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LES QUATRE MOTEURS DU MOUVEMENT SOCIAL

La discipline, la soumission de la volonté humaine, est le spectacle le plus merveilleux qu'offre le monde, et c'est la société qui le réalise.

J'appelle mécanique sociale, l'ensemble des mobiles et des énergies qui accomplissent cette œuvre. S'ils venaient à faire défaut, où serait, pour la société, la garantie que les forces motrices sur lesquelles elle compte ne vinssent un jour à refuser leurs services, ou à opérer contrairement aux buts assignés? Qui l'assurerait que, sur tel ou tel point de ce vaste ensemble, la volonté ne se rebellât contre son rôle et n'arrêtât un jour le fonctionnement de tout l'organisme? En fait, de pareils accidents passagers se produisent çà et là; il survient même des secousses qui semblent mettre en péril toute l'existence de la société, comme il est des malaises qui menacent celle du corps humain. Mais la résistance de la force vitale de la société est telle, que le désordre est bien vite réparé, et que l'ordre succède à l'anarchie. — Chaque trouble social n'est qu'une asi^iration vers une organisation meilleure. ■ — L'anarchie n'est jamais qu'un moyen, non un but : elle est passagèi-e, jamais duïable. Dans la lutte de l'anarchie contre la société, c'est' toujours cette dernière qui finit par triompher. C'est que, vis-à-vis de la volonté humaine, la société est armée d'un pouvoir de coercition. Il y a une mécanique socia/e pour contraindre la volonté humaine, comme il y a une mécanique physique pour faire obéir la machine. Cette mécanique sociale répond à la théorie des moteurs que met en branle la société pour diriger la volonté vers ses buts 'ou, enfermes plus brefs, la théorie des moteurs du mouvement social:

51. Les quatre moteurs du mouvement social. — Ces moteurs sont au nombre de quatre. Deux d'entre eux sont basés sur l'égoïsme, ce sont les moteurs sociaux inférieur ou égoïstes : le salaire et la contrainte. Sans eux, on ne saurait

concevoir la vie en société : sans salaire, pas de relations possibles, sans contrainte, pas de droit, pas à' État. Ces deux facteurs sont donc les conditions élémentaires de la société ; ils fournissent la force motrice qui ne peut faire défaut nulle part, quel que soit leur état d'imperfection ou d'infériorité. En regard de ceux-ci,seplacent deux mobiles autres, auxquels l'égoïsme reste étranger. Ils s'appuient même sur un sentiment tout contraire. Ils se meuvent, non dans la région inférieure du but purement individuel, mais dans la sphère plus élevée des buts généraux. Je les appellerai donc les moteurs supérieurs, ou plutôt les moteurs moraux ou éthiques du mouvement social, car la société, je le démontrerai plus tard (chap. IX), est la source de la moralité; ces moteurs sont le sentiment du devoir et Vamour, celui-là la prose, celui-ci la poésie de l'esprit moral.

Des deux moteurs égoïstes, la contrainte est, au point de vue psychologique, le moins noble. Sous ce rapport, le salaire présente un caractère plus élevé. Il s'adresse en effet, à la liberté du sujet, c'est le libre arbitre de ce dernier qui seul lui donne son prix. Pour le paresseux, il reste inefficace, tandis que la contrainte a prise sur lui car, ou bien comme contrainte mécanique, elle exclut complètement la liberté, ou bien comme contrainte psychologique, elle la restreint. La contrainte exerce l'influence la moins élevée sur l'homme, elle est le rouage le plus bas de la mécanique sociale. Ce serait donc d'elle que nous devrions parler en premier lieu. Mais notre étude ne consiste pas à nous rendre compte de l'action psychologique exercée sur l'individu par ces mobiles; nous avons à examiner leur importance pratique pour la société. Or, à ce point de vue, il est évident que l'organisation sociale du salaire, c'est-à-dire le commerce juridique, apparaît inférieure à celle de la contrainte, c'est-à-dire du droit et de l'État. L'étude de la société doit partir de ses éléments les plus bas, en remon-

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