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INCERTITUDE DE LA. RÉALISATION EFFECTIVE

l'acquisition de cette force est une question de fait. Ni l'individu ni le temps ne sauraient par eux seuls y parvenir; il y faut l'énergie de toute la nation, poursuivie à travers toute son histoire. La chose ne saurait donc se réaliser sous un système de despotisme, pas plus que le chêne ne saurait croître sur la roche nue : le sol fait défaut. Des individus isolés, par leur contact avec l'étranger, leur connaissance de sa littérature, peuvent se rendre compte de ce fait, mais cela ne leur sert de rien, si ce n'est à les dégoûter de leur milieu s'ils s'en tiennent à un savoir théorique, et à en faire des martyrs s'ils veulent traduire leur science en fait. Gagner les masses à ces idées est une tentative aussi illusoire que de planter un gland de chêne sur une roche nue, ou de vouloir acclimater le palmier sous un ciel du nord; il y vivra sous la serre, en plein air il périra. La masse, sous le régime despotique, ne connaît que la dépendance, la soumission, la sujétion; l'obéissance passive satisfait à sa philosophie politique : elle n'a point de force de résistance contre ce qu'elle croit l'inévitable; elle s'endort dans l'apathie. Cette disposition, formulée en dogme, devient le fatalisme : tout ce qui arrive doit nécessairement arriver, non en vertu d'une loi toujours logique avec elle-même, et qui s'imposant à qui la connaît et l'observe, lui laisse son indépendance et sa sécurité, mais par la fatalité du hasard, contre lequel rien ne protège, et qui ne laisse place devant lui qu'à la soumission sans protestation. Sur le terrain du droit, cette situation que domine, non la loi, mais le hasard, s'appelle l'arbitraire, et le mot proclame la condamnation morale de la chose. N'oublions pas cependant qu'il ne saurait être question d'appliquer ce jugement à la phase dont nous nous occupons ici (p. 172). L'aveugle-né ne peut concevoir l'ombre, celui qui ignore le droit ne peut connaître larbitraire. — L'intelligence de l'arbitraire implique celle du droit.

Troisième phase.

Force bilatéralement obligatoire de la norme.

Sommaire : 161. Empire du droit. - 162. Définition de l'arbitraire. — 163. Définition de la justice. - 164. Rapport entre la justice et l'égalité. - 165. Intérêt pratique de l'égalité : Idée de l'équilibre en droit.

161. Empire du droit. — Nous avons adopté (n" 145) la délinilion courante du droit, qui le désigne comme l'ensemble des normes obligatoires en vigueur dans un État. Mais les développements précédents nous ont appris combien les deux éléments de la contrainte publique et de la norme sont insuffisants pour créer ce que nous appelons l'état juridique. Ce qui fait encore défaut, c'est l'élément que nous avons signalé sous le nom de norme bilatéralement obligatoire, en vertu de laquelle l'État s'incline lui-même devant les règles édictées par lui, et leur accorde en fait, tant qu'elles existent, l'empire qu'il leur a attribué en principe. Ainsi, le hasard disparaît dans l'application des normes, et l'arbitraire fait place à l'uniformité, à la sûreté, à la visibilité de la loi. C'est ce que nous appelons ïordre juridique, et ce que nous avons sous les yeux en parlant de la souveraineté du droit et de la loi. Voilà ce que doit nous donner le droit, s'il veut répondre à ce que nous attendons de lui. C'est la tâche de VÉtat selon le droit.

Le droit donc, dans cette acceptation large, implique la force bilatéralement obligatoire de la loi, la soumission de l'État lui-même aux lois portées par lui.

162. Définition de l'arbitraire. — Le langage a traduit cette idée d'une façon plus expressive encore dans les notions : arbitraire et justice. Déterminer le sens qu'il y | attache, ce sera exposer le sentiment populaire dont elles émanent.

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