l"animal; mobile psychologique de son vouloir
la raison de ses manifestations, le monde physique recherche ses explications dans le passé ; la volonté renvoie en avant. Quia répond l'un; ut dira celle-ci. Cela ne veut pas dire cependant, que la cause finale contienne une interversion de l'ordre de la création, d'après lequel ce qui est déterminant doit précéder quant au temps ce qui est déterminé. Ici également, la raison déterminante appartient au présent; ce qui est déterminant précède quant au temps ce qui est déterminé. Cette impulsion déterminante, c'est le concept immanent (le but) de celui qui agit, et qui le porte à agir, mais l'objet de ce concept, c'est le futur, ce que l'être agissant veut atteindre. C'est en ce sens qu'on peut soutenir que l'avenir renferme le motif pratique de la volonté.
Lorsque, dans la nature, la vie se manifeste par un développement psychique, aussitôt se révèlent l'amour pour la vie, la spontanéité et la conservation personnelles, en d'autres termes, la volonté et le but du vouloir. Vis-à-vis de lui-même, tout être vivant est son propre protecteur, son propre gardien, chargé de la conservation de lui-même. Prévoyante, la nature le lui découvre; elle lui révèle les moyens pour ne pas faillir à sa tâche.
3. L'animal; mobile psychologique de son vouloir. — Sous cet aspect, c'est avec l'animal que commence, dans la nature, la vie, et avec elle, la mission de la volonté. C'est dans ce stade inférieur que nous allons rechercher notre première conception de celle-ci, où, avec elle, apparaît pour la première fois son mobile indispensable : le but.
L'éponge sèche se remplit d'eau, l'animal altéré boit. Sont-ce des faits identiques? En apparence, oui; en réalité, non. En effet, l'éponge ne s'imbibe pas pour se remplir d'eau, et l'animal boit pour étancher sa soif. C'est l'animal lui-même qui nous le dit. Un chien bien dressé ne boit pas lorsque son maître le lui défend. Pourquoi? A l'idée qu'il a de l'eau, et qui lui fait comprendre que celle-ci est propre à étancher
sa soif, se met en regard celle des coups qu'il recevra s'il viole la défense. Cette conception n'est pas amenée par une impression sensible, actuelle ; elle provient uniquement de la mémoire. Le souvenir des coups ne fait pas disparaître la sécheresse de son gosier et la sensation de soif qui en résulte — un fait ne peut être effacé par un concept. — Un concept ne peut détruire qu'un autre concept, plus faible. Mais si la renonciation au plaisir de boire est dans ce cas un phénomène psychologique et non mécanique, puisqu'il dépend du concours de la mémoire, cette jouissance ellemême, que l'animal y résiste ou non, est un fait psychologique. La sécheresse du gosier est un état physique; il ne cause pas le boire comme tel, il n'y excite que parce que l'impulsion physique ou mécanique se transforme en une impulsion psychologique. Dès lors ce n'est pas la loi de causalité qui régit ce fait, il a sa source dans la loi de finalité. L'animal boit pour apaiser sa soif, il s'en abstient pour ne pas être battu; dans l'un et l'autre cas, c'est la conception d'une chose future qui dicte la conduite de l'animal. 4. Influence de lexpérience. — Voici qui démontre l'exactitude de ce qui vient d'être dit : que l'on plonge l'éponge dans de l'eau ou dans de l'acide sulfurique, elle s'imbibera toujours, même si le liquide doit amener sa dissolution; l'animal lappera l'eau et fuira l'acide sulfurique. Pourquoi? Parce qu'il sent que ce dernier lui est nuisible. L'animal distingue donc ce qui est favorable à son existence de ce qui peut la compromettre; avant de se résoudre, il exerce une critique et il met à profit l'expérience du passé. Car ce n'est pas l'instinct seul qui détermine l'action de l'animal; espèce ou individu, l'animal est réduit à compter sur l'expérience. L'intelligence de la hauteur et de la profondeur, le coup d'œil pour apprécier l'une et l'autre, le discernement du degré de chaleur des aliments et boissons qui leur sera supportable ou nuisible etc., sont qualités