‹ L'évolution du droitChapitre 16 sur 233 · CHÀP. II. FINALITÉ CHEZ L' ANIMAL · texte numérisé non relu

CHÀP. II. FINALITÉ CHEZ L' ANIMAL

même. Les deux buts coïncident : le but général de la nature et le but individuel de l'animal (chap. 3).

Au point de vue de l'animal, le boire n'a donc pas pour but sa conservation personnelle, et il est faux de considérer ce motif de conservation comme le mobile de l'animal. Au même titre pourrait-on affirmer le mobile de la conservation de l'espèce. L'animal ne se connaît pas, il se sent seulement; il ne peut concevoir l'idée de préserver son moi dont il ne peut apprécier le prix. Le stimulant mis en œuvre par la nature pour assurer pratiquement cette préservation de soi est tout autre. Il consiste dans la sensation du plaisir et de la douleur. Invité par la nature à accomplir tel acte, l'animal éprouve un malaise qui n'est autre chose que Tordre d'obéir à la loi naturelle. Le bien-être qu'il éprouve est la récompense de son obéissance. Ce bien-être est l'approbation donnée par la nature à l'être vivant qui s'est conformé à sa loi; le malaise, la douleur, la peine, sont les châtiments de sa résistance.

La conservation personnelle n'est donc pas le but que poursuit l'animal qui boit; son but est de mettre un au malaise qu'il éprouve. L'impulsion qui l'y pousse est au dedans de lui-même, elle ne lui vient pas du dehors. Nous rencontrons ainsi le second élément du fait de boire : la raison du but, immanente au sujet lui-même, la nécessité interne de se le proposer.

L'animal va vers l'eau; il sait d'expérience que l'eau est propre à étancher sa soif. L'attrait qui l'amène à l'eau établit entre celle-ci et lui un rapport pratique qui constitue le troisième élément du processus de la volonté : la t^elation de finalité. Cette relation, chez l'animal, se manifeste sous la forme du sentiment de sa propre dépendance vis-à-vis de l'eau. Nous retrouverons ce même élément chez l'homme (chap. 12). Il s'appellera alors l'intérêt : l'homme se rend compte que telle ou telle chose constitue une condition de son existence.

Page 1