‹ L'évolution du droitChapitre 227 sur 233 · PROTECTION CONTRE LE DEHORS · texte numérisé non relu

PROTECTION CONTRE LE DEHORS

est sa plus haute mission (p. 245). Mais grande serait l'erreur de méconnaître que la vie des peuples présente des situations où rinjustice sociale apparaît avec une légitimité passagère aussi nécessaire que celle de tant d'autres institutions disparues, l'esclavage par exemple. Plutôt l'esclavage que le massacre de l'ennemi vaincu; plutôt une Société organisée sur le pied de l'inégalité du droit, que le règne de la force pure et l'absence de tout droit. Lcà même, le droit accomplit sa mission en assurant les conditions de vie de la Société : seulement, comme je l'ai démontré (p. 294), celles-ci diffèrent selon les temps et les lieux.

J'en reviens, non sans répugnance, à la première question. Dans tout ensemble systématique d'idées à développer, il est des questions que l'on doit nécessairement soulever, et que cependant on pourrait presque se faire scrupule de traiter sérieusement, tellement la solution en paraît évidente. Tel est le cas. Expliquons-nous en peu de mots.

Que me donne l'Etat? A ne parler que de ses prestations immédiates, et négligeant leur influence indirecte sur le développement de la vie sociale, nous devons en distinguer trois espèces.

222. Protection contre le dehors. — En premier lieu, l'État me protège contre les attaques venant du dehors. L'organisation de cette protection réclame aujourd'hui, personne ne l'ignore, au point de vue personnel et économique, le concours de presque toutes les énergies nationales. En comparaison de ce que l'individu fournit dans ce but, au moyen du service militaire et de sa part d'impôts dans le budget de la guerre, tout le reste du tribut qu'il paie à la Société n'est presque rien. De tous les biens qu'un peuple possède, aucun ne se paie aussi cher que l'indépendance de l'Etat vis-à-vis de l'étranger, et la garantie qui en résulte pour le maintien de la nationalité. Un peuple ayant

conscience de lui-même n'en a jamais trouvé le prix trop élevé; au moment du danger, il n"a jamais reculé devant des sacrilices infmiment supérieurs à ceux que l'État exigeait de lui.

223. Protection à l'intérieur. — Le deuxième avantage que procure l'État, consiste dans la protection à l'intérieur : c'est le droit. Inappréciable dans sa valeur, une fois qu'elle est acquise par le peuple, rien ne coûte moins à l'individu que la sûreté du droit. Les ancêtres l'ont souvent payée de leur sang : leurs successeurs n'ont qu'à conserver leur héritage, et il leur en coûte peu.

Le taux économique, c'est-à-dire la valeur pécuniaire de la sûreté du droit pour la propriété, est la moindre mesure pour l'appréciation de son importance. La valeur en argent de la propriété est indiquée par la comparaison du prix du sol dans les États chrétiens de l'Europe et en Turquie. Si notre droit prévalait en Turquie, la possession du sol y atteindrait le double, et plus, de sa valeur actuelle. Dans les États civilisés de l'Europe elle-même, la baisse de la propriété foncière, lors des grands cataclysmes politiques, montre à quel point la sûreté du droit influe sur la valeur totale de la propriété nationale. Dans ces commotions, c'est le droit seul qui doit s'imputer les pertes subies.

Et cependant, que vaut en déûnitive la sûreté juridique de la propriété, en comparaison de celle de la personne ! .J'oublierais, en insistant, à quel public je m'adresse. Je me borne à rappeler ce que j'ai dit (p. 255) de l'importance morale de la sûreté du droit pour le développement du caractère, et (p. 304) de celle du droit pénal au point de vue du délinquant.

224. Institutions publiques. — Les diverses organisations et institutions que l'État a créées dans l'intérêt de la Société représentent le troisième avantage qu'il procure à ses membres. Mais ici, tout ne paraît pas également équi-

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