HISTOIRE DE l'OBLIGATION ROMAINE
comme, dès le début, l'atteste le langage. L'étymologie, qui est la conservatrice des idées populaires primitives, nous dépeint ainsi l'obligation romaine.
Le débiteur (debitor) est celui qui a quelque chose appartenant à autrui (de — habere = debere, debitor). Le créancier (creditor) est celui qui a donné quelque chose (duere = dare, creduere, creditor). La dette, c'est l'argent donné au débiteur (aes alienum). Ces trois notions : débiteur, créancier, dette, d'après leur constitution linguistique, évoquent donc toutes les trois l'idée d'avoir quelque chose venant d'autrui.
A partir de cette conception réaliste, l'obligation romaine se développe, en se dégageant de plus en plus de l'élément substantiel de la res, jusqu'à le rejeter complètement et mettre au jour enfin le simple contrat comme tel.
Pour l'intelligence du tableau que je vais tracer des contrats romains, en les rangeant dans leur ordre de succession théorique et historique, je fais la remarque suivante sur les désignations que j'ai adoptées.
J'appelle contrat réel bilatéral, celui qui s'accomplit par prestation réciproque et immédiate; contrat réel imilatéral, celui où l'une des parties prend les devants pour effectuer sa prestation, et où la contre-prestation n'a pas lieu immédiatement, mais reste à l'état de promesse. J'appelle contrat promissoire bilatéral, celui dans lequel aucune des parties n'accomplit immédiatement sa prestation, où elles s'en tiennent de part et d'autre à une simple promesse, et contrat pî'omissoire unilatéral, celui dans lequel une partie seulement promet sans que l'autre promette ou effectue une contreprestation. J'ajoute encore que le contrat réel unilatéral se présente en droit romain sous une double forme : avec prestation antérieure, effective, ou fictive (supposée juridiquement). Nous avons ainsi le tableau des actes obligatoires, qui représente à mes yeux l'échelle historique du développement de l'obligation romaine.