CONDITIONS MIXTES : CONSERVATION DE LA. VIE
quand il s'agit d'une des quatre conditions absolument fondamentales intéressant l'existence de la Société : la conservation et la propagation de la vie, le travail, et les relations sociales. L'homme, alors, est stimulé par trois mobiles puissants : l'instinct de la conservation, l'instinct sexuel, l'amour du gain. La Société peut, sous ce rapport, se lier à la consolante affirmation de Schiller (Poésies. Trad. Millier. Paris, 1858, Les Philosophes, p. 338j.
« En attendant que la philosophie soutienne l'édifice du monde, elle « en conserve les rouages par la faim et par l'amour. »
L'instinct de conservation, l'instinct sexuel, l'amour du gain, sont les trois grands alliés de l'ordre social; les services qu'ils rendent dispensent de toute contrainte.
Exceptionnellement, cependant, ces trois moteurs cessent de fonctionner. Tel est le cas pour celui qui se suicide; tel encore celui du célibataire; le mendiant et le vagabond fournissent le troisième. Les suicidés, les célibataires, les mendiants, contreviennent aux lois fondamentales de la Société humaine, au même titre que les meurtriers, les brigands, les voleurs. Pour s'en convaincre, il suffit de les soumettre à la règle de généralisation appliquée par Kant à l'action individuelle : si tous agissaient comme eux, le monde finirait.
La chose ne saurait faire doute en ce qui concerne la préservation individuelle de la vie, basée sur l'instinct de la conservation. S'il était possible d'admettre la sombre conception d'un philosophe moderne (H^) : « qu'au point de « vue du moi ou de l'individu, la négation de la volonté, « l'adieu au monde, la répudiation de la vie, est la seule « conduite raisonnable », si a l'aspiration vers la suppres- « sion absolue de la douleur, vers le rien, le Nirwana », pouvait descendre de la région glacée où habite un penseur
(113) E. VON Hartmann. Philosophie de l'inconscient, trad. D. Nolen, Paris, 1877.
désespérant de la solution du problème du monde, dans les plaines verdoyantes où la vie foisonne, où la foule même, malgré sa lutte incessante pour l'existence, rit à la vie, si l'on pouvait prévoir un temps « où non plus un être isolé, « mais l'humanité toute entière invoquerait le néant, aspire- « rait à l'anéantissement », la société courrait le plus formidable danger qui l'ait jamais menacée. Heureusement, l'instinct de la conservation lui garantit pour longtemps encore la préservation de la vie, et le suicide n'offre pour son maintien qu'un danger insignifiant.
188. Propagation de la vie. — Mais le péril grandit quand il s'agit de la propagation de la vie, favorisée par l'instinct sexuel. Celui-ci, à qui la nature en a confié le soin, ne suffit pas à l'assurer, lui seul. L'homme peut tromper la nature, il peut restreindre les naissances, la mère peut détruire le germe de la vie, supprimer l'enfant nouveau-né, les parents peuvent l'exposer, le mutiler. L'État se trouve en face d'un danger qu'il doit conjurer, et dont il s'est rendu compte ; témoins : les peines contre l'avortement, l'infanticide, l'exposition des enfants, et leur mutilation, qu'on retrouve dans le droit pénal de tous les peuples civilisés. Ce n'est pas lintérêt seul de l'enfant, et le souci de préserver son existence, qui ont fait édicter ces pénalités : c'est là un point de vue religieux, que je ne conteste pas, mais qu'il n'est nullement nécessaire d'invoquer, pour justifier les dispositions dont je parle. Elles se justifient largement par la seule considération, purement profane, des conditions de vie de la Société : si la reproduction est menacée, la Société est en péril.
Le droit moderne n'offre que des dispositions négatives contre les actes menaçant la reproduction : la législation a cependant cherché parfois à la favoriser par des réglementations positives. Tel était le but de la Lex Julia et Papia jPoppœa d'Auguste. Elle fut amenée par la décroissance