CONTRAINTES DIVERSES
d'abord, et montrer ensuite comment cette idée jette une vive lumière sur l'État et le droit organisés.
En reconnaissant, et en accentuant énergiquement la dépendance du droit vis-à-vis de l'État, la philosopliie du droit moderne a incontestablement fait un progrès sur l'ancien droit naturel. Mais elle dépasse le but, lorsque, comme Hegel, par exemple, elle dénie tout intérêt scientifique à la situation antérieure à l'avènement de l'État. L'existence indépendante de l'être vivant ne date que de sa naissance; mais la science remonte jusqu'aux premiers germes de la vie utérine, el l'histoire de la croissance de l'embryon est devenue, pour elle, une source féconde de connaissances.
C'est pourquoi il faut permettre à la science, même dans le droit, d'étudier l'état embryonnaire des choses. Ceux qui se sont occupés de l'histoire naturelle du droit ne se sont pas arrêtés au fait extérieur du droit et de l'État. C'est leur titre de gloire de s'être demandé d'où procèdent et le droit et l'État. Mais ils ont faussement résolu le problème en faisant du contrat l'origine de l'État dans l'histoire. C'est là une pure hypothèse prise hors de la réalité historique. Ils ont suivi l'histoire du développement du droit sans scruter attentivement ce développement même. La philosophie moderne du droit, avec raison, est venu contredire à cette solution du problème. Mais celui-ci reste entier, et sa solution s'impose. Si l'historien du droit comparé et le philosophe unissent leurs efforts, l'histoire du développement du droit deviendra un jour, pour le juriste, aussi intéressante que l'étude du développement du fœtus pour l'anatomie comparée.
Les origines premières, que nous allons scruter, s'étendent plus loin pour la contrainte que pour le salaire. Celuici ne naît qu'avec l'homme, l'autre existe déjà pour l'animal. Chez celui-ci, elle apparaît dans sa forme la plus
rudimentaire ; dans l'État, elle revêt la forme la plus élevée. Nous allons essayer de rattacher l'une à l'autre.