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NOTION DE LA SOCIÉTÉ

moine par voie de donation ou de testament; mon assentiment n'a plus rien à voir dans Je paiement des contributions et des impôts dûs à l'État et à la Commune, ni dans le délaissement de la réserve due à mes enfants. Qui dit Etat ou droit, dit contrainte. Non pas que l'État impose directement par la contrainte tous les buts qu'il poursuit — il ne peut imposer la pratique de l'art ni le culte de la science, et pourtant l'une et l'autre sont des buts de l'État moderne — mais il accumule au moins les moyens propres à les atteindre.

46. Actes volontaires et actes contraints. — Au nombre des actions volontaires que nous exécutons pour autrui, il en est qui ne présentent aucun intérêt pour la société, ou n'ont pour elle qu'une importance secondaire; l'accomplissement de certaines autres, au contraire, est pour elle d'une nécessité absolue. Qu'un homme fasse un sacrifice en faveur de ses amis, qu'un autre participe à une collecte, peu importe pour la société ; mais que l'agriculteur fournisse du blé, que le boulanger livre du pain, et le boucher de la viande, qu'elle trouve toujours prêtes des mains et des têtes pour satisfaire à tous ses besoins, artisans, journaliers, marchands, prêtres, professeurs, employés, ce sont là pour elle choses d'une importance capitale; tout l'ordre et l'économie de l'existence en dépendent. Comment cela se réalisera-t-il toujours? C'est la question de l'organisation de la société. Pour la résoudre, il faudra nous entendre d'abord sur la notion de la société, que nous avons invoquée déjà, sans l'expliquer. Nous examinerons ensuite les mobiles qu'elle met en œuvre pour accomplir sa mission.

47. Notion de la société. — La notion de la société est toute moderne; elle est née en France si je ne me trompe. L'usage de ce mot est universel, et pourtant on n'est rien moins que d'accord sur la définition. Cela prouve que la notion repose sur une idée dont notre pensée actuelle a un

besoin irréfragable, mais dont la conception claire et complète n'est pas encore obtenue. Chacun conçoit la société à sa façon, et dans cette incertitude, la même latitude doit m'être accordée; il doit m'être permis de mettre en corrélation la notion de la société avec celle de l'action pour autrui.

Une société (societas), dans le sens juridique du mot, est la réunion de plusieurs individus unis entre eux pour la poursuite d'un but commun, et dont chacun d'eux, en agissant en vue du but social, travaille en même temps pour lui-même. Pareille société suppose un contrat : le contrat de société, qui régit sa constitution et son fonctionnement Mais l'état de fait de la société, la coopération à un but commun, se reproduit aussi sans cette forme, dans la vie. Notre existence toute entière, toutes nos relations, constituent en fait une société, c'est-à-dire une coopération à des buts communs, dans laquelle agissant pour autrui chacun agit aussi pour soi, et où l'action pour soi implique aussi l'action pour autrui. C'est dans ce retentissement d'un but sur l'autre que réside à mon avis la notion de la société. D'après cela on définira la société : l'organisation de la vie pour et par autrui, et comme l'individu n'est ce qu'il est que par autrui, elle est la forme indispensable de la vie pour soi, et dans la réalité des choses la forme de l'existence humaine toute entière. Vie humaine, vie sociale, sont une seule et même chose. Les philosophes Grecs ont très exactement saisi cette vérité. La destination sociale de l'homme ne saurait être exprimée plus brièvement et plus justement que par les mots Ki^ov iroKiny.ov, c'est-à-dire l'être sociable. La cité {Ttôxig), c'est-à-dire la vie url)aine, avec ses contacts incessants et ses frottements réciproques, est la mère de toute civilisation, non seulement politique, dont le mot donne l'idée première, mais de toute civilisation quelconque, intellectuelle, morale, économique, artistique. Elle est la source

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