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CARACTÈRE DES CONDITIONS DE VIE DE LA SOCIÉTÉ

mort à la servitude. Celui qui se tue par mépris de la vie, peut cependant réunir en lui toutes les conditions extérieurement nécessaires à l'existence. En un mot, les biens et les jouissances dont Thomme sent le besoin pour vivre, n'ont pas seulement un caractère matériel, ils ont aussi une valeur immatérielle, idéale; ils embrassent tout ce qui fait l'objet des luttes de Thumanité : l'honneur, l'amour, l'éducation, la religion, les arts, la science. La question des conditions de la vie, de celle de l'individu comme de celle de la Société, est une question d'éducation nationale et individuelle.

Prenant cette notion des conditions de vie pour base de ma définition du droit, je vais prouver qu'elle est juste, d'abord, qu'elle est aussi, pour la science, féconde en résultats. Il sera prouvé qu'elle est juste, si toutes les règles quelconques du droit tombent sous son application. Il sera démontré qu'elle est scientifiquement féconde, si elle élargit notre conception du droit. Un aperçu qui n'est que juste, ressemble à un étui dans lequel on glisse, et d'où l'on retire, un objet : l'objet reste le même, et sa connaissance intime n'a pas avancé d'un pas. L'aperçu n'acquiert une valeur scientifique qu'à la condition d'être fécond, c'est-à-dire de développer la connaissance de l'objet qu'il embrasse, d'en dévoiler les côtés restés obscurs. Voyons si notre notion subira la double épreuve.

182. Caractère relatif des conditions de vie de la Société. — Qu'elle soit juste, cela peut prêter à discussion, et je veux prévenir les objections. Si le droit a pour objet les conditions de vie de la Société, comment peut-il se contredire au point de défendre, ici, ce que là, il autorise ou ordonne? Il semble donner lui-même la preuve que le fait susceptible d'une appréciation si différente n'appartenait pas aux conditions de vie de la Société, que celle-ci, .au contraire, peut le traiter comme il lui semble bon.

L'objection perd une chose de vue : c'est que l'opportunité est toujours chose relative. Le médecin ne se contredit pas, lorsque, d'après l'état différent du patient, il ordonne aujourd'hui ce qu'il défendait hier. Le législateur non plus ne se contredit pas : les conditions de vie varient pour la Société, comme elles diffèrent pour l'individu; le superflu de l'un devient le nécessaire de l'autre, ce qui profite à l'un nuit à l'autre.

183. Exemple : L'enseignement public. — Deux exemples vont montrer l'attitude différente de la législation dans une seule et même question.

Le premier concerne l'enseignement. L'Etat, chez nous, aujourd'hui, a rendu obligatoire l'enseignement élémentaire ; il l'abandonnait autrefois à l'initiative privée, se bornant à ériger des établissements pouvant procurer à chacun les connaissances élémentaires. Il n'en faisait pas même autant dans des temps antérieurs. Dans quelques états à esclaves de l'Amérique du Nord, jusqu'à l'époque de la guerre civile, c'était crime capital que d'apprendre à lire et à écrire aux nègres. Nous nous trouvons là devant une quadruple attitude du pouvoir public, dans une seule et même question : Contrainte assurant la réalisation du but. — Réalisation du même but par les moyens fournis par l'État, mais absence de contrainte. — Indifférence complète de l'État. — Interdiction sous peine de mort de la poursuite du but pour certaines classes de la Société. Appliquons notre notion des conditions de vie à ces quatre situations. Pour les États à esclaves, la situation se résume en ces termes : un État pareil ne peut tolérer l'éducation des esclaves; l'esclave qui sait lire et écrire cesse d'être une bête de somme; c'est un homme, il fait valoir ses droits d'homme, et menace ainsi l'organisation sociale fondée sur l'esclavage. Là où l'obscurité est une condition de vie, c'est un crime capital d'introduire la lumière. Dans l'antiquité, on ne redoutait pas ce danger,

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