l'égoïsme au service du commerce juridique
meparaît la plus sûre confirmation de la loi de finalité dans la nature. Eliminons ces facteurs, ou supposons les échangeant entre eux leur essence : la nourriture devenant douleur, la mort un plaisir : la race humaine ne durerait pas une génération. Si le sentiment du plaisir n'était pas une création intentionnelle de la nature, pourquoi ne l'a-t-elle attaché qu'aux fonctions volontaires, et non aux fonctions involontaires de l'organisme humain? Pourquoila circulation du sang, la respiration, ne causent-elles pas le . même plaisir que l'apaisement de la soif et de la faim? Question insoluble pour quiconque admet que la matière s'est formée d'elle- V même, sans but et sans plan préconçus. Si le hasard seul a attaché le plaisir aux manifestations de la vie animale, pourquoi la nourriture, l'accouplement, le provoquent-ils plutôt que la dentition, la croissance des cheveux, etc.? Mais la nature est avare du plaisir, elle ne le dispense que lorsqu'elle est forcée de l'appeler à son aide, en guise de récompense pour obtenir quelque chose de l'animal ou de l'homme. Même jeu, en ce qui concerne la douleur; celle-ci aussi est distribuée d'après un plan défini. La nature la ménage comme elle dispense le plaisir. L'interruption volontaire, même prolongée, des fonctions normales de nos organes, par exemple de celles de la vue et de l'ouïe, ne provoque aucune douleur lorsqu'elle ne menace pas la continuation de la vie. Au contraire, que la respiration soit suspendue, aussitôt naît le malaise. Par la douleur, la nature signale le danger.
17. L'égoïsme au service du commerce juridique. — La nature elle-même enseigne à l'homme le moyen de gagner autrui à ses fins : c'est de rattacher S07i propre but à l'intérêt d'autrui. Etat, société, les relations, les affaires, toute la vie humaine repose sur cette formule. Plusieurs hommes ne poursuivent ensemble le même but que lorsque leur intérêt à tous aboutit au même résultat final. Aucun d'eux, peut-
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être, ne songe au but comme tel; tous ont l'esprit tendu vers leur intérêt propre, mais ces intérêts s'accordent avec le but commun, et travaillant pour soi seul, chacun, en définitive, travaille en même temps pour les autres.
Cet intérêt n'existe pas toujours dès l'abord; il faut alors le créer artificiellement. Prenons le cas le plus simple : celui de la nécessité du concours dun tiers pour permettre à un particulier d'atteindre son but. L'extension de mon usine exige que mon voisin me cède un fonds de terre. L'unique moyen d'obtenir cette terre que je convoite, on le sait, c'est la vente. Par l'offre de vente, je crée artificiellement chez mon voisin un intérêt à la réalisation de mon but, à la condition que mon offre soit assez élevée pour que son intérêt à me céder le fonds l'emporte sur son désir de le garder. Si ses exigences dépassent mon intérêt à acquérir le fonds, il n'y a plus de concordance entre nos intérêts respectifs, et la vente ne se fait point. Pour que les intérêts s'équilibrent, le prix offert doit être assez élevé aux yeux du voisin, assez minime aux miens, pour que la vente soit plus avantageuse que le maintien de l'état des choses actuel, et alors l'opération sera conclue. Cette conclusion prouve que la balance s'est trouvée juste au jugement des deux parties. Ce jugement peut avoir été erroné, l'appréciation des parties ou leur intérêt même peuvent avoir varié ultérieurement, il reste toujours acquis qu"au moment décisif, les deux parties ont été convaincues de la concordance de leurs intérêts, sinon elles ne seraient pas tombées d'accord. L'unité de la volonté dans le contrat (consensus) n'est autre chose que Taccord des parties sur la concordance complète de leurs intérêts respectifs.
Ce n'est pas l'intérêt objectif de l'opération qui la fait réussir, c'est l'estimation subjective de sa valeur pour les contractants qui fait pencher la balance. Dès lors les moyens propres à suggérer cette estimation, ont, pour établir