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LA TROFESSION EST LE RÉGULATEUR DU SALAIRE

Les honoraires du médecin, de l'avocat, ne doivent pas seulement rémunérer la prescription médicale ou la consultation juridique, mais encore compenser le temps qui fut employé à faire leurs études. Le salaire de l'homme de peine, du cocher de fiacre, de la sage-femme, doit indemniser ces personnes du temps d'attente, dépendant nécessairement de leur office — le client doit payer les heures pendant lesquelles le commissionnaire reste inactif au coin de la rue, où le cocher sommeille sur son siège et où la sagefemme reste oisive. Il n'y a exception que pour le journalier; pour lui, le salaire représente, en fait, ce qu'annonce son nom : le salaire du jour, c'est-à-dire l'équivalent du temps qu'il donne à sa besogne, sans aucun rapport avec une période de préparation ou d'attente en dehors de cette besogne.

En même temps que de la profession se dégage le montant exact de l'équivalent, elle en assure dans la pratique la rigoureuse observation. Celui qui de çà et de Là seulement est appelé à prester un service, à vendre ou louer une chose, est libre d'en demander le prix qu'il peut obtenir ; mais il est de l'intérêt de quiconque fait profession de rendre tels ou tels services, de vendre ou de louer certaines choses, de n'exiger que le prix qui lui revient (n" 72).

81. La profession est le régulateur du salaire. — Rabais par suite de concurrence déloyale. — La profession peut être considérée comme le régulateur du salaire. Celui qu'elle fixe est toujours juste, c'est-à-dire qu'il est adéquat à la prestation, partant qu'il est juste et équitable pour les deux parties; et la société a un intérêt majeur à ce que le prix ne soit pas rabaissé, car le juste prix est la condition du travail juste. La profession même périclite lorsqu'elle n'obtient pas ce qui lui revient. Aussi celui qui diminue les salaires n'est pas un bienfaiteur, mais un ennemi de la société, car il porte atteinte à ce qui constitue la base de

toute profession : à l'équilibre expérimentalement établi entre le travail et le salaire. Qu'il le fasse par esprit de lucre ou de sacrifice, n'importe ! L'instinct populaire s'est rendu un compte exact du danger social que présente un pareil procédé. C'est cette considération qui motivait la condamnation de l'intrus à l'époque des corporations, et justifiait les poursuites dirigées contre lui. L'homme de métier travaille ouvertement, dans son atelier, dans sa boutique : l'intrus opère secrètement, ou en contrebande. Le salaire mérité par l'exercice du métier est dû à celui qui s'y est consacré, car, nous l'avons vu, le salaire représente, non pas le travail isolé, mais l'activité professionnelle toute entière : on s'y est préparé, on s'est organisé en vue de la profession, on est toujours prêt à en remplir les devoirs et les obligations. L'exercice de chaque profession a établi un équilibre expérimental entre les charges et les profits, les devoirs et les droits. Recueillir les avantages d'une profession, sans vouloir s'astreindre aux devoirs qu'elle impose, c'est détruire l'équilibre, c'est nuire à la profession. Qui le fait, commet un acte de piraterie sociale, et <à ce malfaiteur, la société doit courir sus. Sous ce rapport, la réduction des prix est un cadeau de Grec. C'est le bon marché du braconnier : il chasse à bon marché, qui chasse sur le terrain d'autrui I

Avec les corporations, ont disparu les pénalités qui attendaient ceux qui ravalaient le métier; mais le principe qui les édictait subsiste toujours, et j'estime qu'une saine politique sociale devrait toujours avoir soin d'interdire la concurrence de ceux qui n'appartiennent pas au métier. Dans chaque métier, la concurrence se règle d'elle-même; celle qui vient du dehors, fait de la profession une course au clocher; celui qui n'a su se mettie en ligne au départ se jette dans l'arène au premier tournant, et profite de cette avance pour voler leur salaire à ceux

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