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FORMES FONDAMENTALES DU COMMERCE JURIDIQUE

l'égoïsme, pourvu que, dans la poursuite de son but, il s'abstienne de recourir à des moyens prohibés.

Le rapport qui s'établit entre les parties sur la base de leur égoïsme respectif, s'appelle, dans le monde des transactions, le pied d'affaires. Son antithèse est le pied de complaisance : il désigne le rapport qui unit les deux parties dans les contrats libéraux (p. 69). Là, toutes deux reconnaissent que l'une fait à l'autre un bienfait. Le droit romain fait découler des conséquences importantes de cette différence de position (par exemple, pour la dissolution du rapport, le degré de la culpa, la prestation de l'éviction, l'infamie).

66. Formes fondamentales du commerce juridique : Échange et association. — L'opération, dans le contrat onéreux, considérée objectivement, consiste dans un déplacement des choses, ou dans des prestations réciproques. Chacune d'elles cherche la personne entre les mains de laquelle elle réalise le mieux sa destination, pour laquelle donc elle représente une valeur plus grande que pour son détenteur actuel. Elle échange donc la place qu'elle occupe contre une autre.

Le terme de contrat d'échange qui pour le juriste n'indique que l'échange de deux choses (28), convient à toutes les valeurs qui se rencontrent dans le cours des relations sociales (choses, argent, services). L'expression allemande Verkehr, désignant le commerce juridique, est née de cette idée du déplacement des choses d'un endroit dans un autre : il tourne {Kehren) et retourne (Verkehren), c'est-à-dire échange les choses. L'expression latine correspondante : commercium est empruntée au nom de la marchandise : merx, mercari. Elle reflète l'élément de communauté des parties (com-mercium)

(28) Conformément à la notion romaine de la permtitatio. A mutare (movilare, bouger) se rattache le mutuum, le prêt; linguistiquement, c'est un changement de place (de la chose fongible, avec convention de retour ultérieur;.

qui en est le résultat. Au point de vue linguistique donc, Verkehr équivaut à commerce d'échange.

Mais dans la vie, le commerce juridique est autre chose que le commerce d'échanges. Il eml)rasse plutôt deux groupes d'affaires dont un seul a pour l'objet l'échange de prestations ; l'autre concerne la réunion de plusieurs personnes en vue d'un but commun. L'échange suppose la diversité djs besoins respectifs, et par conséquent la diversité des moyens propres à les satisfaire, c'est-à-dire des prestations réciproques. Tout autre est le cas où les besoins des deux parties sont identiques; alors leurs intérêts tendent vers un seul et même but. Si chacune d'elles est apte à atteindre ce but pour elle seule, aussi facilement et aussi sûrement qu'ensemble avec l'autre, il n'y a pas de raison de faire appel à la coopération de cette dernière. Mais lorsque le but dépasse les forces de l'individu isolé, ou lorsqu'il y a économie, facilité, sûreté plus grandes à le poursuivre en commun, l'intérêt respectif des parties leur commande de mettre en commun, et leurs forces et leurs moyens d'action. On y parvient au moyen du contrat de société. De même que le contrat d'échange, dans le sens large que nous lui avons donné, le contrat de société comprend, non point un contrat isolé, mais tout un groupe spécial de contrats dans la vie des affaires. Comme le contrat d'échange, il contient une forme fondamentale des relations, dont l'utilité pratique est illimitée : Y association. La distinction essentielle qu'il faut établir entre ces deux formes fondamentales du commerce juridique consiste dans l'opposition entre la différence et Videntité du but. Dans l'échange, le but de l'un contractant diffère de celui de l'autre, et c'est précisément pour cette raison qu'ils échangent. Dans la société, toutes les parties ont le même but, et c'est pourquoi elles se réunissent. Il n'y a pas, et ne peut y avoir de troisième forme fondamentale, car on ne peut concevoir le but qui réunit deux parties que

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