SOCIAL
n. Moteurs égoïstes. — La contrainte.
113. Contraintes diverses. — La contrainte sert de second moteur à l'ordre social. Le commerce juridique repose sur l'organisation sociale du salaire; l'État et le droit reposent sur celle de la contrainte. Avec celle-ci, le commerce juridique atteint à l'apogée de son développement. Le salaire doit s'appuyer sur le droit,
La contrainte, entendue dans un sens général, consiste dans la réalisation d'un but au moyen de l'assujetissement d'une volonté étrangère. La contrainte suppose activement et passivement un être vivant doué de volonté. L'assujetissement de la volonté d'autrui peut être obtenu de deux manières (n<" 9, 21). Mécaniquement, d'abord (contrainte mécanique, physique, vis absoluta), si la résistance apportée par la volonté d'autrui au but poursuivi, est brisée par une pression matérielle plus puissante. C'est là un fait purement extérieur, comme le serait celui de l'homme écartant l'obstacle inanimé qui lui barre la route. En langage ordinaire, dans l'un comme dans l'autre cas, l'événement se traduit par l'expression de force. Mais la force frappant l'être vivant s'appelle diU^si contrainte, car, bien que dirigée seulement contre le corps, elle atteint aussi la volonté, puisqu'elle gène son libre essor.
La contrainte psychologique est l'antithèse de la contrainte mécanique. Dans celle-ci, l'acte est accompli par celui qui l'exerce : dans la contrainte psychologique, il est exécuté par celui qui est contraint. Là, il faut que, négativement, se brise la résistance de la volonté ; ici, il faut que, positivement, la volonté agisse. Le résultat est le même, mais la distinction a son importance au point de vue psychologique et juridique. Témoins, le viol avec violence et l'extorsion.
D'aptes la nature négative ou positive du but à atteindre, la contrainte est propulsive ou compulsive. Celle-là combat la résistance à un certain acte, celle-ci veut l'exécution de cet acte. La légitime défense est propulsive, la justice privée est de nature compulsive.
Telle est l'idée première que nous avons voulu présenter dfe la contrainte. Nous allons étudier son organisation en vue des buts de la' société. Cette organisation repose sur la réalisation des deux notions de l'État et du droit; d'un côté, organisation du'pouvoir qui exerce la contrainte, dun autre, fixation des principes qui règlent son exercice.
Cette organisation de la contrainte n'épuise pas la matière. A' côté de la contrainte politique, il en est une autre, non organisée, qui, de même qu'elle a partout' précédé celle-là, s'est aussi partout manifestée à côté d'elle ; je l'appelle la contrainte sociale. La contrainte politique a pour objet la réalisation du droit, la contrainte sociale celle de la moralité. Nous traiterons plus tard la théorie de la moralité (chap. IX).
Je vais m'attacher à analyser les deux notions : État et Droit, jusque dans leurs premiers principes. Gomme je l'ai fait pour le salaire dans le système du commerce juridique, j'en exposerai la genèse telle qu'elle résulte invinciblement de la force impulsive pratique de la notion de finalité. Je compte sur un double résultat : constater la continuité du déploiement de l'idée de finalité dans la société humaine.