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SOCIÉTÉS ET ASSOCIATIONS

autres plus petites, chaque part qui disparaît les rend plus grandes, h'uti, au contraire, est exercé en entier par chacun des intéressés. Si les choses s'y prêtent, les chemins publics, par exemple, des milliers d'individus peuvent y participer, sans que Vuti d'un seul en soit restreint. Frui exprime le rapport de société, uti celui de l'association. Lorsque onze sociétaires doivent se partager les fruits ou les revenus d'une chose, là où ils n'étaient auparavant que dix, chacun des dix voit sa part diminuée. Au contraire, de nouvelles affiliations ne diminuent en rien les avantages que l'association offre à ses membres; loin de là, il en résulte régulièrement plutôt une augmentation, une grande association pouvant procurer plus de satisfactions à ses membres. C'est pourquoi l'association accueille volontiers de nouveaux adeptes; elle les recherche même, et doit les rechercher, que son but soit limité aux intérêts des divers membres (association d'intérêt particulier) ou qu'il ait en vue la poursuite d'intérêts généraux (association d'intérêt général). En effet, tout recrutement nouveau augmente la richesse et renforce l'élément moral de l'association, ses membres sentent accroître leur foi dans son utilité, sa vitalité, son avenir. Leur esprit de corps se développe en flattant leur vanité, et aiguillonne leur zèle et leur intérêt. Aussi toutes les associations prévoient-elles, dans leurs statuts, l'entrée de membres nouveaux. S'y refuser, serait se condamner à périr. Dans toute association, l'accès reste large ouvert ; on y bat le rappel de nouveaux adhérents : c'est le moyen de gagner en puissance, en considération, en influence. L,'exclusion est de l'essence de la société, Vexpansion est la caractéristique de l'association, depuis la plus importante jusqu'à la plus insignifiante (88) ; elle est commune à l'État et à

(88) Et précisément chpz celles qui, dépourvues de buts sérieux, vivent de nullités : de noms, drapeaux, couleurs, présidences, cortèges, réunions vanité, jalousie, cette tendance produit souvent les résultats les plus

l'Église, aux associations politiques, religieuses, scientifiques, mondaines. — L'État conquiert, l'Église fait du prosélytisme, les associations font de la propagande — les noms diffèrent, les choses restent.

139. Formations mixtes. — Mais il est des associations, et autrefois elles étaient nombreuses, qui, conçues originairement comme associations, et destinées comme telles à s'étendre, se sont transformées en une sorte d'organisme amphibie, tenant le milieu entre l'association et la société. Telles sont les sociétés qui, pour l'exprimer brièvement et juridiquement, donnent à leurs membres, à côté de Yuti, un frui; par exemple, dans les rapports communaux, certaines parts dans les terres, bois, etc. de la commune. Aussi longtemps que les biens qui font l'objet de cette jouissance sont assez considérables pour que les parts des communistes existants ne soient pas diminuées par la participation de nouveaux arrivants, les premiers n'ont pas de raison de se plaindre. Mais quand les choses viennent à changer, le danger surgit. L'égoïsme alors trouve le biais pour sauver la situation : les anciens membres conservent exclusivement le frui pour eux, et n'accordent aux derniers venus que la participation à la jouissance de Yuti. De là, dans la même association, deux classes de membres, avec des droits différents, les uns jouissant du droit plein, les autres ne possédant qu'un droit restreint. Le rapport ainsi organisé est humiliant et irritant pour ces derniers. Aussi a-t-il, à toute époque, soulevé les luttes les plus âpres, depuis le temps où le Patricien romain avait exclu le Plébéien de Vager

amusants. Il y a dans l'homme un côté de folie, une mania sine delirio qui s'accorde parfaitement avec la santé intellectuelle pour tout le reste : la folie sociétaire ; elle donne des jouets aux grands enfants. En Angleterre, où la tendance à l'association s'est déployée le plus abondamment et le plus sainement, elle semble avoir en même temps produit en grande masse ces réjouissantes excroissances, comme l'atteste le charmant persiflage de Dickens, dans son Pickwick.

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