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UNIVERSALITÉ DE LA SOCIÉTÉ

d'où procède tout le développement du peuple. La société seule fait une vérité de notre règle : le monde existe pour moi. Mais elle ne la conçoit pas sans son antithèse : tu existes pour le monde, il a sur toi le même droit, que toi sur elle. Ce que l'on appelle la position sociale, c'est-à-dire la richesse, l'honneur, le pouvoir, l'influence, donne la mesure de la réalisation de la première de ces règles dans la vie de l'individu. La mesure en laquelle il sait, dans le cours de son existence, mettre en pratique la seconde, est le critérium de la valeur de cette existence pour la société, et pour l'humanité. L'accord parfait entre ces deux règles devrait constituer la raison d'être, le but sui^rême de tout ordre social; mais l'expérience de chaque jour, et l'histoire démentent cet idéal. Un avenir encore lointain contient peut-être le germe de son éclosion.

48. Rapport entre la société et l'État. — H suit de là que la notion de la société marche de front jusqu'à un certain point avec celle de l'État, mais seulement dans les limites où la contrainte est nécessaire pour réaliser le but social. Or ces limites sont restreintes. Le commerce, les différents métiers, l'agriculture, l'industrie, l'art et la science, les mœurs domestiques et celles de la vie, s'organisent essentiellement par eux-mêmes. L'État n'intervient par son droit que par occasion, et là seulement où il le faut absolument pour préserver de certaines atteintes l'ordre que ses buts se sont tracé à eux-mêmes.

49. Universalité de la société. — La géographie même de la société n'est pas identique à celle de l'État. Le domaine de celui-ci finit aux frontières de son territoire, celui de la société embrasse la terre entière. Car la règle : chacun existe pour autrui, s'étend à toute l'humanité, et Fincessant travail du mouvement social tend à la généraliser de plus en plus, à s'assurer le concours de peuples toujours nouveaux, à utiliser, pour ces buts, tous les pays, tous les

peuples, toutes les forces, tous les biens de l'univers. La mission que doit accomplir tout peuple civilisé, en vue de laquelle il doit régler tous ses organismes, consiste à rendre productifs pour autrui, et par cela indirectement pour luimême, le travail et lintelligence de chaque individu, à mettre toute force au service de l'humanité. Il ne s'agit pas seulement de production et de fabrication. Le simple travail n'est qu'un des termes de cette mission; l'autre consiste à découvrir, iùt-ce dans l'univers entier, celui dans les mains duquel le produit du travail produira la plus grande somme d'utilité. La plupart des inventions modernes répondent à ces deux termes. Les unes ont pour objet le travail même : sa simplilication, son perfectionnement, sa facilité; les autres poursuivent au moyen du commerce, l'utilisation du travail : elles remettent ce que l'individu a produit pour la société, les fruits de son champ, l'œuvre de ses mains, les créations de son esprit, de son imagination, entre les mains de celui à qui ils sont destinés, c'est-à-dire de celui qui y attache la plus haute valeur et paie le prix le plus rémunérateur. Lorsqu'on passe en revue tous les moyens que le génie inventif de l'homme civilisé moderne, depuis le moyen-âge, a créés dans ce dernier ordre didées, on peut affirmer que de nos jours aucune force pouvant servir Ihumanité ne se perd; toutes trouvent leur application et leur emploi. La presse fait connaître immédiatement à la terre entière toute pensée digne d'être répandue; une grande vérité, une découverte importante, une invention utile, entrent en peu de temps dans le patrimoine de tout le monde civilisé, et ce que la terre produit sur un point quelconque du globe, sous les tropiques comme au pôle, le commerce le distribue à tous ses habitants. Grâce à lui, le plus modeste ouvrier apporte le bonheur à des milliers de lieues de distance. Des centaines de malades, chez nous, doivent leur guérison à l'orange cueillie par l'ouvrier du Pérou; l'humble pêcheur de morues

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