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APPLICATION AUX PEUPLES

qu'à mesure que le nom profite à la société et qu'elle le sait; celui de l'ouvrier n'est connu que de ses seuls camarades, toute la région connaît celui du maître de la fabrique.

Un nom célèbre atteste donc, non-seulement que quelqu'un est devenu quelque chose pour la société ou pour le monde, mais encore que ceux-ci ont acquis conscience de cette élévation. C'est la reconnaissance de leur dette par l'émission d'une lettre de change tracée sur la gratitude humaine. La dette existe sans la lettre de change, mais celle-ci seule la confirme sans réplique possible. La valeur de la créance ne se mesure pas à l'honneur qui résulte de son paiement, elle réside dans la garantie qu'elle donne au porteur que sa vie n'a pas été inutile pour le monde. La société ne recherchera pas quels auront été les mobiles de ses actions, orgueil, ambition, ou désir simplement d'être utile à l'humanité; elle s'en tient au résultat sans se préoccuper du motif. Et cela est bien. Car si elle dispense ses couronnes à celui-là aussi qui n'a ambitionné qu'un salaire, elle a su, elle, s'assurer son concours pour ses fins; la récompense qu'elle lui décerne ne peut lui être enviée que par celui qui jalouse le salaire de l'ouvrier. Les lauriers ne se cueillent pas sans peine; pour les mériter, il faut mettre pour enjeu sa vie entière. Gela s'applique aux peuples comme aux individus.

44. Application aux peuples : la vie sociale est la loi souveraine de la civilisation. — Les peuples non plus n'existent pas pour eux seuls; ils vivent pour les autres peuples, pour l'humanité (15). Leur influence, non plus, ne s'éteint pas avec leur existence; elle se répand sur les époques les plus éloignées, dans la mesure de l'importance de leur action dans le monde. L'art des. Grecs, leur littérature

(15) V. le développement de cette idée dans mon Esprit du D. R., 1. 1, p. 6S3.

et leur philosophie, le droit des Romains, restent la source éternelle de notre éducation. Les chefs d'œuvre de beauté, de noblesse, de puissance, qu'ils nous ont légués dans leurs œuvres d'art, dans leurs idées, dans le souvenir de leurs grands hommes et de leurs actions, enrichissent encore notre siècle. Tous les peuples policés du monde ont collaboré à notre civilisation moderne. Si nous pouvions analyser celle-ci, dans ses éléments, en remontant jusqu'à leurs premières origines, nous obtiendrions toute une liste de peuples, voire des noms de peuples qu'aucunes annales ne nomment.

Pour s'en convaincre, il suffit déjà des résultats encore embryonnaires des recherches sur l'histoire de la civilisation de l'humanité. Que de richesses avons-nous encore à découvrir dans ce domaine ! Cependant, ce que nous savons déjà, ce qui se passe tous les jours sous nos yeux, atteste que la règle : chacun existe pour le inonde, est vraie pour les peuples comme pour les individus. Elle contient la loi souveraine de la civilisation de Vhumanité. L'humanité ne progresse qu'à mesure qu'elle met cette règle en pratique; il suffit de conclure de ce que l'histoire fait à ce qu'elle veut, et de constater comment elle réalise ce qu'elle veut, pour découvrir dans cette règle la loi suprême de tout son développement, et dans son application toute la destinée de la race humaine. Aussi longtemps que ce but n'a pas été réalisé pour toute la race humaine, l'histoire n'a pas atteint ce qu'elle veut.

Ce qui précède a démontré la valeur effective de cette loi ; voyons sous quelle forme elle se réalise.

45. Formes de la réalisation de cette loi. — Un regard jeté sur le monde nous apprend que la forme de cette réalisation est double : libre ou forcée. Il dépend de mon libre arbitre que je déploie ou non mon activité au service de la société. Mais on ne demande pas au milicien s'il consent à s'enrôler. Libre à moi de disposer de mon patri-

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