GHAP. III. — ■ LEGOÏSME AU SERVICE DE BUTS D AUTRUI
et n'est plus qu'un fardeau, et de même que l'homme rejette un fardeau devenu trop lourd à porter, l'égoïste se débarrasse de la vie. Le suicide alors devient l'inévitable conclusion de l'égoïsme. Nous verrons plus tard si en pareil cas l'homme n'a pas pour devoir de se placer à un autre point de vue. L'homme est justifié vis-à-vis de la nature lorsqu'il peut lui tenir ce langage : * la prime que tu m'as « promise pour la conservation de mon existence, ne vaut t pas les maux et les tourments que tu m'as infligés; c'est ta c propre faute, ô nature, si je te rends un présent qui n'a f plus de valeur pour moi et que rien ne m'oblige à garder; « entre nous il faut que les comptes se balancent. »
16. L'égoïsme au service de la nature. — Mais la nature a pris des mesures telles, que rarement le compte soit en sa défaveur. Elle a établi la balance entre le bien-être et la peine de telle façon que c'est le premier qui régulièrement l'emporte dans la vie. Ne l'eût-elle pas fait, ou fût-il possible que la douleur l'emportât sur le plaisir, elle eût agi comme le patron qui rabaisse trop le salaire de ses ouvriers, qui alors le quittent : et le monde eût péri dès la deuxième génération.
La nature, elle aussi, ne peut assujettir l'homme aux fins qu'elle se propose qu'en stimulant chez lui son intérêt propre. Elle s'est tracé cette voie elle-même; si elle ne l'avait pas voulu, elle aurait dû organiser l'homme sur un autre plan. Tel qu'il est, elle ne peut le faire servir à ses fins qu'en faisant appel à son intérêt propre. Cet intérêt, elle l'en a doué sous la forme du plaisir et de la douleur. Par eux, elle sait guider l'homme dans la voie qu'il doit suivre, par eux, elle rattache à ses propres fins l'intérêt de l'homme. Celui qui accomplit une chose pour la satisfaction qu'elle lui procure, ou s'en abstient de crainte du mal, agit en vue de son intérêt propre ; mais en même temps il obéit à la loi de la nature. Cette mise en œuvre du plaisir et de la douleur