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l'échange

chose dont on n'a que faire, ou dont on n'a pas le véritable emploi, contre une autre dont on peut faire usage. L'échange est donc le moyen d'amener chaque chose à son point de destination. Nulle chose ne s'immobilise là où elle ne peut atteindre sa destination économique, qui est de servir l'homme; chacune cherche son vrai propriétaire (12) .- l'enclume va au forgeron, le violon attend le musicien, l'habit usé cherche les épaules du pauvre, le tableau de Raphaël rejoint le musée. L'échange, c'est la providence économique qui amène chaque chose (objet ou force ouvrière) à sa destination.

En parlant d'une destination de la chose, nous transportons dans le monde de la matière la notion de fmaHté, qui d'après notre propre théorie, se rattache uniquement à la personne. L'expression se justifie aisément. Elle se borne à reconnaître dans la chose un moyen efficace pour l'individu de réaliser ses buts. Ce que la chose doit lui procurer, est considéré comme contenu dans elle, comme sa destination objective, comme le but même de son être. Le but économique des choses n'est que l'appréciation subjective de leur utilité, soit que celle-ci existe par elle-même, soit qu'elle n'ait été créée que par le travail humain. L'utilité, la capacité, l'opportunité, la destination, le but de la chose, ou quel que soit le nom qu'il nous plaît d'y attacher, découle de l'opération que nous avons analysée plus haut (p. 21j, en examinant la linalité chez l'animal : l'établissement d'une relation de linalité, non plus concrète, mais abstraite, c'est-à-dire, conçue ici d'après un jugement absolu, indépen-

(12) Bien entendu dans le domaine où elle peut étendre ses recherches. Un Raphaël peut chercher dans le monde entier, l'enclume ne peut chercher que chez les forgerons des environs. Il en va de même de la force ouvrière; le simple ouvrier de fabrique ne peut chercher aussi loin que le technicien accompli, la couturière aussi loin que la chanteuse, et le maître d'école de village aussi loin que le savant.

48 GHAP. V. — BUTS DE l' AFFIRMATION ÉGOÏSTE DE SOI.

dant du cas particulier. Les buts des choses, ne sont autres que les buts de Vindividu, poursuivis par l'individu au moyen de ces choses. — L'élargissement insensible de l'horizon de linalité de l'homme se traduit historiquement par l'accroissement de l'utilité économique des choses. Procurant à chaque partie ce qui lui est le plus utile pour ses buts, le contrat d'échange est, au point de vue de l'individu, un acte ^affirmation économique de soi; les relations d'échange qui embrassent l'ensemble organisé de ces actes isolés constituent le système ou l'organisation de l'aflirmation économique de l'homme. Plus se développent les relations d'échange, plus s'élargit le domaine où elles se meuvent, plus s'accroît le nombre des richesses qu'elles peuvent mettre en valeur, des facilités qu'elles offrent, et plus aussi est rendue possible, facilitée, avancée, pour l'individu, la manifestation de son affirmation économique. Un nouvel article de commerce donne du pain à des milliers de personnes ; l'ouverture, l'abrègement d'une route, le perfectionnement des moyens de transport, un fret plus avantageux, en un mot tout ce qui permet aux choses et à la force ouvrière d'étendre leur emploi, tout cela répand la vie et le bien-être là où régnaient le besoin et la misère; l'homme qui autrefois mourait de faim atteint aujourd'hui à la fortune.

36. Le contrat, — La forme des relations d'échanges est le contrat. Le juriste le définit : le concours des consentements (consensus) de deux personnes. La définition est juridiquerpient exacte, car l'élément obligatoire â,u contrat gît dans la volonté. Mais pour nous, dont l'étude porte, non sur la volonté comme telle, mais sur son élément déterminant : le but, la chose se présente sous un autre aspect, plus instructif à mon avis. Si le but détermine la volonté, le fait que les volontés de deux ou plusieurs personnes viennent à se rencontrer sur le même point (convenire, conventioj, prouve la concordance de leurs buts ou de leurs

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