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LA QUESTION DES LIMITES DU POUVOIR DE l'ÉTAT

source de corruption et de malheurs pour les enfants ? Lorsque l'ivrogne maltraite femme et enfants, déserte l'atelier, lorsque la femme se méconduit, et laisse le ménage à l'abandon, femme, mari et enfants ne pàtissent-ils pas ? Bien certainement, n'est-ce pas ? Dès lors la police a le droit de pénétrer dans la maison, et de surveiller la vie morale, comme la vie économique de la famille.

Mais l'homme seul et isolé dans la vie, sans femme, sans enfants, a-t-il au moins le droit de se ruiner ? Peut-il se vendre comme esclave ? Mill lui-même lui dénie ce droit. Il en donne la raison : (p. 297) « En se vendant comme « esclave, un homme ab lique sa liberté, il abandonne tout « usage futur de cette liberté après cet acte unique. Donc « il détruit dans son propre cas la raison pour laquelle on « le laissait libre de disposer de lui-même. » La liberté donc est un octroi de la Société. Elle a le droit, en effet, et ce droit elle l'a toujours et partout revendiqué, d'en prohiber l'aliénation complète, comme d'en restreindre l'aliénation partielle. Et cela non pas comme conséquence logique de la notion de liberté, non pas comme le dit Mill, parce que le principe de « liberté ne peut exiger que l'on soit libre « de n'être pas libre, parce que ce n'est pas une liberté que « de pouvoir renoncer à sa liberté, » mais uniquement pour cette raison pratique, que la Société s'est convaincue qu'avec l'esclavage son existence est impossible. La conséquence logique de la notion de liberté, invoquée par Mill pour écarter cet aboutissant extrême de la liberté individuelle : l'esclavage conventionnel, l'entraîne donc plus loin infiniment que ne peut le permettre sa doctrine. Car ce qui est vrai pour le tout, doit rester vrai pour la partie. Tout contrat ne comporte-t-il pas une aliénation partielle de la liberté individuelle? Et ce qui est vrai pour la liberté, ne l'est-il pas aussi pour la vie, qui est la condition de la liberté? Et ce que Mill dit de cette dernière, ne peut-il

être dit aussi de la vie ? Aliéner sa vie, ce n'est pas vivre. La loi punit le duel et le meurtre consenti par la viciime. Elle ne le pourrait, d'après la théorie de Mill, puisque les intéressés ont donné leur consentement.

La législation peut-elle établir un maximum d'heures de travail? A t-elle, d'après la théorie de la liberté, le droit d'empêcher l'ouvrier d'abréger sa vie par un travail excessif? Mill aussi applaudit à cette disposition légale, toute à l'honneur de l'esprit pratique de ses compatriotes; il approuve les mesures qui veillent à la santé de l'ouvrier, et le protègent dans les travaux dangereux. La liberté individuelle n'est pas intéressée, en pareil cas, dit-il (p. 283). Avec pareille raison, encore une fois, on peut ruiner toute sathéorie.Eneffet,si la défense de travailler comme je veux, autant que je veux, ne m'atteint pas dans ma liberté personnelle, quand cette liberté sera-t-elle atteinte? Etrange liberté que celle qui résulte des exemples fournis par Mill. « Les lois, qui dans un grand nombre de pays du continent, f défendent le mariage, à moins que les parties ne prouvent « qu elles peuvent entretenir une famille, n'outrepassent « pas les pouvoirs légilimes de l'État,... on ne peut leur « reprocher d'être des violations de la liberté, k (p. 308). € Si un officier public, ou n'importe qui, voyait une « personne sur le point de traverser un pont qu'on sait « n'être pas sûr, et qu'il n'eût pas le temps de l'avertir du « danger qu'elle court, on pourrait la saisir et la faire « reculer de force, sans violation aucune de sa liberté : car € la liberté consiste à faire ce qu'on désire, et cette personne « ne désire pas tomber à la rivière. » (p. 285). L'homme imprévoyant, le jouisseur, je le demande, désirent-ils se ruiner? Ils ne désirent que jouir de la vie : donc on peut les empêcher de se ruiner sans attenter à leur liberté. Et l'homme sur le pont, s'il désire réellement se débarrasser de la vie, peut-on encore mettre la main sur lui,;sans attenter à

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