L'animal
114. La contrainte dans la nature animée. — La force. Nous appliquons la notion de force aussi bien aux corps inanimés qu'aux êtres animés. Nous parlons de la puissance des éléments, de la force centrifuge, de la domination qu'un animal exerce sur un autre. Extérieurement égaux, ces faits, dans leur essence interne, diffèrent totalement les uns des autres. Lorsque l'orage déracine le chêne, lorsque la mer rompt ses digues, ce sont des faits qui tombent sous l'application de la loi de causalité. Lorsqu'un animal en terrasse un autre, le tue, le dévore, il agit en vue d'un but : c'est donc la loi de finalité qui dirige l'acte. Mais lorsque l'animal use de sa force, son but est le même que celui de l'homme qui use de sa puissance : la conservation, l'aflirmation de la vie propre. C'est toujours ce même but que poursuit la force, chez l'animal, chez l'homme, dans l'État. Son résultat gît dans sa supériorité. Dans la nature entière, toujours, le plus fort vit aux dépens du plus faible. Mais le recours à la force n'aura lieu que si leurs conditions vitales entrent en conflit, et si le plus faible ne préfère pas subordonner les siennes à celles du plus fort. Ceci nous amène à la contrainte.
La contrainte psychologique. Comparée à la force, elle constitue un progrès immense. Le corps inanimé plus faible ne peut échapper au choc d'un corps plus fort, mais l'animal le plus désarmé, peut échapper par la fuite à son ennemi le plus redoutable ; il sauvera son existence en cédant le terrain. L'animal, l'homme, le peuple, qui cèdent à plus puissant qu'eux-mêmes, subordonnent, par ce fait, leurs conditions de vie à celles de l'ennemi. C'est un modus vivendi