‹ L'évolution du droitChapitre 228 sur 233 · INSTITUTIONS PUBLIQUES · texte numérisé non relu

INSTITUTIONS PUBLIQUES

table. Quel est l'avantage que le paysan retire des universités, des bibliothèques, des musées? Et cepen<lant il doit contribuer, pour si peu que ce soit, à leur entretien (p. 338). Si, à leur sujet, le paysan argue contre le savant, le savant à son tour peut arguer contre le paysan des institutions créées dans l'intérêt de ce dernier, et dans lesquelles, de son côté, il est appelé à intervenir. Combien insigniiiantes, du reste, sont ces contri])utions ! Combien précieuses pour tous, et par conséquent pour le paysan lui-même ! La chimie agricole de Liebig a rendu les plus signalés services à l'agriculture — elle est née dans le laboratoire de l'université de Giessen, entretenu aux frais de l'Etat. Gauss et Weber firent les premiers essais de télégraphie électro-magnétique à l'observatoire de l'université de Gottingen; qui dira l'importance économique de la télégraphie, aujourd'hui perfectionnée, pour le commerce et toutes les relations en général? Ces deux institutions ne valent-elles pas ce qu'elles ont coiité ?

Je m'arrête. Point ne faut de science pour expliquer à qui sait penser ce dont il est redevable envers l'État ; il lui suffît d'ouvrir les yeux. Mais pour la masse ignorante, l'effort est trop grand encore. A écouter ses doléances sur les charges et les sacrifices imposés par l'État, on serait tenté de ne voir en lui qu'un fauteur de misères plutôt qu'un distributeur de bienfaits. Elle considère comme choses naturelles les avantages qu'il procure — l'État n'existe que pour cela — ou plutôt, elle n'en a pas même conscience. Il en est de l'État comme de l'estomac : on n'en parle que pour s'en plaindre; on ne le sent que lorsqu'il fait souffrir. Tout, aujourd'hui, est mis à la portée de l'intelligence des foules : la nature, l'histoire, l'art, la technique; des traités complets renseignent le profane sur chaque chose. Seuls, font exception, l'État et le Droit, qui le touchent de si près; et cependant, en toute justice, l'homme instruit comme l'homme du

peuple devraient être mis en mesure d'apprendre tous les services qu'ils lui rendent et pourquoi, au fond, ils ne peuvent être ort^anisés autrement qu'ils ne le sont. J'ai eu dessein, autrefois, de combler cette lacune, en rédigeant un catéchisme du droit qui se serait adressé au bourgeois comme au paysan. Mon but était de leur suggérer un jugement impartial sur les institutions qui parfois leur paraissent si choquantes, de mettre l'apologie du Droit et de l'État en face du rudimentaire bon sens humain. Mais je n'ai pas senti mes forces à la hauteur de la tâche. Qu'un autre tente de l'accomplir. Celui qui la mènera à bonne tin aura bien mérité de la Société : mais pensant en philosophe, qu'il n'oublie pas de parler en paysan. Beau sujet de concours — qui ne serait pas trop payé de cent mille marks; ils produiraient des fruits au centuple : l'ouvrage serait traduit dans toutes les langues, et apporterait au monde plus de bienfaits que des bibliothèques entières.

15. Solidarité entre les intérêts de la Société et ceux de l'individu.

Sommaire : 225. Intelligence de cette solidarité. —226 Éducation politique des peuples. — 227 Nécessité de la contrainte. — 228. Insuffisance delà contrainte. Transition.

225. Intelligence de cette solidarité. — Dans ce qui précède, nous avons laissé l'individu établir son compte avec l'État, comme il le ferait à l'égard de quelqu'un qui lui est étranger, chacun tirant de son côté et ne considérant que son avantage. Cette conception ne rend pas la nature de leur rapport. L'État, c'est l'individu lui-même — le mot de Louis XIV : « l'État c'est moi » est vrai pour tout citoyen. Il compte avec l'État comme le cultivateur avec son champ; ce dernier suppute ce que sa terre lui coûte en labour, et ce qu'elle lui rapporte. Mais il importe de distinguer : le champ de l'agriculteur lui appartient à lui seul ; devant l'État, il entre en partage avec tous les autres

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