‹ L'évolution du droitChapitre 2 sur 233 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

dès les premiers pas elle se montra trop étroite. La notion de Yintérêt fit place à celle du but pratique des droits subjectifs, et ceux-ci, eux-mêmes, s'effacèrent devant le droit objectif dans toute sa généralité. De là, une thèse nouvelle, plus large, plus compréhensive: le but du droit, la finalité dans l'ordre juridique. C'était toute la théorie de révolution appliquée au droit. Ce programme grandiose était fait pour séduire ce grand esprit. Il s'y attacha passionnément, et depuis 1865, date de la première publication de son Ef^prit du Droit Romain, jusqu'à ses derniers jours (1892), il ne cessa d'y travailler, se promettant de revenir à sa première oeuvre aussitôt qu'il aurait terminé sa nouvelle entreprise. Celle-ci était devenue pour lui une question de vie. 11 s'agissait de prouver que le but a créé tout te droit, qu'il n'est pas un seul principe juridique qui ne doive son origine à un but, c'est-à-dire à un motif pratique. L'auteur se trompait sur l'étendue que prendrait son travail, et il en convint ingénument, lorsqu'après la publication d'un premier volume, il constata que non-seulement il ne pouvait prévoir la fin, mais qu'il se trouvait devant une autre thèse plus vaste encore, et qui devait l'entraîner infiniment plus loin : le fondement de la moralité.

11 est regrettable que l'auteur n'ait pu terminer son œuvre, et la soumettre à une revision d'ensemble. 11 aurait pu supprimer quelques passages qui semblent faire longueur. Peut-être en aurait-il fait deux ouvrages distincts, l'un consacré au droit, l'autre à la morale. Mais il n'en eut pas le temps. C'est dans cet ordre d'idées que je ne publie en ce moment que la traduction du premier volume. 11 forme un tout distinct, et malgré de légers défauts,

Page 1