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L'équivalent

Sommaire : 70. Équilibre entre les prestations. — 71. L'idée de justice dans le commerce juridique. — 72. La concurrence, régulateur de l'égoïsrae. — 73. Dangers de l'extorsion. — 74. Intervention exceptionnelle de la législation.

70. Équilibre entre les prestations. — Les notions de salaire et d'équivalent ne se confondent point. L'équivalent peut être autre chose qu'un salaire (prestation réelle), et le salaire ne doit pas représenter un équivalent. Il peut être supérieur ou inférieur. L'équivalent, c'est l'équilibre entre la prestation et la contre-prestation, établi par l'expérience acquise du commerce juridique, d'après la valeur des biens et des prestations. C'est l'économie politique qui enseigne comment se forme la mesure de cette valeur et sur quelles données elle repose. Nous n'avons pas à traiter cette question

Il nous suffit de constater le progrès qui se rattache, au point de vue des transactions, à élever le salaire au rang d'équivalent.

La fixation du salaire, pour chaque cas particulier, est affaire de consentement individuel. Le droit reconnaît ici le pouvoir régulateur et légitime de régoïsme(3l). Sa conception est celle-ci : chacune des deux parties a en vue son avantage propre, chacune cherche à faire profit de la position moins favorable de l'autre. Cette inégalité de position peut dégénérer en un véritable état de contrainte, lorsque l'on trouve en présence, d'une part, le maximum du besoin, et d'autre part, un moyen exclusif de tout autre de lui donner satisfaction. Le nécessiteux, dans ce cas, n'a d'autre ressource que de se soumettre aux conditions imposées par la partie adverse. Celui qui se noie offre sa fortune pour un bout de corde; celui qui meurt de soif dans le désert donne ses perles en retour d'une gorgée d'eau; Richard III, dans Shakespeare, s'écrie : « mon royaume pour un cheval » : lorsque la vie en dépend, la chose la plus infime acquiert un prix inestimable.

L'impitoyable exploitation de la détresse d'autrui, voilà donc le fruit de cet égoïsme que nous avons tant vanté. A ce résultat, tout sentiment moral se révolte. Dès lors, ne proclame-t-il pas la banqueroute de notre théorie de l'égoïsme? Ne nous force-t-il pas à confesser que l'égoïsme est impuis > sant à répondre aux exigences du commerce juridique, et qu'il ne peut procurer la satisfaction réglée et assurée des besoins humains? Ne faut-il pas reconnaître enfin qu'il est nécessaire de trouver au dehors un frein à sa naturelle insatiabilité?

(31) L. 16 § 4 de minor. (4.4) : In pretio emtionis et vendilionis naturaliler Ucere contrahentibus se circumscribere. L. 22 § 3. Locat. (19.2)... ita in locationibus quoque et conducHonibus juris est ; L. 10 G, de resc. vend. (4.44) : dolus emtoris... non qnanlitatepraelii aestimatur.

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