UNIVERSALITÉ DE l' ASSOCIATION
joindre tous les rapports de même nature : toutes les communautés, toutes les unions, depuis les plus humbles jusqu'aux plus hautes, l'État lui-même et l'Église. Nous les embrassons tous à l'aide de ce seul mot : Vassociation.
106. Universalité de rassociation. — h' association comporte l'application la plus générale; elle est, en réalité, comme je l'ai dit (n* 104), la deuxième forme fondamentale de l'existence sociale.
Hormis la vie de famille, je ne connais pas de but humain qui ne puisse être, et n'ait été, poursuivi sous forme d'association. Nous rencontrons toujours, à côté de l'individu, un groupement qui vise aux mêmes fins; pour une foule de celles-ci, Tassociation est la seule forme possible, pour d'autres, la seule pratique.
Prenons d'abord le but le plus infime de la vie individuelle : celui qui tend à la satisfaction des besoins corporels; immédiatement, à côté de l'individu, nous voyons surgir l'association sous la forme de sociétés de consommation. Pour les besoins des relations privées, elle crée les sociétés d'agrément (clubs, casinos) et les sociétés privées. Dans le domaine des affaires, elle crée les sociétés de production, les banques, etc. Elle finit par tout englober, et partout où il y a un gain à réaliser, elle est entrée en lice. Viennent ensuite l'enseignement, l'éducation, les arts, la science, la bienfaisance. L'État, aujourd'hui, en gère les intérêts, soit seul, soit comme partie principalement intéressée; à l'origine, l'association s'en occupait exclusivement, et maintenant encore, en bien des matières, elle entre en concurrence avec l'État. Qui dira où s'arrête l'activité des associations? A notre mort môme, c'est encore une association qui s'occupe de nos funérailles, et qui vient au secours de ceux que nous laissons derrière nous.
Nous en arrivons enfin à l'expression la plus haute de l'association : l'Église et l'État, les Communes, et toutes les
corporations ou unions qui en dépendent. Lintimité de la. vie familiale mise à part, et aussi les relations qui puisent leur source dans le cœur de l'homme, tous les buts de l'humanité sont travaillés par l'association. Rien que comme forme, et sans spécification de but déterminé, elle est le vase immense qui se prête à recevoir tout ce qu'il faut pour les besoins de la vie humaine.
Et le contenu grandit sans cesse : l'État, les Communes, sous leur forme existante, poursuivent des buts qui, anté • rieurement, étaient réalisés sous d'autres formes; des associations indépendantes s'élèvent, qui s'attachent à réaliser des buts anciens et des buts nouveaux, Où s'arrêtera le progrès dans cette voie ? C'est ce que l'imagination ne saurait se représenter. Mais sans être prophète, on peut prévoir que là surtout gît le renouvellement progressif de la physionomie de notre vie, ainsi que le développement ultérieur du droit. Les Romains ont apporté â tout un côté du droit, celui du commerce des échanges, une telle perfection, qu'il n'est resté aux modernes que peu de choses à faire pour le compléter sous certains rapports (change, assurances, droit maritime, etc). Dans d'autres parties, au contraire, leur activité pourra se donner carrière. L'histoire du commerce des actions dans les derniers dix ans atteste combien il leur reste à accomplir. Sous les yeux du législateur moderne, les sociétés anonymes se sont transformées en agences de vols et de tromperies ; leur histoire secrète récèle plus de bassesse, d'infamie, de coquinerie, qu'on n'en trouverait dans un bagne; seulement, ici, les voleurs, les trompeurs, les coquins, sont aux fers : là, ils roulent sur l'or.
107. iQtérêts particuliers et intérêts communs dans l'association. — Reprenons une idée que je n'ai fait qu'effleurer. Je veux démontrer ce que présente de caractéristique pour l'association, au contraire de ce qui se passe dans les autres rapports contractuels, la combinaison de