L'ÉGOÏSME AU SERVICE DES BUTS D'AUTRUI
Sommaire : 15. Coïncidence des buts. — 16. L'égoïsme au service de la nature. — 17. L'égoïsme au service du commerce juridique — 18. Buts non organisés. — La science. — 19. Les partis politiques. — 20. Buts organisés. — 21. L'État et le droit.
15. Coïncidence des buts. — Gomment, avec l'égoïsme, le monde peut-il encore exister? Car l'égoïsme ne veut rien que pour lui-même? C'est que le monde le prend à son service et lui paie le salaire qu'il réclame. Il l'intéresse à ses fins, et désormais il est assuré de son concours.
Tel est dans sa simplicité le moyen par lequel la nature, aussi bien que l'humanité et l'homme isolé, asservissent l'égoïsme aux buts qu'ils poursuivent.
L'humanité doit exister : c'est le vœu de la nature. Pour que ce vœu se traduise en fait, l'homme à qui elle a donné la vie doit la conserver et la donner à son tour. Les conditions nécessaires pour qu'elle atteigne ses fins sont donc : la conservation de soi-même, et la propagation de l'individu isolé. Elle les réalise en y intéressant l'égoïsme; par l'appât du plaisir, si l'homme obéit, par la menace de la douleur, s'il transgresse ou néglige ses lois. Si l'une et l'autre perspective viennent, par exception, à manquer leur effet, l'impuissance de la nature éclate. Si la somme du mal physique ou moral que la vie apporte dépasse la somme de ses joies ou de ses jouissances, elle cesse d'être un bien