‹ L'évolution du droitChapitre 24 sur 233 · l'état et le droit · texte numérisé non relu

l'état et le droit

faute de preuves, la loi restera inappliquée. Si, à ce point de vue, la loi rencontre encore dans une certaine mesure l'intérêt pour allié, il est un moment cependant où l'alliance doit se rompre, où la contrainte directe est seule efïïcace. Ce n'est pas l'intérêt qui amène le meurtrier devant le juge, qui le conduit dans la prison, qui le fait monter à l'échafaud. C'est la contrainte directe. Il en est de même du débiteur récalcitrant (exécution réelle sur ses biens). Pour réaliser ses lins, l'Etat imite la nature. Il procède par contrainte directe ou mécanique, et par contrainte indirecte ou psychologique. La circulation du sang, la digestion des aliments etc. s'opèrent par la seule force mécanique de la nature. Elle agit elle-même. L'Etat procède de la même façon pour l'application des peines, pour l'exécution des jugements civils, pour la rentrée des impôts. Chez tous deux le libre arbitre de l'individu accomplit d'autres actes indifférents à leurs buts et dépouillés de toute contrainte. Ils représentent le domaine de la liberté (physique ou juridique) de l'individu. Au contraire, les faits nécessaires à ces fins sont assujettis à la contrainte indirecte (psychologique).

La nature, l'Etat, l'individu, assurent leur empire sur l'égoïsmepar l'identification des buts et des intérêts opposés. Sur celle-ci repose cette merveille, qu'une force qui veut le moins crée le plus. Rapportant tout à elle-même, avec son moi si faible et si périssable, ses intérêts si mesquins, l'humanité fait surgir des œuvres, jaillir des institutions, à côté desquelles ce moi ressemble au grain de sable devant les Alpes. La nature offre son pendant dans les formations crayeuses des infusoires. Un être imperceptible à l'œil nu élève toute une montagne. L'infusoire c'est l'égoïsme; il ne connaît que lui-même, ne veut que pour lui-même, et il bâtit le monde.

Page 1