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l'égoïsme au service du commerce juridique

l'accord entre les parties, la même valeur que ceux qui tendent à faire naître objectivement un intérêt. De là l'importance du bien dire en affaires : qui parle bien paie moins, ou reçoit plus, que celui qui ne sait parler. L'acheteur déprécie la chose, il cherche à persuader le vendeur qu'il est de son intérêt d'accepter le prix offert; le vendeur, lui, vante sa marchandise, il veut amener l'acheteur à donner le prix demandé; chacun d'eux s'efforce d'apporter la démonstration d'un intérêt existant pour l'autre, mais mal apprécié par lui, et l'expérience de chaque jour enseigne que le bien dire dans la vie quotidienne reçoit aussi sa récompense (3).

Ce que je viens d'exposer résume le commerce juridique tout entier. Et non seulement les relations d'affaires, mais même les rapports de société. La vie mondaine comporte des buts: ils ne peuvent se réaliser, eux aussi, qu'en stimulant l'intérêt chez autrui, intérêt autre bien entendu que celui qui règne dans le monde des affaires: c'est l'intérêt de la conversation, de la distraction, du plaisir, de la vanité, de l'orgueil, des considérations sociales, etc. Mais cet intérêt n'existât-il pas, que sur ce terrain-ci non plus, personne ne bougerait. On ne conçoit pas une société, même dans le sens mondain, si ceux qui en font partie n'y trouvent leur compte. Leur présence même atteste chez eux un intérêt de ce genre, ne fût-ce que l'intérêt négatif du respect des conventions sociales.

Ce que j'ai dit jusqu'ici de l'individu trouve la même

(3) Tout ceci se trouve très exactement confirmé par la notion juridique du dolus dans la conclusion des contrats. Le but du dolus est de produire la conviction de l'intérêt; non au moyen du bien dire en affaires, que le droit tolère complètement (L. 37 de dolo., i. 3 : qmd vendilor dicit, ut commendet), mais en faisant miroiter des faits faux, que l'on prévoit devoir être relevants pour la résolution de l'autre partie — donc à l'aide du mensonge.

28 GHAP. III. — l'égoïsme au service des buts d' autrui.

application lorsqu'il s'agit de la généralité. Les buts de la généralité se divisent en deux classes : les buts organisés, c'est-à-dire ceux qui se réalisent au moyen d'un appareil préfixe, ayant pour base la réunion bien ordonnée et stable des associés; et les buts non organisés, auxquels cet appareil fait défaut, que l'individu isolé reste libre de poursuivre ou non. Ceux-ci n'ont pas grand intérêt pour nous; je n'en citerai que deux à titre d'exemples.

18. Buts non organisés. La science. — La science réunit tous ses adeptes en une invisible communauté ; le but scientifique unit tous leurs efforts, et le résultat global de cette coopération consiste dans la conservation, l'expansion, le progrès de la science. Cette activité se meut en pleine liberté d'action. Elle aussi, il est vrai, comporte une organisation : l'enseignement par les instituts, l'investigation par la création d'académies; mais il est évident que, même dans les limites d'un Etat, cette organisation ne doit ni ne peut remplacer l'évolution spontanée de la science, et même qu'elle ne saurait être la base de cette suprême unité de la science, qui embrasse l'univers entier.

La science elle-même conquiert cet empire universel. Peut-on dire que ce soit par sa propre force, son propre attrait? Ce n'est là qu'une manière de désigner l'intérêt qui porte chaque individu à la cultiver. Aussi bien dirait-on que l'attrait de l'argent est le mobile des relations. De part et d'autre, dans les relations comme dans la science, c'est l'intérêt individuel qui stimule l'activité de l'homme. Seulement, dans le domaine de la science cet intérêt se présente sous des faces infiniment plus variées : la satisfaction intime qu'elle donne, le sentiment du devoir, l'orgueil, la vanité, le pain quotidien quelle assure, et enfin, tous les autres motifs étant épuisés, l'habitude tout simplement, ou l'ennui qu'on redoute. Celui qui ne trouve aucune satisfaction quelconque dans la science ne la cultivera pas, tout comme

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