SATISFACTION ASSURÉE DES BESOINS SOCIAUX
attendre qu'elle-même les manifeste. Il doit apprendre à la satisfaire, et en trouver le moyen. Semblable au garde malade, il saura épier chaque souffle de la société; comme un médecin, il sera attentif à chacune des pulsations du besoin social. Son adresse à les juger à chaque heure, en chaque occurrence, le fera riche ou pauvre.
78. Satisfaction assurée des besoins sociaux au moyen des professions. — Corrélation du nombre des professions avec celui des besoins sociaux. — Tout cela met en pleine lumière la suprême importance de la profession au point de vue social. Chaque profession contient l'organisation du genre d'activité sociale qu'elle représente; elle assure, par cela même, la satisfaction réglée et constante des besoins sociaux. Le commerce juridique a accompli l'un de ses buts lorsqu'il a créé une profession spéciale à cet effet. Son développement se mesure à la perfection avec laquelle il achève cette organisation. Une branche professionnelle déterminée vient-elle à faire défaut, dans le système des relations à une époque donnée, c'est que le besoin de son existence n'a pas encore été ressenti au point de la faire surgir dans sa forme nécessaire. Dans un pays où il y a plus de distilleries d'alcool que de bibliothèques ou d'écoles pour femmes, il est évident que la population ressent plus fortement le besoin d'absorber de l'alcool, que de veiller à la nourriture intellectuelle, ou à l'éducation féminine. Il y a concordance exacte entre la statistique d'une branche professionnelle, et l'intensité du besoin de l'existence de cette dernière. L'exercice d'une profession devient impossible, là où elle n'est pas désirée; elle surgit d'elle-même dès qu'elle est voulue. Il s'en va là comme du réveil de la nature, quand le printemps apparaît. Aussi longtemps que la chaleur requise est absente, l'arbre ne bourgeonne pas; bourgeonnet-il, c'est que la chaleur est éclose. Si le commerce juridique est bien organisé, le système des branches professionnelles
doit répondre exactement aux divers besoins sociaux. L'époque actuelle laisse peu à désirer sous ce rapport. Quel vœu, quel désir, l'homme pourrait-il formuler, considérant les mille aspects de son existence, la foule de ses aspirations et de ses besoins, ses multiples intérêts matériels et intellectuels, qu'il n'y ait, toute prête, une branche professionnelle apte à en aider la réalisation? La chose immobilière seule échappe à cette organisation, et cela par sa nature même. Il y a mille commerces, depuis celui des chiffons jusqu'au commerce des objets d'art; mais le commerce des choses immobilières n'existe pas(35). Qui veut acheter ou louer un fonds de terre, prendre à bail une maison, doit s'adresser à un particulier; il n'y a pas de marchand de biens ruraux ou de maisons. Un seul essai d'organisation à cet égard, a été tenté dans les grandes villes, par les sociétés de construction. Elles bâtissent des maisons en vue de les vendre, elles édifient des habitations ouvrières en vue de les louer. Un grand avenir est peut-être réservé à cette industrie.
79. Intermédiaires par profession. — Le métier dHntermédiaire est une profession d'une espèce particulière. Il consiste dans l'entremise entre ceux qui recherchent une chose, ou réclament un service, et ceux qui peuvent fournir l'une ou l'autre (courtiers, bureaux de renseignements) (36).
(35) C'est ainsi que le Code de commerce allemand, art. 1, restreint la commercialilé aux professions qui ont pour objet des choses mobilières; de même le droit romain restreint à ces choses la notion de la nierx L. 66 de V. S. (50.16).
(36) A Rome, le métier d'intermédiaire, sous l'Empire, était organisé d'une manière complète dans les directions les plus diverses. Longtemps auparavant, il s'était localisé dans le commerce d'argent, où le banquier (argentarius) se chargeait de la négociation, en prêtant les fonds à lui confiés (soit en son nom, soit au nom du prêteur), et percevait les intérêts, qu'il partait en compte. Plus tard, se joignit à lui le courtier d'argent (L. 2 de prox. 50.14 : proxeneta faciendi nominis ut muUi soient). Le métier de courtier, comme le prouve l'étymologLe {proxeneta, proxeneticum, phi-