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CONTRATS ONÉREUX

honte de les faire ; il faut les relever cependant pour mettre les choses au point. Il en est ainsi du caractère absolu de la puissance de l'argent. La complaisance, pour se manifester, requiert bien des conditions; l'argent n'en pose aucune, il agit de lui-même. La complaisance doit être Sollicitée avec ménagement, avec adresse; elle a ses préférences, ses caprices et ses antipathies; elle se détourne parfois de celui qui lui fait le plus pressant appel, ou l'abandonne au moment le plus nécessaire; même lorsqu'elle se fait bienveillante, elle agit dans des limites restreintes. L'argent ignore toutes ces contingences. La considération de l'individu lui est étrangère; il est sans caprices, également accessible en tous temps, et enfm son bon vouloir n'a pas de limites. L'égoïsme a le plus grand intérêt à se mettre au service — de chacun — en tout temps — dans la plus large mesure possible. Plus on lui demande, plus il accorde, et plus il se prête à donner encore. Si nous devions tout attendre de la complaisance d'autrui, nous serions misérables et ravalés au rôle de mendiants. Notre liberté personnelle et notre indépendance dépendent, non seulement de ce que nous puissions payer, mais aussi de ce que nous devions payer. — L'argent contient notre indépendance économique et notre indlpendance morale.

65. Contrats onéreux. — L'argent n'est pas le dernier terme de l'antithèse entre la rémunération et la gratuité. Des choses, des services peuvent, au lieu d'argent, faire l'objet de la contre-prestation (p. 69). Les contrats qui en résultent prennent, dans la terminologie du juriste, les noms de contrats onéreux ou bilatéraux; les contrats gratuits, ceux de contrats libéraux, lucratifs ou unilatéraux. Un élément psychologique apparaît comme condition nécessaire des premiers; c'est la conviction chez l'un et l'autre contractant que ce qu'il reçoit vaut plus que ce qu'il donne. Chacun d'eux, non seulement cherche à gagner au marché, mais est persuadé qu'il y gagne; — sans cette condition, fût-elle

8'i <:H.vr. VII. — mécanique sociale.

objectivement mal fondée, l'échange est impossible. La — ^ désignation objective de la contre-prestation comme équivalent, quoique exacte au point de vue du jeu des relations sociales, ainsi que nous le verrons plus tard, ne l'est plus au regard de chaque contractant individuellement. Une contreprestation qui n'apporte à l'individu contractant qu'un équivalent, c'est-à-dire ne valant que ce que vaut la prestation, n'a pas, psychologiquement, la puissance d'amener un / changement à la situation des choses. Pour obtenir ce résultat, il faut qu'il y ait un excédent, une plus value, non pas objectivement, bien entendu, mais au point de vue individuel des contractants. Ceux-ci doivent être convaincus, chacun de leur côté, qu'ils gagnent à l'échange.

Il se peut qu'il y ait en réalité gain pour tous deux. Celui qui vend, pour un prix modéré, une chose qui lui est absolument inutile, améliore sa situation économique, car, à la place d'une chose qui ne lui sert pas, il en reçoit une dont il aura l'emploi. L'acheteur, d'autre part, lui aussi, a fait un gain en achetant à bon marché. Cette possibilité du gain réalisé de partet d'autre, repose sur la diversité des besoins respectifs ; chacune des deux parties puise dans son besoin particulier, quant aux deux choses ou prestations qui font l'objet de l'échange, une mesure de valeur différente. Ainsi se fait- il que chacun gagne sans que l'autre perde.

Telle est donc la logique du contrat bilatéral : chacun poursuit son avantage, sachant que l'autre agit de même et cela sous l'égide du droit (2'i^). Le droit accorde libre jeu à

(27) L. 22 s 3 Loc. (19.2) : Quemadmodum in emendn et vendendonaUiraliter co»ce<i«r» est, quod pluris sit, minoris emere, quod minoris sit, pluris vendere et ita invicem se circumscribere, Ha in localionibus quoque el cunductionibus jui'is e.il. La nature du rapport de confiance (mandat, tutelle, société, etc.) comporte le contraire ; ici le dolus commence dès que l'on poursuit son avantage propre ; dans les rapports d'affaires, il ne commence que lorsqu'on poursuit cet avantage avec altération consciente de la vérité.

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