INTÉRÊTS DANS L'ASSOCIATION
l'intérêt particulier avec l'intérêt d'autrui (p. 145). Dans l'associai ion, l'un et Faiitre se confondent; celui qui poursuit son intérêt propre, travaille aussi dans l'intérêt d'autrui, et vice versa. La volonté de l'individu, mise en mouvement par la puissance de l'intérêt, est inspirée par l'amour du bien public. Le phénomène est intéressant, non-seulement à raison de son résultat, mais dans son origine même. A qui, dans les phénomènes sociaux, voit autre chose que de purs faits, et qui en veut pénétrer la raison, l'existence de ce sentiment — l'amour du bien public — doit inspirer bien des réflexions. L'amour du bien public, émergeant du système de l'égoïsme. est chose aussi énigmatique qu'une fleur épanouie sur un rocher aride. Où est la sève qui les nourrit?
L'amour du bien public n'est qu'une forme ennoblie de l'égoïsme; c'est l'égoïsme de Thomnie assez clairvoyant pour se rendre compte que son bonheur ne réside pas uniquement dans ce qui le concerne immédiatement, et dans ce qui lui appartient exclusivement, mais aussi dans ce qu'il a avec d'autres. C'est l'égoïsme dirigé vers ce qui nous est commun avec d'autres (intérêts généraux, opposés aux intérêts individuels). L'individu y expose son intérêt particulier pour favoriser l'intérêt général. C'est là, au point de vue moral, un fait digne d'observation. Non pas parce qu'il nous montre l'union intime de l'égoïsme avec l'abnégation, qui en est la négation, mais parce qu'il résoud clairement le problème le plus ardu de la morale, en faisant comprendre comment l'homme, c'est-à-dire l'égoïste, atteint à l'abnégation. L'abnégation ne descend pas du ciel comme quelque chose de surnaturel destiné à refréner l'égoïsme humain; elle est fille de la terre, et l'égoïsme lui a donné sa substance. Je ne pourrai développer cette idée qu'en exposant la théorie de la moralité (chap. IX); ici, elle nous mènerait au delà de l'égoïsme, qui est notre thème actuel.
108. Formes de l'association. — La société, telle que la conçoit le droit romain, est la forme la plus simple de l'association : les associés participent à l'entreprise commune, comme si elle leur appartenait en propre; tout se fait par tous; pas de résolution, qui ne soit prise, pas d'acte qui ne soit accompli, sans la coopération de tous. Sous ce rapport, la société anonyme forme un contraste parfait. Ici, les associés restent étrangers à l'administration; ils l'abandonnent à des tiers qui peuvent être des sociétaires, mais ne le sont pas toujours. On y rencontre donc séparés, deux éléments qui, généralement en droit, se trouvent réunis dans la seule personne de l'ayant droit : l'intérêt et la disposition; ici par contre, l'actionnaire conserve son intérêt, sans en avoir la disposition, tandis que l'administrateur dispose, sans que son intérêt soit en jeu. Cette séparation peut aussi, on le sait, se présenter dans d'autres rapports. La raison est toujours que le détenteur du droit n'est pas, momentanément ou d'une manière permanente, en état de gérer l'affaire, soit à raison de l'absence de qualités personnelles nécessaires (personnes sous tutelle), soit à raison d'éloignement, soit encore à cause du nombre trop considérable d'intéressés. Il s'établit alors un rapport qui, en droit, prend le nom de représentation. Il y a une distinction à faire : ou bien le représentant ne fait qu'exécuter la résolution prise par son mandant, sans aucune initiative de sa part ; ou bien il décide lui-même de la résolution à prendre à la place du représenté (incapable ou empêché), dont il gère les affaires.
Sont dans ce dernier cas : le tuteur, l'administrateur d'un patrimoine (curateur de faillite), lorsqu'il s'agit d'intérêts particuliers, et la direction, lorsqu'il s'agit d'associations (non seulement les sociétés anonymes, mais toutes autres corporations etc.). Deux éléments caractérisent la position juridique du représentant : pouvoir de disposition sur un