contre la tuberculose. |
Au cours de ce travail, nous pensons avoir montré les progrès réalisés par la lutte antituberculeuse; nous avons dit aussi les divergences d’opinion des personnalités compétentes. Il faut se féliciter en quelque sorte de ces polémiques : elles ont stimulé les initiatives diverses et forcé l’attention du monde médical et du public. Ces désaccords n’ont d’ailleurs pas été stériles; ils ont fait comprendre aux diverses écoles en présence les inconvénients du système absolu, et montré que les divers éléments de la lutte antituberculeuse ne sauraient être dissociés sans s’amoindrir et sans manquer le but qui leur est assigné. De ces discussions est né le Dispensaire Léon-Bourgeoïis que l’on peut considérer, à juste titre, comme réalisant le type modèle du genre.
Nous n’ajouterons maintenant qu’un mot pour dire la nécessité qu’il y a de s’unir et de s’entendre tous, de coordonner nos efforts pour annihiler le fléau, pour obtenir une France toujours plus forte. Dans cette lutte, tous nous avons notre rôle; et notre devoir commun est de donner toute notre énergie pour abattre ce terrible ennemi de nonotre pays. (En ce chœur immense qu'est la société humaine. chacun de nous a sa note à donner. Chacun de nous doit s’occuper et chacun de nous peut agir dans sa sphère, si modeste ou si étendue soit elle. Tous les sentiments élevés comme tous les intérêts pratiques poussent à l’action raisonnée, à l’action immédiate et prochaine, indéfiniment féconde dans ses répercussions, » (J. Meynadier.)