CHAPITRE I
Sommaire : 1. Cause et but. — 2. Rôle de la volonté de l'être animé. — 3. L'animal; mobile psychologique de son vouloir. — 4. Influence de l'expérience. — 5. Notion de la vie animale. — 6. — Le vouloir humain. — 7. Stade interne du processus de la volonté : loi de finalité. — 8. Le but; sa nécessité — 9. Contrainte physique; psychologique. 10. Contrainte juridique; morale. — 11. But des actes inconscients. — 12 Stade interne du processus de la volonté: loi de causalité. — 13. La volonté indépendante de la loi de causalité.
1. Cause et but. — La théorie de la raison suffisante nous enseigne que rien, dans l'univers, n'arrive de soi-même {causa sui). Tout événement, c'est-à-dire toute modification dans le monde physique, est la résultante d'une modification antérieure, nécessaire à son existence. Ce postulat de la raison, confirmé par l'expérience, est le fondement de ce que l'on appelle la loi de causalité.
Cette loi régit aussi la volonté. Sans raison suffisante, une manifestation de la volonté est aussi inconcevable qu'un mouvement de la matière. Entendre la liberté de la volonté en ce sens que la volonté puisse se manifester
spontanément, sans un motif déterminant, c'est croire au baron de Manchhausen qui se retire du bourbier en se prenant par le toupet.
Il faut donc, pour que la volonté agisse, une raison suffisante, une cause. C'est la loi universelle. Mais dans la nature inanimée cette cause est d'essence mécanique (causa efficiens). Elle est psychologique lorsqu'il s'en va de la volonté : celle-ci agit en vue dune lin, d'un but (Zweck, causa flnalis). La pierre ne tombe pas pour tomber, mais parce quelle doit tomber, parce que son soutien lui est enlevé. L'homme qui agit, n'agit point parce que, mais afin que — afin d'atteindre tel ou tel but. Cet afin régit aussi inéluctablement l'action de la volonté que le parce que détermine le mouvement de la pierre qui tombe. Un acte de la volonté sans cause finale, est une impossibilité aussi absolue que le mouvement de la pierre sans cause efficiente. Telle est la loi de causalité : psychologique dans le premier cas, elle est purement mécanique dans l'autre. J'appellerai la première loi de finalité, pour abréger d'abord ; pour marquer par l'appellation même, ensuite, que la cause finale est l'unique raison psychologique de la volonté. Quant à la loi de causalité mécanique, le terme « loi de causalité » suffira pour la désigner dans la suite. Cette loi, dans ce dernier sens, peut se traduire ainsi : nul événement ne se produit dans le monde physique sans un événement antérieur dans lequel il trouve sa cause. C'est le truisme habituel : point d'effet sans cause. La loi de finalité dit: point de vouloir, ou ce qui revient au même: point d'action sans but.
2. Rôle de la, volonté de l'être animé. — Dans la cause, l'objet sur lequel s'opère l'action reste à l'état passif; il apparaît comme un point isolé dans l'univers, soumis en ce moment à la loi de causalité ; au contraire, l'être qu'un but met en mouvement devient actif : il agit. La cause se rattache au passé; le but embrasse l'avenir. Interrogé sur