l'état
publicus, jusqu'à nos jours. Il contient du reste une contradiction intrinsèque, et constitue un ambigu de société et d'association. Or, l'opposition entre les deux est irréductible, et les deux institutions doivent se combattre sans trêve, jusqu'à ce qu'enfin l'association l'emporte.
140. L'État. — Avec l'association, nous atteignons au niveau de l'État. Dans sa forme, l'État reste placé sur la même ligne que toutes les autres associations, quelles que soient au surplus, et abstraction faite de l'Église, la supériorité de sa destination sociale et la richesse croissante de son développement. Lorsque, ajoutant aux éléments que déjà la société partage avec l'État, l'association y comprend encore celui de la publicité, c'est-à-dire d'être accessible à tous, la dernière différence entre elle et l'État s'efface : l'institution est parfaite, et capable de poursuivre tous les buts de la vie sociale. L'association traduit d'une façon absolue la forme de l'organisation sociale. De tous les buts de la vie sociale, il n'en est pas un auquel elle ne puisse s'appliquer, et l'histoire ne nous en découvre pas un qui n'ait été réalisé grâce à elle, à la suite des efforts de l'individu. Si les buts particuliers de l'individu ne peuvent être réalisés qu'au moyen du droit privé, les intérêts sociaux ne sauraient l'être que par l'association. Les rapports juridiques qui concernent l'individu, sont nécessairement exclusifs, concentrés en lui-même, et fermés à tous autres; ceux de la communauté sociale sont ouverts de toutes parts, et accessibles à tous les individus capables de coopérer à la réalisation des buts sociaux.
L'association appartient au droit public, ou, pour parler plus exactement, celui-ci s'y adapte entièrement, comme le droit privé s'adapte à l'individu. C'est chose arbitraire, à mon sens, de restreindre la notion du droit public à l'État et à l'Église. L'un et l'autre, il est vrai, embrassent à tel point toutes les contingences de la vie, que toute autre association
206 GHAP. VIII. — MÉGANIQUE SOGIALE.
semble un infiniment petit dans l'organisation sociale. Mais il n'en reste pas moins vrai que l'État et l'Église ne sont, au fond, que des associations d'intérêt général. La différence des unes et des autres ne réside pas dans leur construction, leur mécanisme juridique, ou leur forme, mais dans leur fonction, leur but, ou leur contenu. Que l'État — et j'entends ici aussi la Commune — ait, en se développant, absorbé peu à peu presque tout ce qui constitue la vie sociale, il reste vrai, non-seulement qu'cà l'aurore de l'histoire, sa mission était relativement modeste, et se limitait au fond au maintien de la sûreté intérieure et de la paix extérieure, mais en outre, que de nouveaux buts, étrangers à l'État, surgissent chaque jour, et se poursuivent par l'association, jusqu'à ce que, devenus mûrs pour la vie sociale, ils viennent s'amalgamer et se fondre dans le grand réservoir de l'État. Affaire privée autrefois, d'association ensuite, l'enseignement, aujourd'hui, est devenu institution d'État. Telle fut aussi, et telle est devenue, la bienfaisance publique. Individu, Association, État, telle est la gradation historique par où s'élèvent les institutions sociales. L'individu démêle d'abord le but social, l'association le reprend, l'État s'en empare quand il a acquis toute sa maturité. S'il est permis de conclure du passé à l'avenir, il viendra un moment où l'État aura absorbé tous les buts sociaux. L'association est l'avantcoureur de l'État; toutes les associations d'intérêt général se fondent finalement dans l'État; ce n'est qu'une question de temps.